Ayant à peine fondé sa propre société Kurosawa Productions, c'est sans la Toho qu'Akira Kurosawa dirige ce film indépendant. Et il n'y va pas de main morte. Sorte de relecture très libre du Hamlet de Shakespeare, "Warui yatsu hodo yoku nemuru" est un portrait au vitriol des grandes entreprises publiques japonaises, dépeintes comme profondément cyniques et gangrénées par la corruption. Un homme est parvenu à infiltrer ce milieu et tentera de le faire exploser de l'intérieur, mais il n'est pas non plus un paladin tout blanc. Le film est célèbre pour son introduction : un mariage qui introduit tous les protagonistes... et le ton du film. Une union étrange. Des cadres supérieurs qui paraissent mal à l'aise. Des policiers qui viennent procéder à une arrestation. Et des journalistes qui se gargarisent. En grand amateur de Kurosawa, je ne doute pas que Francis Ford Coppola s'en est inspiré pour son introduction de "The Godfather" ! Le récit se dévoilera ensuite de manière très sombre, ne laissant que peu de lueurs d'espoir apparaître. Quoique que Kurosawa se laisse aller à quelques petites touches d'humour bon enfant dans le dernier acte. Je dois reconnaître quelques errements dans le scénario. La police qui passe rapidement au second plan. Ou un petit ventre mou avant la résolution. Mais c'est du détail par rapport au mordant du propos, et à l'intelligence globale du récit. Car la posture singulière de notre protagoniste, qui a infiltré autant la famille que les bureaux ennemis, amèneront à des situations délicates ! Globalement, la mise en scène est réussie, Kurosawa étant toujours très à l'aise pour gérer les espaces fermés et le positionnement des personnages dans des séquences plus ou moins tendues (gestion de crise, prise de décision, interrogatoire, enlèvement...). Tandis que Toshiro Mifune demeure très sobre dans le rôle principal. A l'arrivée, ce n'est peut-être pas un Kurosawa majeur à mon sens (il faut voir les poids lourds de sa filmographie à côté !), mais c'est tout à fait réussi.
En 1960, Akira Kurosawa signe un drame sombre dans lequel il dénonce la corruption au sein du monde capitaliste du Japon de l’après-guerre. Malgré quelques longueurs, on ne peut qu’être admiratif devant la qualité de sa mise en scène (cette séquence d’ouverture de près de vingt minutes sur le banquet d’un mariage, aussi hypnotisante que stressante !). Avec l’histoire de cet homme décidé à venger la mort de son père, le réalisateur japonais élabore un scénario rempli de rebondissements sur fond de sacrifices moraux au nom du code de l’honneur. Bref, une œuvre froide et cynique.
Akira KUROSAWA, un cinéaste dont l'immense filmographie ne cesse de me passionner, après ses peintures sociales telles L'Ange ivre (1948) ou Barberousse (1965), après ses fresques grandioses sur le Japon ancestral et ses adaptations de tragédies shakespeariennes, Ran (1985), La Forteresse cachée (1958) ou Le Château de l'araignée (1957) pour n'en citer que quelques uns, je découvre ici avec le même enthousiasme un nouveau pan de son cinéma, le film noir.
Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, le Japon alors administré par la puissance vainqueur les Etats-Unis, connaît une vague de corruption inédite dont les conséquences sur la société nippone se feront ressentir durant des décennies. A.K. s'empare de ce sujet brûlant pour en dénoncer l'impact ce faisant il délivre ici son œuvre la plus politique.
La très longue ouverture mettant en scène le mariage de la fille du président d'une société œuvrant dans le foncier avec le secrétaire particulier de ce dernier, ne manquera pas d'une part d'évoquer l'ouverture qu'un réalisateur n'ayant jamais fait mystère de son admiration pour le cinéma de Kurosawa, j'ai nommé Francis Ford COPPOLA et le film Le Parrain (1972). Cette longue ouverture a ici pour but de présenter au spectateur l'ensemble des éléments qui le conduiront à évoluer dans ce récit, d'en séparer les différents fils qu'il faudra tirer pour en démêler toute l'intrigue.
L'intelligence de la mise en scène qui en usant énormément de la profondeur de champ, permet dans un mouvement finalement assez statique, je n'ai pas dit immobile, mais défait d'artifices qui auraient dès lors alourdis le propos, de poser les jalons, on a la présentation des protagonistes, les liens qui les unissent, on a les faits a priori unitaires qui conduisent à soupçonner le fait de corruption que l'on pressent.
Des disparitions, des suicides, des enquêtes en cours etc.
