Speed Racer, c'est quoi ? Un film de fous, une bizarrerie, un objet insolite comme on en voit rarement au cinéma. C'est, entre autres, la preuve qu'un scénario bateau ne condamne pas forcément un film. Quand l'histoire et les enjeux apparaissent comme ultra-connus et peu surprenants, il reste une chose : la mise en scène. Et les Wachowski y excellent. Speed Racer est un véritable plaisir de septième art, une époustouflante leçon de cinéma tout en paradoxes puisqu'à la fois simple et complexe : on y voit des courses de voitures ( quoi de plus fondamental au cinéma que la poursuite ? Allez voir du côté de Griffith. Et quoi de plus simple surtout que la voiture, objet qui renvoie inéluctablement à l'enfance et à ses plaisirs éloignés de toute corruption et du vice ? ) mises en scène avec un sens inouï du rythme et du cadrage, portées par des chorégraphies grandioses qui en mettent plein la vue au spectateur. Il y a là une jouissance qui naît de la rencontre d'un fond régressif mis en images et en sons par une forme à la richesse plastique ébouriffante. Inventif en diable, le film ne laisse pas une seconde de répit et propose des séquences d'action à couper le souffle. Si Matrix était une oeuvre sur la virtualité, Speed Racer en serait davantage une sur la virtuosité.
Le film synthétise la rencontre de trois arts : le cinéma, le jeu vidéo et le dessin animé. Speed Racer, c'est Mario Kartoon. Une orgie de vitesse, de chocs, mais totalement déréalisée. Les couleurs flashy du film le disent bien : si vous vous attendiez à du sérieux, vous faites fausse route ( ce qui, pour un film de voitures, peut être assez gênant ). Speed Racer assume totalement ce qu'il est : non pas un film immature, mais une oeuvre à l'esprit enfantin qui veut (s')amuser et qui le fait avec une générosité réjouissante. Mais ici, pas de débordement, sinon une énergie constamment contrôlée qui évite au film de sombrer dans le grand n'importe quoi. C'est par sa manière sage de doser ses effets que le film ne tombe pas dans la facilité et la vulgarité.
Le scénario est donc vu et revu, mais l'important n'est pas là puisque le film est à prendre au 54ème degré et qu'il ne faut surtout pas oublier que tout cela est affaire de légéreté. A l'évidence, dans un film où des objets de plusieurs tonnes ne cessent de voler avec une certaine grâce, c'est bien de ça dont il est question. Le cinéma d'Andy et Lana Wachowski fait fi non seulement de l'espace et de la physique, mais aussi du temps. Il n'y a qu'à voir les ralentis du film, ou encore l'attitude des pilotes qui se permettent de commenter leurs propres courses alors qu'ils ont sûrement mieux à faire. Mais c'est dans l'esprit du film et dans sa manière d'être en décalage et totalement détaché de toute crédibilité. D'ailleurs, les personnages hauts en couleur et l'humour vont dans ce sens : il ne faut absolument pas se prendre au sérieux. Les Wachowski ont non seulement tout compris du cinéma, mais aussi de la vie.
Un spectacle absolument réjouissant.