De Palma évoque parfois Cronenberg, non pas dans ses films, mais dans sa trajectoire : un réalisateur capable du meilleur comme du moins convaincant.
Avec ce film de 1989 consacré à la guerre du Vietnam, il semble vouloir ajouter une pierre à un édifice que l’on pensait déjà largement exploré par Apocalypse Now et Full Metal Jacket. Pourtant, il subsiste ici un angle différent : celui d’une petite unité de soldats américains, jeunes appelés plongés dans un conflit dont ils ne maîtrisent ni les codes ni les enjeux.
Le récit s’ouvre sur une embuscade au cours de laquelle Max Eriksson (Michael J. Fox) est sauvé par son sergent Meserve (Sean Penn), dans une scène marquante. Peu après, la mort d’un membre du groupe agit comme un déclencheur : elle fracture progressivement la cohésion de l’escouade. Eriksson se distingue par une forme d’empathie envers la population vietnamienne, tandis que les autres soldats glissent déjà vers une logique de déshumanisation.
Cette dérive se cristallise lorsque Meserve décide de retourner dans le village où leur camarade est tombé afin d’enlever une jeune fille et d’en faire une captive. À partir de là, le groupe se divise clairement : d’un côté Meserve, le caporal Clark (particulièrement inquiétant) et Hatcher ; de l’autre Eriksson et Diaz. La tension interne devient le véritable moteur dramatique du récit. Meserve, de plus en plus détaché de la réalité, impose son autorité jusqu’à entraîner ses hommes dans des actes d’une grande violence. Tous participent à l’abus de la jeune fille, à l’exception d’Eriksson, qui refuse, tandis que Diaz finit par céder. Cette séquence marque une rupture irréversible au sein de l’escouade.
La suite confirme cette dynamique de destruction. Lors d’une embuscade, la jeune fille est tuée et Eriksson est blessé. À son réveil, ses démarches auprès de sa hiérarchie se heurtent à une forme de déni institutionnel : le lieutenant invoque la “zone de combat”, espace supposé hors normes, tandis que le capitaine cherche à étouffer l’affaire en le menaçant. Eriksson se retrouve progressivement isolé, jusqu’à une tentative de meurtre par un ancien camarade dans les toilettes, scène à la fois glauque et presque absurde.
Un prêtre militaire finit par l’amener à franchir un seuil décisif : il alerte la police militaire. S’ensuit un procès où les membres de l’escouade sont condamnés à des peines de prison, sans que la logique des verdicts soit clairement lisible.
Le film rappelle par moments Men of Honor dans sa manière d’aborder les dysfonctionnements institutionnels et les abus dans l’armée, bien que de façon moins aboutie. Sean Penn y impose une présence forte, tout comme Michael J. Fox dans un registre plus intériorisé. L’ensemble reste toutefois déséquilibré : la séquence autour de la jeune femme tend vers une forme d’inéluctabilité qui alourdit le rythme, tandis que la dimension judiciaire mériterait davantage de développement, notamment sur la disparité des peines.
Enfin, la musique de Morricone accompagne efficacement le récit, mais s’inscrit dans une esthétique hollywoodienne des années 90 parfois trop emphatique pour un film qui reste, dans son fond, assez intimiste. Ce décalage produit une impression d’irrégularité, parfois assumée, parfois moins maîtrisée.
Un film de guerre intéressant, mais inégal : 3,5/5.