Le cinéma français est plutôt chiche lorsqu'il s'agit de regarder en face les traumatismes de l'histoire récente de notre pays, s'y attelant souvent avec plusieurs décennies de retard contrairement aux Américains. Cette 317e Section, à peine dix ans après la fin de la guerre d'Indochine, en dresse un sombre tableau, sans fard ni lamentations, avec des moyens sans doute réduits qui expliquent que l'on effleure à peine la dureté des combats, même si Schoendoerffer s'emploie à faire vivre et ressentir le bourbier où gravitent ses personnages. Perrin et Cremer sont impeccables, mais le récit est un peu court dans ses développements et n'a pas la force de percussion des grands classiques du genre, de ceux en tout cas qui démythifieront les grands conflits armés du 20e siècle. La démarche est toutefois intéressante.
J'ai découvert ce film hier soir et je dois dire qu'il m'a accompagné toute cette journée. Par plusieurs fois certaines images ou phrases me revenait, comme si ma mémoire se remémorait sans aucune volonté de ma part ces brides d'instants souvent bien plus complexes après réflexion. Tout compte dans cette 317 -ème Section, vraiment tout.
Je pourrais tartiner cette critique d'éloges toute faite. Oui, rien ne me semble de trop ou surfait dans un tel film. Pour autant je ne saurais exprimer par a + b le pourquoi du comment le bouleversement que j'ai ressentis. Je garde tous ça en stock pour plus tard, lors d'un autre visionnage.
Un petit mot pour finir toutefois. Je comprend mieux pourquoi de tel cinéaste cite le film de Schoendoerffer comme référence ... Oui, quel choc !
Terrible progression pour ce groupe de militaires français ou laotiens dans la chaleur ou sous la pluie tropicale d'Indochine. Le danger est omniprésent avec un ennemi le plus souvent invisible. Les hommes sont blessés et transportés à dos d'hommes ou sur des bambous par leurs camarades dans une jungle poisseuse. Schoëndoerffer cherche à être au plus proche de la vie de ce groupe où les hommes allument cigarette sur cigarette et boivent tout alcool qu'ils trouvent pour avoir la force d'avancer.
Un film intense non pas par sa débauche d'action, d'explosions et de morts, mais par son réalisme et sa chronique de l'horeur ordinaire de la guerre. Inspiré de sa propre expérience de la guerre d'Indochine et notamment du siège de Dien Bien Phù, c'est l'un des rares films réalisés sur cette guerre. Au-delà de l'aspect historique, Schoendoerffer raconte la condition du soldat et son rapport à la mort ("Et vice la mort !"), tantôt cynique, tantôt résigné, tantôt bravache. L'authenticité est le mot d'ordre de l'oeuvre, Schoendoerffer ayant obligé les acteurs à s'immerger dans la forêt cambodgienne dans des conditions militaires et dont l'état physique réel leur permettra de pleinement endosser le rôle des soldats qu'ils campent. Une oeuvre importante dans le domaine du film de guerre qui aura même un clin d'oeil dans Apocalypse Now : Redux avec la métaphore de l'oeuf spoiler: ("le blanc part, le jaune reste") . spoiler: "Qu'est-ce que ça veut dire, dégueulasse ? C'est la guerre."
