Vicki Page, Julian Crasner et la danse (dont la représentation physique est Boris Lermontov) : voila le triangle amoureux particulier que mettent en scène Michael Powell et Emeric Pressburger dans ce film illustrant le conte d' Andersen. Si un prix de mise en scène devait être décerné à un film, il est certain que The Red Shoes serait un très bon candidat qui n'aurait pas à rougir d'être ce qu'il est. Plus qu'un mélodrame, les réalisateurs et scénaristes ont réussi à donner une dimension quasi philosophique à ce film, véritable réflexion sur l'art et surtout sur la relation entre l'être et l'art. La vision que donne le film n'est certes pas très optimiste puisque, pour ne pas avoir à choisir, l'héroïne préfère se donner la mort (ce qui était tout à fait prévisible), ce qui tend à confirmer les dires de Boris Lermontov : il n'est pas possible de concilier vie de couple, et "vie" artistique. Beaucoup de choses seraient opposables à cette appréhension : par exemple, que la vie amoureuse peut favoriser un véritable développement artistique, comme c'est le cas entre Vicki Page et Julian Crasner, l'une étant la muse de l'autre... Film sur l'amour, film sur l'art, film sur l'amour de l'art.
Le film alterne séquences "classiques" et ballet. Ces dernières ne sont pas filmées d'une manière simpliste. J'entends par là que les réalisateurs ne font pas le choix de poser la caméra en un point et attendre que la partition se termine. Au contraire, il y a une véritable mise en scène, riche et complexe. Ainsi, ces passages dansés nous plonges dans un univers onirique, véritable représentation visuel du ressenti de Vicki.
Le film, malgré la mort convenu de l'héroïne, se termine sur une note intéressante : the show must go on, affirmant ainsi une certaine supériorité, ou au moins primauté, de l'art.
Je n'ai qu'une reproche vis-à-vis de ce film. Certaines séquences, notamment celle de la représentation des chaussons rouges, tirent un peu en longueur, cassant un peu le rythme du film.