Une adaptation d’un roman de Georges Simenon qui démarre très mollement : pendant la 1ere demi-heure on a l’impression d’assister à un reportage sur La Rochelle : sa haute bourgeoisie, ses pêcheurs et son néo-prolétariat portuaire. On s’inquiète, et puis d’un coup quand on comprend l’énigme qui se construit, la fuite mystérieuse de cette femme, ce qui sera la trame policière de la dernière heure, le film prend alors un tournant expressionniste et angoissant
Jean Gabin est bien sûr la pierre angulaire du film, formidable en notable respecté et craint, altier et hautain dans la 1ere partie, avec sa manière de saluer toutes les petites gens qu’il croise avec son chapeau, formidable geste « d’oppression » et de mépris de classe, puis dans la 2eme partie les fêlures apparaissent, sa jeunesse difficile, l’ascension sociale par le travail acharné au détriment de sa vie personnelle, puis enfin le pourquoi de la fuite de sa femme.
Il finit alors très fragilisé, prêt à se battre à quatre pattes, dans le sable , pour retrouver son honneur. Très belles prises de vue en décor naturel, magnifique final sur l’Ile de Ré, et surtout des dialogues de Michel Audiard, relativement sobres, plus littéraires, excellents, du type « je sais que vous aviez fait les beaux-arts, mais il ne faut pas me jouer cette musique » à la jeune gouvernante qui essaye de le séduire.
Le côté noir des personnages, tous, quel que soit leur classe et leur apparence, très Simenon, est bien montré par Grangier, qui soigne tout particulièrement sa direction d’acteurs et ses seconds rôles à la « gueule cassée » . Un bon cru qui a très bien vieillit.