J'attendais un peu plus de ce second film de Bong Joon-ho, qui confirme après Barking Dog qu'il est un cinéaste du décalage, de la satire noire et plus généralement du mélange de genres. Un procédé qui demande un dosage chirurgical, au contraire d'un produit brut (comme peut l'être, dans le genre, un Se7en) qui se met quant à lui au service d'une cause moins complexe et moins plurielle, sans que cela soit un mal bien entendu. Je préfère, généralement et à certaines exceptions près (comme A Clockwork Orange, mais n'est pas Kubrick qui veut), les œuvres de la seconde catégorie, car l'équilibre peut vite s'avérer précaire lorsqu'un cinéaste s'essaye à un exercice tel que celui de Memories of Murder, plutôt mais pas à cent pour cent réussi. La satire passe cette fois par une enquête criminelle sordide menée par des services de police dépassés, au milieu des années 1980. D'une part, on note que Bong Joon-Ho se désintéresse assez de la situation politique (la Corée subissait à l'époque un autoritarisme militaire) pour se concentrer sur ses répercussions sociales. C'est ce que dit principalement Memories of Murder, par son burlesque habile et son ironie assez mordante ; la vésanie d'une société qui finit par générer des psychopathes. Mais si ces déviances sont regardées comme ultra-fréquentes grâce à des personnages fréquemment névrosés ou hystériques, l'ensemble social est si déconstruit que Bong Joon-Ho ne semble pas vouloir en donner une image trop définitive, comme si ce naufrage collectif était la conséquence d'une erreur et non nécessairement de la noirceur de notre nature. Car oui, l'erreur est au centre de la réflexion, symbolisée par ces flics expéditifs et d'une bêtise qui leur coûtera cher. Conclu par l'épilogue avec adresse, ce constat assez triste sur la faiblesse humaine est pertinent et bien amené vers un climax puissant où le drame prend enfin l'envol que j'espérais. Malheureusement, j'ai été dérangé par des bruits extérieurs vraiment déconcentrant à ce moment fatidique du visionnage, précisément censé être celui où le film et ses réflexions atteignent leur acmé en même temps que l'impression produite sur le spectateur, ce qui explique sans doute ma semi-déception. Mais quand même, j'ai le sentiment que l'hybridisme de Memories of Murder retarde sa montée en puissance, et que si la palette d'émotions générée est large (amusement, gêne, colère, déception, tristesse...), celles-ci ne nous sont pas assez profondément injectées. Techniquement, sinon, Bong Joon-ho n'a pas la virtuosité de son confrère Park Chan-Wook, mais sa mise en scène s'est considérablement enrichie et le tout est très propre, ainsi que très joliment photographié. La B.O. est elle-aussi dosée au millilitre, et c'est dans le fond que cette fable sociale déchirée entre plusieurs registres, a échoué à m'offrir autre chose qu'un bon long-métrage.