Chris est un petit caissier en banque, qui peint à ses heures perdues. Prisonnier d'un mariage infect, il tombe sous le charme d'une jeune demoiselle qu'il vient de sauver d'une agression. Mais évidemment, rien n'est aussi rose que prévu ! Fritz Lang reprend le trio d'acteur de "The Woman in the Window". Avec en tête Edward G. Robinson, excellent dans ce protagoniste dépressif, trop gentil, et écrasé par tous. Alors qu'il aurait pu facilement être une tête à claque ou une andouille, l'acteur injecte dans le personnage une certaine bonhommie qui le rend attachant. Il faut voir Robinson faire la vaisselle et porter un tablier à fleurs ! Une séquence qui fait sourire aujourd'hui, mais qui était assez osée en 1945... A côté, la mise en scène est efficace, s'appuyant sur un scénario riche en rebondissements. En effet, celui-ci ne prend pas son spectateur pour une truffe. La manipulation initiale, repérable à trois kilomètres, n'est que le début d'un jeu de dupes où tout le monde cherche à s'entuber. Un ensemble assez noir, et qui sera d'ailleurs interdit par plusieurs censures locales aux USA. spoiler: Il faut dire que le film se termine par une étrange fin, mêlant cynisme relatif sur le système judiciaire, et grande morale.
Film noir qui entretient une certaine filiation avec "la Femme au portrait" du même réalisateur car il possède également les trois principaux interprètes que sont les excellents Edward G.Robinson, Dan Duryea et Joan Bennett, "la rue rouge" est une oeuvre bien passionnante à suivre grâce aussi à la qualité de réalisation de Fritz Lang qui aura su créer une atmosphère onirique et aussi pour son scénario qui est particulièrement bien ciseler. Un oeuvre vraiment très marquante et qui n'est d'ailleurs pas loin d'être un chef-d'oeuvre du genre.
Je vais vous dire deux choses les mecs, deux. Lesquelles donneront envie à qui les lira de m'arracher les poils du cul jusqu'au dernier pour en faire un pagne : j'ai d'abord nettement préféré cette "Rue rouge" au film dont il est le remake (à savoir, "La chienne" de Renoir") et je l'ai surtout nettement préféré à "La femme au portrait". Et ouais, hein que ça vous la coupe ? Oui, j'ai clairement eu un intérêt, extrêmement voyeur j'en conviens, à suivre la déchéance de cet homme qui, mort d'amour pour une femme vénale et sans scrupules (et soutenue par un petit ami méprisable), se fait manipuler jusqu'à l'os, ainsi que maltraîter (à l'image de la courte scène du spoiler: vernissage des ongles de pied , on a toujours peine à croire qu'un être humain puisse tomber aussi bas par amour) par cette dernière. A tel point que, même lorsque qu'il sera débarassé de ceux qui lui ont voulu et fait tant de mal, Lang ne manquera pas l'occasion de lui coller sur le dos une culpabilité insupportable qui le rongera jusqu'à son dernier souffle. Cette fois-ci, tout fonctonne. L'histoire ne perd jamais de son intérêt. Il y a des seconds rôles forts et le duo Robinson/Benett plus complémentaire. Cette dernière étant beaucoup plus crédible dans ce rôle même si, il faut bien le dire, on reste quand même un net cran en-dessous de ce que Gloria Graheme avait été capable d'offrir dans "Règlements de comptes".
Ce film constituerait une énième version de "La Chienne" de Renoir pour ce qui est de la mise en place. Lang se reconnaît immédiatement avec son ironie venue des tréfonds. A peine quelques signes à l'image, l'étau s'ébauche, ce héros à voix douce, vanté par son supérieur a une trop bonne tête... Le pot de travail est écourté par la vision éclair d'une créature qui émoustille les fêtards. Voici deux hommes quittant l'entreprise dont ce débonnaire caissier qu'une épouse acariâtre tient en tenaille. Soudain la caméra fonce sur une femme à terre. Son imperméable bon marché allié à d'autres détails précise déjà ses goûts. Le spectateur qui croit deviner l'issue n'a pas fini d'être baladé entre cette grande bringue et son comparse sans scrupules. Bassesses de la chair et argent-roi, le vertige fatal. Cette oeuvre ciselée de 1945 est pur délice en 2012 !
Un film qui, en somme d’avoir de bons acteurs et une mise en scène aussi sobre qu’efficace, contient une bonne poignée de qualités. Une histoire intéressante, qui permet également de réfléchir un peu sur l’art et le talent, puisqu’évidemment notre héros timide, interprété à merveille par Edward Robinson qui a vraiment la tête de l’emploi (on croit vraiment à son personnage fasciné par cette femme), a bien plus de talent que quiconque dans la peinture. J’aime beaucoup le début, la ville sous la pluie, la rencontre fortuite entre les deux personnages ; ainsi que la fin qui est vraiment belle, avec une utilisation plus qu’intéressante du son et des voix en off. Mais le reste du film n’est pas en reste (sic), c’est vraiment bien, agréable à suivre, et finement écrit. Je ne pense pas avoir quoi que ce soit à reprocher, même en y réfléchissant, c’est vraiment un plaisir de regarder ce film. Et la fin, montrant la culpabilité du héros est vraiment belle. Non sérieusement, que demander de plus ? Même si j’avoue avoir préféré M la maudit du même réalisateur, mais ce n’est pas vraiment la même atmosphère. Enfin c’est tout à fait bien foutu, on aurait tort de s’en priver.