Les pièces du puzzle sont étalées, dorénavant le reste du film s'attachera à les assembler pour qu'enfin l'image et donc la compréhension globale se fasse, et tout comme pour un puzzle nous savons grâce à l'image imprimée sur la boîte vers quoi le chaos apparent des pièces en vrac va nous mener, A.K. ne fait rien d'autre ici que nous confirmer par des liens ce que l'ouverture nous avait déjà dit et il le fait avec une maestria qui m'a enchanté.
Un regard occidental pourra être surpris, peut-être gêné, par le jeu très expressif des acteurs tous brillants, mais pour qui a déjà l'habitude de cette façon de jouer typiquement japonaise héritée du théâtre traditionnel ceci concoure au plaisir que l'on prend à voir ce film. Toshirō MIFUNE est une fois de plus flamboyant.
J'ai pour objectif de découvrir l'intégralité de l'œuvre de Akira Kurosawa, ma collection de DVD s'étoffe d'une autre merveille et même s'il m'en manque encore, chaque découverte confirme mon amour pour le travail de ce totem du cinéma japonais, du cinéma mondial.
Si ce polar démarre sous les meilleures auspices, il s'enlise dans les tourments de ses personnages et tourne en rond. Le dernier tiers est particulièrement laborieux et interminable. Heureusement que Kurosawa a l'air de construire de magnifiques plans qu'on a plaisir à admirer.
Le film est une affaire de vengeance et de corruption. Il se développe comme une longue quête de la vérité. On apprend des secrets et on assiste à quelques moments tendres mais le fond est véritablement noir. Quelque peu long effectivement…
La ressortie en salles de six titres de Akira Kurosawa ( après celles encore récentes de "Dersou Ouzala" et de " les sept samouraïs" ) permet de voir ou de revoir " les salauds dorment en paix " (1960), opus d'une des filmographies les plus relevées du septième art.
Le scénario mêle polar et politique, en dénonçant l'extrême corruption morale des élites économiques, dans un Japon d'après-guerre.
Inspiré ( mais de très loin) de Hamlet de Shakespeare ( on assiste ici à l'exposition du comportement pathologique et criminel d'un PDG lié au pouvoir politique, à l'égard de son entourage familial et professionnel ).
Reprenant un de ses thèmes favoris " la prospérité du vice et les malheurs de la vertu", le titre fait écho à la dernière réplique de " les sept samouraïs".
Au milieu des titres majeurs (" Barberousse " ou "Vivre" de AK, réalisés à la même période, " les salauds..." ne bénéficie pas du même statut critique.
Pourtant, la maîtrise de sa mise en scène, le choix des cadrages, la photo et l'interprétation ( on retrouve T.Mifune dans un rôle clef de l'intrigue), invitent à ne pas négliger cet opus de premier ordre, qui inspirera FF.Coppola pour son " le parrain" ( cf : la longue scène d'introduction d'un mariage ).
L'atmosphère diffusée ici, n' est pas éloignée de celle qui infuse " entre le ciel et l'enfer " réalisé quelques années plus tard par le cinéaste.
On entre pas si facilement que ça et l'on se perd assez régulièrement dans ce film qui relève à la fois du registre du film noir par sa galerie de personnages fortement typés , mais également de la tragédie shakespearienne, puisque clairement inspiré et adapté d'Hamlet. Emaillé de multiples changements de tons et d'échelles de récit, le film nous travaille en profondeur à défaut de séduire véritablement. Mérite un second visionnage pour ce qui me concerne.
Kurosawa brille encore par sa mise en scène et par son aptitude à diriger des acteurs par ailleurs talentueux. De nombreuses scènes sont très justes voire saisissantes. La psychologie des différents personnages rend l'ensemble captivant. Les motivations de chacun et ses relations avec les autres sont en effet bien définies, de sorte que l'on peut suivre aisément les intrigues, par exemple un personnage qui exerce une pression sur un autre afin que ce dernier agisse à son tour sur un troisième. Ce réalisme, pessimiste mais lucide, apporte grandement au récit. Toutefois, j'ai trouvé certaines séquences un peu trop étirées. Shirai par exemple n'en finissait plus de perdre la raison ! Le film aurait pu être plus resserré sans perdre de sa force.
Encore un Kurosawa maîtrisé de toute pièce ! "Les salauds dorment en paix" est un film excellent ! Surtout pour son histoire captivante. Une histoire de vengeance mais pas que ! Et la touche de Kurosawa dans ce type de film, se fait ressentir !
Je suis très surpris par sa construction de ses histoires. On attend comme très souvent la fin afin de libérer toute l attente qu'on avait. La fin de ce film en est le parfait exemple !
