Quand Sofia Coppola transpose son Virgin Suicides au XVIIIème siècle, le résultat est certes bien moins passionnant, mais reste malgré tout convaincant.
Cette oeuvre de Coppola fille, c'est l'évocation de la vie de la reine d'origine autrichienne, épouse mal-aimée de Louis XVI, guillotinée en 1793. Au sortir de l'adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l'autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu'on lui impose. Elle s'évade dans l'ivresse de la fête et les plaisirs des sens pour réinventer un monde à elle. Y a-t-il un prix à payer à chercher le bonheur que certains vous refusent ? Tout d'abord, la première chose que l'on remarque, c'est la musique volontairement anachronistique et offrant une vision nouvelle du personnage historique de Marie-Antoinette, une vision bien plus actuelle, bien plus moderne. On remarque vite également que la reconstitution historique est très réussie et fidèle, dotée de costumes impeccables et de paysages magnifiques. Malheureusement, nous remarquons et déplorons aussi un rythme parfois très lent, s'attardant sur des choses inutiles et omettant d'autres choses qui auraient pourtant mériter un meilleur développement.
Sofia Coppola capture, au sein de Marie-Antoinette, le portrait d'une adolescente fragile, légère, gracieuse et naïve, qui se lassera très vite de la vie à la Cour, où son jeune mari immature la rejette, où traînent abjectement ragots et bonnes manières et où tout, absolument tout, est rigoureusement orchestré et surveillé, même les rires et l'amusement. Comme dans Virgin Suicides donc, Sofia Coppola scande que, pour une adolescente, la liberté, le bonheur, l'envie et le désir sont d'une importance primordiale, voir vitaux. Marie-Antoinette tentera donc à plusieurs reprises de s'enfuir de cette prison de velours, sans jamais réellement parvenir à trouver la joie, ni le bonheur. Comme dans toutes les autres oeuvres de la réalisatrice (Et, encore une fois, plus spécialement dans Virgin Suicides, puisque Lost in Translation et Somewhere disposaient d'une mise en scène malgré tout un peu plus sobre), Marie-Antoinette est une oeuvre très douce, très colorée, très sucrée, très édulcorée et très poétique en surface, mais torturée et acide à l'intérieur. A noter, enfin, que Kirsten Dunst livre ici une de ses meilleure performance.
En conclusion, Marie-Antoinette est une oeuvre à déguster telle une petite pâtisserie un peu amère, un bonbon un peu acide. En effet, il n'y a ici nulle prétention de réaliser un biopic sérieux et fidèle à la vie de la guillotinée Marie-Antoinette, juste la volonté de dresser une peinture délicate sur les sentiments d'une adolescente confrontée au pouvoir et aux obligations. Un tableau d'humour, de tendresse, d'amusement et de cynisme, malgré tout un peu décevant face au reste de la filmographie de la talentueuse et sensible Sofia Coppola.