Avant tout, je vais contextualiser un peu ma critique. Suite à la mort de Chuck Norris, mon cinéma local décide de lui rendre hommage en ressortant en séance unique un de ses films … qui se trouve être un de ceux où il joue un second rôle. Logique imparable. Quoiqu’il en soit, ressortie donc de La Fureur du Dragon de et avec Bruce Lee, et Chuck qui l’affronte dans le combat final (combat ô combien mythique). Là-dessus, toute curiosité cinématographique que j’ai, j’y vais. Car oui, cette ressortie est pour moi une “nouveauté”, après quatre décennies d'existence, je vois mon premier Bruce Lee. Et c’est donc sans aucune nostalgie que je vais écrire les quelques mots ci-après.
Je sais que ce film a plus de 50 ans, qu’il a marqué son époque et bercé énormément de personnes qui ont usé leurs VHS pour voir et revoir les combats et les rares facéties de Bruce. Mais j’ai beau être habitué à resituer les films dans leurs époques, à la fois pour les scénarios, les jeux d’acteurs et les techniques, ce film me semble mal vivre les années passantes.
Déjà, je mets ça sur le compte du choix de mon cinéma, la VF. Elle n’aide pas du tout et me semble terriblement désuète. Le choix de tout traduire en français alors que beaucoup de scènes sont une confrontation entre étrangers, la barrière des langues (cantonnais, anglais et sûrement italien) amène un peu plus de tension narrative. Ici, pour “expliquer” les incompréhensions, il reste des répliques du genre “ne cherche pas, il est borné” ou plus simplement “il ne comprend pas” … alors que tout le monde parle la même langue. Par contre, et là je me fie aux aficionados présents dans la salle, mon cinéma a choisi la version “longue” du film, celle sans aucune scène coupée. Choix transparent à mes yeux, mais pour les autres spectateurs, j’apprécie le geste.
La question majeure que je me pose est : est-ce qu’à l’époque, la technique de pure cinéma était jugée bonne ? Je veux dire qu’énormément de scènes au début du film sont floues, le focus est fait à la va-vite et rien ne ressort de la scène concernée. Pareil, les scènes en extérieur à Rome, avec du public, ont clairement été tournées sans figurants mais avec du vrai public. Sinon comment expliquer cette tremblote du caméraman digne de tonton Albert après le repas dominical. Et pourtant, malgré cet amateurisme de façade, il se trouve que certaines scènes sont du vrai cinéma. Des jeux de lumières (je pense à cette lumière verte sur les visages dans une conversation de menaces au restaurant) placent le film dans le haut du panier, et surtout les combats. Ils posent toutes les bases de ce qu’est un combat d’art martial pour les générations à venir. L’affrontement final, voir Bruce Lee, sec, coupe courte, imberbe, en pantalon sombre et chaussure “asiatique” combattre son antagoniste Chuck Norris, massif, cheveux longs, velu au possible, pantalon blanc et sneakers au pied; c’est le yin et le yang du cinéma d’arts-martiaux. Visuellement, c’est une excellente séquence et c’est normal qu’elle ait autant marqué l’histoire. Je vais m’arrêter là, n’ayant fait aucune étude de cinéma, je potasse quelques articles pour me refaire une idée.
Je sais qu’il ne faut pas finir sur une note négative quand on a apprécié quelque chose mais comment passer à travers ces personnages secondaires d’un autre temps. Déjà tous les serveurs du restaurant, de gentils couillons qui n’ont le droit qu’à des répliques plates. Tous les sbires méchants dignes des plus grands nanars de l’époque. Quant au traducteur (car je pense qu’en VO, c’est là l’intérêt d’avoir ce personnage) en mignon du roi, il est assez insupportable. Seul étonnement, pour l’époque je trouve que le personnage féminin est plutôt bien traité. Elle n’est pas cruche, elle mène son restaurant et prend des décisions qui sont suivies par les hommes l’entourant. Ce qui n’était pas gagné, vu comment le personnage très secondaire de l’italienne ramenant Bruce Lee chez elle est abordé ; ou alors c’est un message subliminal pour dire que les asiatiques sont dignes et les européennes légères.
Un point n’a pas vieilli, le scénario. Depuis le temps, on a toujours le droit à ce même schéma : des méchants harcèlent une personne / communauté, un étranger à l’affaire vient, se bat et résout le problème. Bonus : tel un cowboy hongkongais, il repartira seul accomplir son futur devoir ailleurs.
Je veux apprécier ce film pour autre chose que ses scènes de combat et je pense que je dois lire des articles ou critiques pour me contextualiser tout ça. Sans nostalgie, seul le combat mythique en ressort. Avec un bagage cinématographique, le film s’en sort bien car avec le temps il deviendra culte. Par contre, à froid, c’est devenu un gentil nanar qui ne correspond pas du tout aux critères actuels. En tout cas, il a un charme désuet qui lui permet de se laisser regarder.