Précédant, et pour cause, les superproductions américaines qui feront de la guerre du Vietnam un thème incontournable de leur répertoire, "La 317è section" est à la fois précurseur et profondément original. Loin du spectaculaire hollywoodien, Pierre Schoendoerffer impose un cinéma âpre, un ton quasi-documentaire, ainsi qu’un refus absolu de toute prise de position morale. Ce groupe de soldat n’est pas là pour sonder la folie de la guerre, comme Martin Sheen dans "Apocalypse Now", ni pour exorciser les démons d’un pays humilié par la défaite, comme Stallone dans "Rambo 2" ou Willem Dafoe dans "Platoon". Il est là parce que c’est son devoir, que la guerre est impitoyable et qu’il faut essayer de sauver sa peau : c’est tout. Le regard est sans complaisance sur les atrocités vécues ou commises, mais sans jamais rien de larmoyant. L’œil du réalisateur est celui d’un professionnel qui expose un sujet qu’il connaît bien, pas celui d’un poète qui part dans ses rêves ou d’un philosophe qui réfléchit au sens de tout ça. A ce titre, le centre de gravité du film n’est pas le lieutenant Torrens, incarné par le jeune Jacques Perrin avec cette candeur qui n’est qu’à lui, mais l’adjudant Willsdorf de Bruno Crémer, dont ce rôle contribua grandement à faire un acteur de premier plan. Apportant déjà cette épaisseur et cette placidité qui feront tout le prix de ses interprétations futures, il réussit à ne pas être uniquement une bête de guerre. Ce pays où la guerre l’a amené, il le connaît, il l’aime, il aimerait pouvoir y vivre… mais il fait son métier de guerrier – et il apprécie, en connaisseur, lorsque ses ennemis le font aussi avec compétence. Produit par un producteur, Georges de Beauregard, qui fut celui de la Nouvelle Vague, "La 317è section" est un objet cinématographique toujours passionnant cinquante ans après sa sortie, ainsi qu’un document utile sur la guerre d’Indochine, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas inspiré une foule de films français.
Très bon film sur la guerre d’Indochine. L’immersion dans cette guerre et plus spécifiquement dans la 317ème section est complète grâce au talent de mise en scène de Pierre Schœndœrffer. Malgré un scénario redondant, on ne s’ennuie pas une seule seconde en raison de l’atmosphère tendue qui nous tient en haleine d’un bout à l’autre du périple de ces militaires.
Le film « La 317ème section » de Pierre Schoendoerffer est sorti en 1965 soit 17 ans avant « L’honneur du capitaine » qui portait sur la guerre d’Algérie. Là on est en Indochine en 1954 à quelques jours de la chute de Dien Bien Phu et à l’ouverture des pourparlers pour la conférence de Genève sur la question de l’Indochine. Le récit débute le 4 mai 1954 lorsque la 317ème section commandée par le sous-lieutenant Torrens (Jacques Perrin), sorti depuis peu de Saint-Cyr, a reçu l’ordre de se replier sur une base plus au sud avec l’adjudant Willsdorf (Bruno Cremer), un vieux « routard » car étant Alsacien il a dû combattre en Russie dans la Wehrmacht. L’histoire de cette débâcle se déroule sur 6 jours à travers la jungle avec la pluie, la brume épaisse, les torrents, les sangsues, la dysenterie, la sueur… et les Viêt-Minh, les blessés sous morphine et les morts qu’on enterre sur place. Les 2 hommes au caractère opposé feront de leur mieux mais après un baroud d’honneur – « une charge de la cavalerie légère » - Torrens sera tué le 6ème jour signant la fin de cette317ème section prise au piège. Quant à Willsdorf, il sera tué en décembre 1960 en Algérie. Un film en noir et blanc sans jugement moral qui nous montre pas à pas la réalité de l’horreur de la guerre – « Qu’est-ce que ça veut dire dégueulasse ? C’est la guerre » - d’autant mieux filmée que le réalisateur s'est servi de sa propre expérience puisqu’à l'époque il avait filmé la guerre en Indochine d’où l’aspect un peu « documentaire » de son film. Les dialogues sont incisifs : « Nous partons avec les blessés, c’est un ordre » ; « Il faut que l’objectif à atteindre justifie les pertes » ; « La France est notre mère qui nous nourrit avec des pommes de terre et des fayots pourris » … et une métaphore sur l’œuf qu’on écrase à Dien Bien Phu : « Blanc partir, jaune rester ». C'est de loin le meilleur film de guerre français.
