Le Petit lieutenant raconte l'entrée d'Antoine, tout juste diplômé de l'école des officiers de police, à la PJ à Paris. Antoine découvre le quotidien de son équipe, se lie avec ses collègues, et avec sa cheffe, la commandante Caroline Vaudieu. Ensuite, on ne peut pas dire que le film soit très riche en action, fusillades, et criminels tordus -- tout ce qui fait habituellement le sel des films policiers. Le parti pris scénaristique de Beauvois -- et esthétique -- est au contraire anti-spectaculaire, presque terne. Ce qu'il donne à voir, c'est un métier souvent ennuyeux, peuplé d'agents cabossés confrontés à une criminalité minable et à une certaine misère sociale ; c'est aussi la France du service public, sans glamour, mais humaine et familière. En d'autres termes, Beauvois fait le choix du réalisme, et ce réalisme entre en collision avec ce qu'on devine être la vision du monde d'Antoine, le petit lieutenant.
Antoine, en effet, se rêve en policier de cinéma, héroïque, or le film lui refuse constamment cela, lançant des pistes narratives qui pourraient emmener son personnage dans du cinéma hollywoodien, sans jamais les concrétiser (le braquage, le passage chez les stups, etc.). Quand Antoine se trouve enfin au coeur de l'action,
il en meurt
, ce qui permet à Beauvois de neutraliser pour de bon sens velléités d'héroïsme, et avec elles, une conception fantasmée du métier de policier. Ironiquement, c'est justement
une fois le petit lieutenant mis hors course
que l'action s'emballe, manière pour Beauvois de signaler que c'est dans le réalisme que se situe le meilleur terreau de la fiction.
Le Petit lieutenant apparaît ainsi comme un petit traité théorique sur sa conception du cinéma, mais il a le bon goût de ne pas être trop aride pour autant, car ses personnages sont aussi crédibles qu'attachants, et son intérêt pour eux sincère. C'est en cela un petit chef d'oeuvre discret du cinéma français du 21e siècle.