Soit on aime Nicolas Cage, soit on aime pas. Mais il n'en reste pas moins un grand acteur. Et dans Lord of War il se donne à fond dans son rôle. Ce film nous fait comprendre dès le début que les critiques sociales vont pleuvoir, et que la prise de conscience à laquelle il va déboucher n'épargnera aucun spectateur. C'est le superbement bien mené générique de début qui, dévoilant la « vie d'une munition », de sa fabrication jusqu'à la mort qu'elle va causer, nous informe de notre situation délicate : assister à un film rasant tout sur son passage, et se faire laminer avec, où s'enfuir à toutes jambes tant qu'il est encore temps. Après cette entrée en matière très vivace qui se termine par un choc profond, on ne peut plus reculer. Alors on regarde. La vie d'un vendeur d'armes, racontée avec les codes conventionnels des films biographiques, etc. Puis vient l'ancrage dans un contexte historique : la Guerre Froide. Là le film prend un intérêt saisissant qui atteint son apogée lors de la présentation du AK 47 portée par la musique du Lac des Cygnes, et qui marque le commencement de l'étalage de vérité horribles qui parcourent le monde. De quoi sortir de sa bulle, être titillé dans ses entrailles, et souffrir la vision d'enfants massacrés. On voit ça à la TV parfois, mais cette fois il y a une mise en scène derrière, et la caméra peut se faufiler là où elle veut, et chaque plan peut-être travaillé à souhait. Et cela marque plus que la réalité. Parce que c'est faux mais fomenté de toutes pièces afin que ça nous envoie une claque, ça semble plus crédible. Pour moi ce film soulève indirectement ce débat intéressant. Mais l'objet dont il est question est bien entendu explicite, et le rythme de la narration soutenu permet au réalisateur d'enchaîner un bonne poignée de grandes scènes déstabilisante : la rencontre avec le dictateur africain, l'avion vidé puis démonté en une journée sous les yeux impuissants de son propriétaire, et à la fin du film le massacre violent d'un village. Cette fin dénouement fait preuve d'une violence sans précédent, nous anéantissant complètement après ce qu'on a enduré précédemment. De plus, le film est très complet car le réalisateur aborde de multiples thèmes qui apparaissent très fréquemment dès qu'on trempe dans un sujet tel que le trafic d'armes illégal : la drogue (mention à la scène du délire du personnage principal avec les hyènes et la fillette ayant perdu un bras...), les risques du métier, et le mensonge incessant. Quant au dialogue final, c'est une révélation d'une puissance inouïe. Peu importe si on le sait déjà ou non, les plans, la voix résonnante de Cage racontant à Valentine « ce qu'il va se passer », les gestes et la figure des acteurs, la pénombre grise...le talent d'Andrew Nichol y est démontré dans toute sa splendeur.
Lord of War ne peut pas laisser indifférent. Il brandit ses armes morales avec une aisance parfaite, et nous fusille sur place, nous laissant vacillant et pénétré de ces réalités.