Parce qu'on se demande à quelle sauce hollywoodienne seront accommodés les naufragés du Titanic, on n'entre pas sans réticence dans ce film qui a construit le mythe excédant de DiCaprio, diffusé jusqu'à saturation la chanson de Céline Dion et dont le réalisateur ne passe pas pour autre qu'un simple manipulateur d'effets spéciaux.
Mais les premières scènes déjà sont rassurantes : l'exploration de l'épave légendaire, 80 ans après, et l'apparition d'une rescapée centenaire ouvrent des perspectives troublantes sur le temps qui passe et sur la douleur du souvenir, découvrant une sensibilité certaine. Puis vient ce flashback de près de trois heures à bord du Titanic. Croisière luxueuse, croisière paisible.
James Cameron greffe sur la catastrophe une romanesque histoire d'amour. Quoi de plus habile, en effet, pour mieux nous faire mesurer et ressentir l'ampleur de la tragédie que d'y associer le sort particulier de deux jeunes amants, dès lors que leur amour et que le péril qui va possiblement les désunir nous bouleversent ?
Cameron ébauche, sur le mode de Roméo et Juliette, une romantique et, avouons-le, touchante bluette. Elle appartient à la haute société et s'apprête à épouser un riche odieux ; il est pauvre et artiste bohème, et leur rencontre sur le pont du Titanic ne manque pas de charme. Certes, Cameron se laisse aller à certaines conventions, présentant, comme couramment, les riches superficiels, cyniques ou lâches ; mais cette complaisance morale introduit ici des ressorts dramatiques tout à fait acceptables.
Affligés par avance par le destin funeste du jeune couple -le réalisateur se garde toutefois de sceller le définitivement le sort de DiCaprio pour préserver l'efficacité du drame- on est admiratif devant la reconstitution somptueuse du Titanic, devant l'habileté du cinéaste à en explorer tous les recoins et sa maitrise de l'action dramatique quand se profile la tragédie attendue.
Et puis, il y a ces dernière scènes, hallucinantes, où le Titanic coule. Vision cauchemardesque et surréaliste où le gigantesque paquebot s'enfonce dans l'eau tel un monstre agonisant et rugissant. Ce sont les séquences les plus intenses et les plus spectaculaires du film auxquelles succèdent, sur un plan sentimental, les plus douloureuses.
Les adieux entre Jack et Rose sont déchirants et le spectacle de corps déjà à moitié gelés
jonchant une mer calme et redevenue silencieuse est singulièrement poignant.