voici que notre petit manuel pamphlétaire met en scène un héros masqué, sauveur populaire et terroriste cool et raffiné. Loin des héros façon Batman seconde époque, celui-ci n’est jamais contredit par des auteurs préférant le glorifier et le sanctifier, consacrer son statut d’espoir ultime et absolu du peuple. Une telle figure ne peut qu’être pétrie de paradoxes, elle est par définition manipulatrice [surtout que, cultivée ou suffisamment habile pour le laisser croire, elle sait faire fonctionner l'illusion] : V pour Vendetta n’est jamais qu’une autorité autre [et idéaliste, mais c'est un leurre, elle ne propose d'alternative qu'en semant le chaos social et prétendant permettre ainsi de remettre les points sur les ''i''].
Mais non, les Wachowski s’en foutent, ils ne laissent entrevoir aucune ambiguïté dans leur personnage. Et ils vont même assez loin [ils légitiment tous ses actes, n'interrogent rien] : la bêtise accompagne chaque mouvement de caméra, chaque recoin du script, et voici que les victimes de V acceptent leur mort [mieux, Delia, qui fut au service de ses anciens tortionnaires -V était un prisonnier-, demande à être pardonnée], que le justicier accomplit la violence au service du »Bien ». Le personnage prétend lutter contre le fascisme, or il ne prêche aucune différence, ne fait aucune nuance, use de recettes antédiluviennes pour arriver à ses fins [on flirte avec l'esprit de ''rémission des péchés'']. L’unique proposition de son programme, c’est que chacun devienne une ombre au service d’une noble cause [bien sûr, vous ne la maîtrisez pas ; mais malheureux, elle vous donne un sens -sans que vous n'ayez plus à réfléchir]. Et pour liberté définitive, être un kamikaze[… chacun son monde, après tout ?].
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