En marge de Diên Biên Phu, qui vient de tomber, la 317ème section du lieutenant Torrens (Jacques Perrin) et de l'adjudant Willsdorf (Bruno Cremer) reçoit l'ordre de se replier. La fuite, au coeur de la jungle, sous la menace de l'ennemi, est périlleuse. Pierre Schoendoerffer, à travers le cas anecdotique de la 317ème section, réalise un brillant film de guerre, non pas porté par des thèmes généraux sur la guerre mais par la spécificité des combats en Indochine. Humble, le film s'attache à l'authenticité, complètement éloigné d'une quelconque intention romanesque. De fait, la jungle cambodgienne et les escarmouches qui réduisent progressivement spoiler: la section à une peau de chagrin , sont les éléments très réalistes qui déterminent, sans surenchère spectaculaire, un drame militaire autant qu'humain captivant. Evitant, au contraire de la plupart des films de guerre américains, les considérations conventionnelles au coeur de la bataille, le réalisateur s'en remet à des personnages sobres, à des mots justes. En témoigne la relation intéressante entre le jeune officier Torrens et son subordonné expérimenté Willsdorf qui, ailleurs, aurait probablement donné lieu à quantité de clichés. Jacques Perrin et Bruno Cremer sont remarquables à cet égard. La rigueur de la mise en scène et du scénario est exemplaire et, dans le décor tout à la fois somptueux et hostile du Cambodge, il n'est pas jusqu'aux bruits des armes et de la faune qui ne soient réalistes.
Avec Pierre Schoendoerfer et beaucoup d’étudiants dans la salle Pas de fioritures. La pluie moussonne en noir et blanc. Dien bien phu grésille à la radio qui fonctionne par dynamo. Un tournage petits moyens comme la section l’aurait été en réalité. Rambo ne viendra pas et le héros ne sera pas sauvé. C’est une vraie fausse guerre en attendant l’Algérie. Perrin et Cremer, jeunes acteurs sont convaincants. FESTIVAL LUMIERE 2010
« La France est notre mère qui nous nourrit avec des pommes de terre et des fayots pourris ».
Les yeux de Pierre Shoendoerffer par l’intermédiaire de la caméra à hauteur d’homme de Raoul Coutard scrute un noir et blanc crépusculaire noyé sous les eaux. Un enfer vert sans couleurs potentiel d’une dernière demeure dévoile un ennemi lointain presque invisible réglant ses tirs de mortiers pendant qu’un Saint Cyrien et un baroudeur s’opposent mollement en débattant de stratégie.
Les Rombiers managés à la dure ont des visages identiques que ceux que l’on combat à distance. Ils creusent les tombes de leurs congénères et de leurs maîtres. Soumis par une complète absence de conscience de soi, ils s’activent sous des ordres plus éducatifs que destructifs.
Un visage presque adolescent se met spontanément à l’écoute d’anecdotes guerrières reformatées entre deux angoisses de disparaître. Il est possible néanmoins dans ce contexte ou la lumière du jour peut s’éteindre à chaque instant de pouvoir sourire en devisant une bouteille de vin à la main.
Les tensions entre différentes manières de faire sont atténuées par l’élaboration naturelle d’une affection protectrice mutuelle. Les hommes continuent d’exister dans un cauchemar éveillé omniprésent.
Quand l’un deux sait que son tour est venu de s’en aller ce n’est plus la peur du « Viet » qui le paralyse mais une faune animale encore plus dangereuse.
« La 317eme section évite une fiction outrancière napalmisée pour ne montrer que l’implacable réalité de faits d’armes filmés en temps réel, un flash historique reconstitué à l’authentique ou personnages et comédiens fusionnent dans des situations extrêmement exposées tout en restant d’une sobriété exemplaire. Ce que l’on voit c’est la guerre, la vrai, le spectateur n’est plus témoin, il est incorporé dans les progressions, les transports de blessés, les rivières à traverser, les pauses, les contacts radios et les morceaux de bravoures finaux.
Par un contexte thématique incontournable le contenu de la 317eme section se rapproche du titre d’un film tourné par un célèbre cinéaste mexicain.