Implacable dénonciation de la corruption en col blanc dans le Japon d’après guerre (en plein boom économique) et description sans fard d’une société qui bascule dans le libéralisme le plus sauvage, pervertissant toutes les valeurs, « Les Salauds dorment en paix » est un film noir. Noir par le propos (l’histoire d’une vengeance implacable), par le style (magnifique noir et blanc expressionniste), mais aussi par le ton adopté, résolument pessimiste. Pas de happy end ici : la condamnation est d’autant plus virulente qu’elle est désespérée (le titre l’annonce sans détour). Après une brillante série de films d’action historiques, Kurosawa se montre ici fortement engagé et courageux dans sa démarche (c’est le premier film qu’il produit intégralement). Cette radicalité force le respect, même si le film souffre de longueurs et d’une absence de nuance des personnage, un peu trop réduits à leur fonction. Il n’en demeure que « Les Salauds dorment en paix » bénéficie d’une grande tenue formelle et d’un discours sans appel.
Une œuvre touchante et fondamentale avec une fin incroyable mais prévisible. Le mélange entre le film romantique, espionnage et policier se marie tellement bien dans ce film avec des plans tellement travaillé au millimètre. La romance est touchante. Bref c'est une réussite globale ou on peut s'apercevoir du génie de Kurosawa (malgré un manque de plans à certains moments). Je vous le conseille a fond. Peut être que la durée du film vous fait peur mais dés les 30 premières minutes passé, les 2 heures qui suivront passeront tout seul.
S'inspirant pleinement du néo-réalisme italien qu'il affectionnait, Akira Kurosawa, cette fois-ci, nous montre la corruption s'attaque à la corruption massive au Japon du début des années 60. Le ton est résolument noir. Et si le maître nippon s'est parfois montré optimiste, ça n'est pas le cas ici. D'ailleurs, le ton est donné dès la première scène : celle du mariage. Certains la jugent trop longue alors qu'elle est, à mes yeux, en plus d'un sommet de cynisme et de malaise, le plus grand moment de ce film. Et ça ne tient pas qu'au fait que ce soit elle qui déclenche tout. C'est un ensemble. Une atmosphère, une succession de faits parfois pas immédiatement perceptibles et une réalisation, certes plus avare en mouvements de caméra, mais au plus près des hommes et ne laissant rien passer. Pendant une bonne heure un quart à peu près, le film est carrément génial, certes, il n'y a rien de révolutionnaire, mais l'histoire est maîtrisée. Après, intervient la faiblesse majeure : les longueurs. Si elles ne sont pas nombreuses, elles sont quand même existantes et brisent la dynamique. A ce titre, la dernière demi heure, même si son contenu reste intéressant, patauge beaucoup au niveau du rythme. En ce qui concerne la fin, on pourra remarquer une ressemblance avec un autre film que Kurosawa fera 3 ans plus tard : "Entre le ciel et l'enfer". Une ressemblance ne résidant pas dans le contenu bien entendu, mais dans l'endroit où la solution est trouvée : les bas-fonds. On commence dans le luxe, on finit dans la crasse. Et le titre, bien plus encore que dans la réplique prononcée par Toshiro Mifune ou dans le sort réservé à son personnage, prend tout son sens dans le tout dernier plan. Beaucoup de choses à voir et à déceler dans ces 2h25, jamais inintéressantes, mais parfois longuettes.
J'aime beaucoup les films d'époques d'Akira Kurosawa mais c'est dans ce registre-ci que je l'affectionne le plus. Le constat est similaire concernant Toshiro Mifune qui signe avec L'ange Ivre et Chien Enragé sa prestation la plus délicate et sauvage. Le réalisateur Japonais poursuit sa traque des tourments et plonge à travers Shakespiere pour construire son récit tout à la fois habile et attrayant. La longueur du long métrage permet de défilé le fil de l'intrigue avec intelligence et insiste sur la psychologie des personnages et sur les liens troubles qu'ils ont tissés. Le sens des dialogues est comme toujours chez Kurosawa très aiguisé, les tirades fantastiques ici ne se comptent plus. Un long métrage très politique et qui fait la part belle à la souffrance sous couvert de la dénonciation du cynisme, la fin en témoigne de manière significatif ...
Un des plus mauvais Kurosawa qu'il m'ait été donné de voir. Toshiro Mifune n'est pas très bon et on ne peut pas lui en vouloir le rôle qu'il tient supportant mal les quelques contradictions du scénario qui font errer son personnage. Les décors sont eux aussi assez pauvres et le tout bien artificiel. Bref c'est l'anti Rashomon. Si vous aimez les bons films de samouraïs de Kurosawa, vous risquez d'être bien déçus ; ce n'est tout simplement pas son fort de faire autre chose que ce qu'il maîtrise à la perfection.