Gilles Granger - D'après Simenon - 1953 - Gabin - Très moral - Histoire extrêmement plate et conventionnelle, absence de drame, dénouement placide. Je peux apprécier à sa juste valeur ce parti formel -. La dimension psychologique n'est pas convaincante, à l'exact inverse des dimensions sociologique et documentaire. En effet il s'agit tout bonnement d'un adultère dans un couple marié depuis dix ans où Monsieur, trop pris par ses affaires, ne s'occupe plus assez de Madame qui à cause de cela fugue en compagnie d'un amour de jeunesse. Les personnages sont quelque peu schématiques, l'aventure est un peu trop simple. On dirait un cas roman-photo pour magazine féminin de l'époque. Tous les personnages sont plutpot antipathiques, y compris celui de Gabin. Il est pourtant un ancien débardeur s'étant élévé au rang de notable bourgeois à force de travail, ayant acquis du pouvoir local tout en sachant se rappeler ses origines. Mais le mépris qu'il crache à la nurse de ses enfants est dernière est une caricature de l'intrigante, plus stupide que tentatrice. Au travers des deux familles constituives du couple plusieurs niveaux de confrontation sociale sont représentés. La fange - mère pocharde poissonnière, fille serveuse qui fait des passes, fils petite frappe vivant aux crochets des deux précédents. Le milieu populaire et peu probe (Marthe et ses parents). Le milieu modeste mais probe et honorable (les parents Cardinaud, son frère et sa belle-soeur). Les cols blancs de la société Cardinaud (les employés Cardinaud, plus intransigeants avec les manoeuvriers des bateaux que Cardinaud lui-même). La bourgeoisie de province arrivée mais nouveau riche (Cardinaud). Le travail des décorateurs appuie la description d'une société échelonnée par d'éloquentes différences d'intérieur. Cette société provinciale est dépeinte petite, jalouse, mesquine. Cardinaud est le roi, il possède la moitié du port de la Rochelle. Il est rangé, respecté et craint, et même attentif à ses vie est en ordre. Mais la domesticité suraboondante signale un déséqulibre. Le personnage de la gouvernante bécasse est trop pratique pour montrer que Cardinaud a des valeurs et de la tenue. De cette réussite masculine Granger veut montrer le contrepoint de la négligence conjugale.
Et vis-à-vis de l'amant de sa femme Cardinaud se montrera bienveillant. La fin de l'histoire est terriblement planplan. Le mari va récupérer la fugueuse à l'île de Ré dont ils reviendront, sans la moindre scène, réconcilés, tournés vers des vacances dans une petiite maison plus simple et moins de serviteurs.
. Intrigue simple, pseudo mode d'emploi à l'attenntion des couples en tension. Le remède est classique : le mari doit consacrer davantage de temps à son épouse. Je pense que cet univers devait correspondre aux attentes d'un certain public, surtout féminin, de Français moyens. Reste un tableau assez fouillé des différents strates d'une société laborieuse dans l'après-guerre. Les meilleurs moments du film ce sont les plans sur les déchargements de pêche, l'action simultanée des treuils mettant les casiers à quai, les scènes d'enchères de marché du poisson en gros. Le film vaut le détour pour ces magnifiques plans longs.