S'inspirant d'une légende arabe, Pierre Cardinal tourne dans sa ville natale d'Alger une sorte de poème de l'amour fou, une élégie tout en symboles et poses tragiques.
Au coeur de la casbah, certes, mais oublions Pépé le Moko, Gabin et le cinéma d'avant-guerre qui fleurait bon l'orientalisme.
Cardinal n'a tourné que deux films pour le cinéma, alors difficile de savoir qui il est et encore plus de comprendre ce qui lui a pris de tourner ce nanar prétentieux. S'est-il pris pour un autre? Pour Cocteau peut-être, et ses poèmes autrement plus cinématographiques. Ou pour un cinéaste d'avant-garde.
Je résume succinctement parce que le sujet et les personnages ne sont pas rationnels. Après quelques années en sanatorium, Michel est de retour et la femme de son père emprisonné s'éprend de lui. Elle a les cheveux noirs, le visage de Viviane Romance et le réalisateur semble en pâmoison devant elle. Michel, lui, regarde une blonde sur la plage, avec qui il échange des mots d'amours et des théorèmes philosophiques plutôt que des bisous.
Centre du récit, l'insupportable Claude Laydu traîne sa neurasthénie et traverse le film comme un robot. Il est grotesque. Viviane Romance l'est aussi, mais sur un mode affecté, lascif, théorique. Le film est un pensum compassé où ne passent aucune poésie, aucune émotion et pas davantage de beauté. Par maladresse ou par naïveté, la mise en scène saborde ses intentions tragiques.
Notons que la voix off est celle de Jean-Pierre Melville. Carrément. Et, plus grivoisement, qu'on trouve, une fois n'est pas coutume, une vraie danse du ventre, sans doute le moment distrayant du film.