Très bon film sur la guerre d'Indochine et son aboutissement, l'indépendance déclarée avec les accords de 1954. On suit cette section de l'armée française et leurs fantassins locaux sur le front face aux Viêt-Minh, la jungle très hostile habite cette guérilla sentinelle assassine. Ils sont dépassés et aux abois, des blessés sévères dues aux conséquences de cette douloureuse et fatigante guerre tropicale. Le climat dépaysant, la physionomie géographique, les épidémies, la malnutrition. Il y a un lien avec l'apocalypse war des troupes américaines, l'utilisation de plantes narcotiques asiatiques pour soulager les blessures de guerre éprouvante traditionnelle. Cette réalisation me fait penser à l'inspiration pour le chef-d'œuvre en version redux, un œuf comme métaphore des restes de l'administration coloniale. Une mise en scène très propre, nickel chrome dans ce scénario roman autobiographique, la vision d'un soldat comme souvenir de l'histoire Franco-Vietnamienne-Laotienne-Cambodgienne. Pas de larme étirée à longueur de journée, juste telle qu'elle fut décrite sur le terrain conflictuel.
Tourné avec une équipe réduite au milieu de la jungle cambodgienne, "La 317ème section" constitue un des rare film à aborder ce conflit mal-connu que demeure la guerre d'Indochine. Pierre Schoendoerffer y adapte son roman éponyme et insuffle un style documentaire dont le dépouillement est renforcé par la photographie N&B de Raoul Coutard. On tient véritablement une grande réussite du film de guerre français qui retranscrit avec beaucoup d'acuité la lutte des soldats pour préserver leur humanité.
16 196 abonnés
13 142 critiques
Suivre son activité
3,5
Publiée le 10 mai 2011
il a fallu attendre la "317e section" de Pierre Schoendoerffer pour avoir enfin un film français sur la guerre d'Indochine! Couronnè du meilleur scènario au Festival de Cannes et tournè au Cambodge, le film dègage une belle authenticitè grâce au souvenir du rèalisateur, vètèran d'Indochine, qui fit parti des volontaires parachutès sur Diên Biên Phu en 1954! Schoendoerffer adapte ici son roman èponyme ècrit en 1963 où l'on suit une section militaire de Laotiens commandèe par des officiers français que jouent Bruno Cremer et Jacques Perrin! Forcèe à abandonner le poste isolè qu'elle occupait, elle s'engage dans un repli qui sera synonyme pour elle d'anèantissement! Avec cette oeuvre èmouvante et rèaliste, le cinèaste a voulu plonger le spectateur dans l'oeil du cyclone, presque comme dans un documentaire! Le rèsultat est à la hauteur de cette ambition parce qu'il se refuse d'exalter un certain hèroïsme et choisit de montrer que le courage se rèvèle dans la difficultè de prendre certaines dècisions douloureuses et dans l'accomplissement de sacrifices plutôt que dans les charges meurtrières! Une date dans l'histoire du cinèma français...
Film de guerre intéressant au coeur d'une section en mission proche des zones de combats à la fin du conflit d'Indochine. Perrin et Cremer jouent justes et la caméra accroche les moments d'inquiétudes, d'anxiété, de décontraction... tout ce qui passe par la tête de soldats en plein milieu d'un bourbier sans nom. Une vision intéressante d'un conflit peu représenté au cinéma français.
Une des rares œuvres sur la guerre d'Indochine, La 317ème section bombarda en 1965 le genre du film de guerre, en suivant le quotidien de soldats confrontés à des choix stratégiques et moraux dont va dépendre leur vie. Évitant toute forme d'effet inutile, dans un style quasi-documentaire – Pierre Schoendoerffer avait lui-même vécu le conflit en tant que cinéaste – le réalisateur nous fait suivre au plus près les doutes et les difficultés de soldats dans l'enfer de la jungle asiatique. Et nous offre un superbe face-à-face entre un sous-lieutenant et son adjudant, superbement interprétés par Jacques Perrin et Bruno Cremer, spoiler: qui se finira en tragique amitié . Un long-métrage qui inspira y compris de nombreux cinéastes américains dans les années 70.