Le film forme un parfait diptyque avec « La femme au portrait », puisqu’on retrouve l’excellent Edward G. Robinson pris au piège d’une nouvelle machination amoureuse et de nouveau rongé par les affres de la culpabilité. Mais le ton est beaucoup plus noir ici, voir cynique, par la cruauté de la fable comme par le scalpel avec lequel Lang décortique ses personnages. Personne n’est épargné : vanité du héros qui s’aveugle lui-même (sa rencontre avec la sublime Joan Bennett tient du fantasme et de la réinterprétation du réel) et vils manœuvres du couple d’escrocs. Les rapports humains sont mis à nu par Lang dans toutes leurs petitesses, et pourtant, chacun préserve en lui une part d’innocence, chacun rêve d’un ailleurs et s’illusionne encore d’un amour que l’on sait factice. Cette dimension tragique est la grande force du film, elle lui donne une ampleur métaphysique renforcée par un final expiatoire particulièrement poignant. La réussite tient aussi beaucoup sur la mise en scène de Lang qui retrouve avec bonheur la pouvoir d’évocation de l’expressionnisme, poussé jusqu’à ses limites dans la dernière partie qui vire au cauchemar. Implacable sur le fond et aiguisé dans la forme : un grand Fritz Lang.
Remake de La chienne de Renoir, dont Fritz Lang fait un film très personnel centré sur son thème préféré : la culpabilité. Le film commence comme une comédie noire, la rencontre de Chris et de Kitty étant placée sous le signe de l'ironie. Puis l'intrigue progresse et, même s'il faut se pincer un peu pour croire aux personnages (Joan Bennet surjoue légèrement...), la fluidité de la mise en scène nous fait néanmoins adhérer à cette mécanique implacable. Enfin, le réalisateur renoue dans le dernier tiers avec une veine expressionniste et un onirisme cauchemardesque pour nous décrire la torture morale de Chris. Reste un beau film, où l'on retient le brio de la mise en scène de Lang, son art pour construire un récit et, surtout, ce pessimisme implacable qui imprègne toute son œuvre. Ici, ce n'est pas seulement l'histoire d'un homme faible manipulé par une vamp, mais de trois êtres que l'aveuglement, voir la bêtise, conduisent à la déchéance.
je n'ai pas beaucoup aimé le jeu d'acteurs très théâtral. Il n'y a que Edward G Robinson qui est bon dans son rôle parmi les rôle principaux. Sinon l'histoire en elle même n'est pas mal. Je pense qu'un remake de nos jours valoriserait l'original que je trouve un tantinet sketch.
Un Lang assez mauvais, avec des scènes, parfois ridicules, comme lorsque Edward G.Robinson est habillé en femme ...Il faut dire, que la version dvd que j'ai vue avait une image horrible !
Un film magnifique, à la fois subtil, profond, émouvant et très moderne ! Le thème éternel de l'amour trompé, des ambitions déçues, sans être manichéen... Avec Fritz Lang, ce film apporte une profondeur philosophique, on échappe à la légèreté habituelle des comédies américaines de cette époque...
En pleine période américaine, Fritz Lang réalise en 1945 "La Rue Rouge", film a priori mineur dans sa carrière mais recelant cependant des qualités qui démentissent ce statut. Sous l'angle du drame passionnel, le cinéaste conte l'histoire d'un malheureux simplet, peintre à ses heures, manipulé par un escroc et sa femme dont il est éperdument amoureux. À travers ce pur exercice de style, Lang donne toute l'étendue de sa maîtrise. Sans payer de mines, "La Rue Rouge" est une œuvre réussie à l'intrigue captivante, sublimée par l'interprétation excellente de Edward G. Robinson. Un minimalisme incroyable de force et d'émotion.
C'est très bien comme ça, il n'y pas plus film classique basé sur une histoire de humble caissier peintre sans histoire rencontrant une rencontre quelconque de femme fatale sur le trottoir défini par le hasard d'une intrigue intéressante. Attirant l'attention par sa condition, la manipulation s'amuse avec un engrenage infernal jusqu'au dépouillement de sa pauvre pathétique personne, c'est ahurissant. Les amants terribles escrocs font pas ménage dans la dentelle, entre en scène le mac, la prostitutué et le pigeon, ce sera plus bête qui s'en tira en condamnant l'innocent bad boy. Un scénario finalement immoral et une conscience dans l'âme tourmentée laissant la rue désignée marquée noir sur blanc au rouge.