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Un visiteur
4,0
Publiée le 22 septembre 2020
J'ai connu Rémi Laurent en 1980 à Fontainebleau où nous effectuions notre service militaire. Nous étions tous des pistonnés et Rémi ne resta que quelques semaines, juste le temps pour lui de se faire réformer. Nous étions devenus copains dans le même escadron et la même chambrée. A l'époque il était déjà collé à l'héro et se faisait envoyer de la poudre dans les lettres qu'il recevait. Je l'aimais bien, c'était un chic type, malgré un ego un peu prononcé, il avait déjà joué dans les "petites anglaises" il était très connu à l'époque. Pour le charrier je lui disais qu'il jouait mal et que son collègue Stéphane Hillel était bien meilleur, mais il ne se formalisait pas. Aujourd'hui encore, quand je revois le film, y a pas à dire, il jouait vraiment mal...
Sous ses airs de comédie potache qu’annonce son titre, À nous les petites anglaises ! diffuse une puissante mélancolie, celle d’un âge éloigné de nous et pourtant si proche par les hésitations, les frémissements et les découvertes maladroites qu’il permit, gouverné par une énergie juvénile que Jean-Pierre nomme « oxygène ». Michel Lang se situe entre le cinéma de Claude Zidi, avec ses éternels candidats au baccalauréat qui tirent du redoublement une identité de classe ainsi qu’une inscription dans une période à ce point essentielle qu’elle est reconduite année après année, et celui d’Éric Rohmer, auquel nous pensons lorsque les personnages errent avec leur solitude et leur philosophie le long de plages ou des dialogues qui deviennent de plus en plus conflictuels. Le séjour linguistique devient un accélérateur de particules à même de conduire les adolescents à apprendre à utiliser la langue, entendue dans un sens spoiler: physique (éveil sexuel), international (acclimatation culturelle) et générationnel (devenir un adulte comme les autres jeunes de leur tranche d’âge) . La mise en scène élégante et dynamique s’amuse à former et à séparer des groupes, essentiellement des binômes d’ailleurs, comme si elle surprenait leurs agissements, leurs égarements – voir à ce titre la scène de transport dans la voiture, dont l’inutilité a quelque chose d’essentiel – qui rappellent qu’« on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans »… La chanson répétée de Mort Schuman, « Sorrow », contient toute l’ambivalence émotionnelle de ce voyage en terre inconnue à la fois hilarant, cruel et désespéré. Une belle réussite.