Alors là, je vais sûrement en étonner plus d'un (ou plus probablement que beaucoup s'en foutent et vous avez raison !) mais j'ai passé un très bon moment devant ce film, réalisé par Stephen T. Kay et sorti en 2005, ô combien décrié. Eh oui, le film se tapant des critiques désastreuses, j'y suis moi-même allé à tâtons et finalement, c'est plutôt une bonne surprise !
Tout commence d'ailleurs très bien avec une scène d'intro à la superbe photographie, une mise en scène maitrisée et d'une orchestration de la peur efficace. Tout est là. Une chambre d'enfant, des ombres effrayantes, des bruits étranges, des grincements, des fringues posées sur une chaise qui font penser au croque-mitaine... mais si c'était vraiment lui ?
Le film se basant sur une légende tellement connue et tellement déjà mise en scène dans l'imaginaire collectif qu'on est obligé de tomber dans des lieux communs. Et si je comprends que ça puisse être profondément ennuyeux pour certains, je trouve que cela correspond parfaitement à cette histoire. Oui, on parle du croque-mitaine et oui, il fait grincer les portes, enlève des enfants et est à l'origine d'ombres ambigües. Plus qu'un monstre, on parle ici d'un traumatisme, celui vécu par le personnage principal, Tim, qui n'a toujours pas digéré la "disparition" de son père et qui n'ose toujours pas s'approcher des placards.
Et c'est d'ailleurs là qu'un premier problème intervient. Le concept est cool, c'est une valeur sûre mais il atteint très vite ses limites : c'est un monstre coincé dans le placard. Alors non pas qu'il soit refoulé (lol) mais l'en faire sortir serait déjà trahir la légende. Il faut donc donner de la matière à l'intrigue. C'est ainsi que Tim va retourner dans sa maison d'enfance pour affronter ses peurs et y découvrir d'autres choses.
Bon, on ne va pas se mentir, l'intrigue est mauvaise. Là, je rejoins les critiques, on tombe dans quelque-chose d'assez bateau, ce n'est certes certainement pas révolutionnaire. En revanche, la manière dont cette intrigue est traitée et mise en scène est tout de suite plus intéressante. Si le boogeymen ne peut pas sortir du placard, pourquoi ne pas y entrer ? Et c'est là que le film dévoile toute son originalité et c'est d'autant plus frustrant que c'est une idée qui ne dure pas assez longtemps, surtout posée là pour avoir un final un peu plus spectaculaire. Mais je suis sûr que si on enlève les effets spéciaux moches, les effets racoleurs et qu'on y colle une étiquette A24, le film serait aujourd'hui considéré comme de l'elevated horror. Parce-qu'on a beau tomber dans beaucoup de clichés, le film n'est pas si débile que ça en traitant, encore une fois, de traumas de manière originale et finalement assez simple : c'est un trauma qui prend vie et pour le combattre, rien de mieux qu'une grosse introspection pour mieux y faire face ; sauf qu'ici, c'est littéral.
Mais problème, nous sommes en 2005, A24 n'existe pas et il faut donc avant tout rendre le film attrayant pour les adolescents en manque de sensations fortes. D'où ces jump-scares souvent forcés, ces effets racoleurs dans un montage atroce (notamment ces inserts là qui servent juste à faire "boooouh !") mais en même temps, on pourrait dire que c'est un produit de son époque qui a du mal à traverser le temps. Mais il n'empêche que je trouve le film toujours aussi beau aujourd'hui. Notamment grâce à la photographie (et je n'en démordrai pas) mais également grâce à une mise en scène ultra-stylisée, la caméra ne s'effaçant jamais pour laisser place à des plans toujours originaux et bien trouvés. Et surtout qui racontent quelque-chose, qui ne sont pas juste là pour faire joli.
Bref, pour moi "Boogeyman : La Porte des cauchemars" est donc loin d'être le désastre annoncé en étant un honnête divertissement horrifique bénéficiant d'une mise en scène très efficace mais souffrant certes de ses effets racoleurs et de sa fin quand même un peu ridicule et expéditive.