"Old Boy", un véritable ovni du monde du cinéma qui, s'il n'invente pourtant rien de rien, ne ressemble à aucun autre film connu -et surtout pas à ce remake aussi inutile qu'insipide signé Spike Lee. Le film qui a totalement conquis Cannes semble encore mettre à peu près tout le monde d'accord ce qui est étonnant, parce que s'il s'agit bien d'un chef d'oeuvre, tout ce film n'est que du symbolisme poussé à l'extrême, ce qui tranche énormément avec la tendance réaliste actuelle, surtout du côté des thrillers. Du coup l'histoire peut paraître tordue voire carrément incohérente, et les ficelles sont parfois visibles et pourtant, c'est un parti pris que l'on l'accepte vite et sans aucun souci. Il faut dire que le rythme du film, très dynamique, la réalisation maîtrisée et la violence physique mais surtout psychologique de certaines scènes ramènent vite fait le spectateur à la dure réalité. Les ruptures de tons et émotions contraires véhiculées par le film sont légion, certaines scènes sont insolites (le calamar vivant) voire carrément fantasmagorique (les fourmis dans le métro, là encore du symbolisme pur et dur) mais jamais dénuées de sens, d'autres sont carrément insoutenables comme celle de la langue, sans rien dévoiler de plus. Au final chaque scène laisse une profonde empreinte dans la tête du spectateur, qui aura parfois l'air d'un coup de poing dans les gencives, le festival de Cannes peut le confirmer. S'il contente tout le monde, c'est aussi sans doute parce qu'il brasse d'innombrables influences, du cinéma d'auteur Français au cinéma Japonais, en passant par le cinéma Américain (certains plans sont dans une pure logique de western) en faisant un détour par les codes du beat them all (le temps d'une baston en plan-séquence poignante), mais puisant avant tout dans la culture manga et BD. Les acteurs sont eux subjugants, Choï-Min Sik en tête de liste. C'est vraiment difficile d'en faire une critique bien construite, le film étant ce genre d'expériences très subjectives, plus simple à vivre qu'à raconter, donc je pense que je m'arrêterais là. De toute façon c'est inutile puisque ce "Old Boy" on l'aime ou on le déteste mais il ne laisse personne indifférent, la marque des grands quoi.