J'ai vu ce film il y a maintenant assez longtemps, à une époque où ma "sensibilité écolo", déjà affirmée, n'en était pas encore au stade de la conviction que la préoccupation environnementale est une urgence, une priorité absolue. Mais je me souviens qu'en sortant de la salle, j'étais un peu mal à l'aise d'avoir été parfois scotché par l'habileté de l'équipe qui a pondu le premier chapitre de ce filon juteux. Car si le scénario, les situations et le déroulé du récit m'avaient parus plutôt convenus, j'avais apprécié le graphisme, la fluidité du mouvement, les bruitages et je quittais la séance avec un sentiment mitigé ... Je me souviens qu'en en parlant avec ma femme, j'avais compris pourquoi ce malaise : à la différence de "Toy story" que j'avais beaucoup aimé et d'ailleurs fort bien noté, et où pourtant des objets sont tout autant "humanisés" et dotés de personnalités, la vraie vie est absente, totalement absente de "Cars". Pas un humain, pas un animal dans un monde minéral chauffé à blanc par un soleil constant, un monde où des machines endossent le rôle des vivants sans que jamais ces derniers soient seulement évoqués à l'écran. Et penser que ce spectacle a été conçu pour être digéré par un jeune public, par définition malléable, me posait déjà problème à l'époque, même si le récit met en avant des valeurs... humaines. Comment ne pas se dire que le jeune ou très jeune public, sortant de ce pernicieux lavage de cerveau, n'en sera que plus encore enclin à la déférence envers les objets, et plus particulièrement les sacro-saintes automobiles ? "Cars" est bien un pur produit de notre folie consumériste, asservie au matériel, confite en dévotion devant les produits de nos usines, dont elle augmente la charge symbolique. Et c'est justement parce qu'il est plutôt rassurant, esthétique et parfois excitant, qu'il est selon moi... toxique pour les enfants, pour qui il est fait. Au moins aussi toxique que des gaz d'échappement... C'est pourquoi je le note sans pitié.