Que d’iconicité dans le personnage de V ! Le passage de la BD au grand écran n’a pas été pour le dépopulariser ! Hugo Weaving (Agent Smith, Elrond) incarne avec brio cet hilarant terroriste révolutionnaire au langage chevaleresque et au masque ayant probablement inspiré la Casa de papel. Son allitération en V rivalise en légende avec son “Remember, remember the fifth of November”. Le personnage présente comme intérêt supplémentaire qu’il fait figure à la fois de héros et de vilain, à travers son ambiguïté meurtrière et voleuse.
Ce simple personnage capte tellement l’attention que je n’ai pas décroché du film une seule seconde.
Ses motivations sont questionnables : venger le mal par le mal, jouer au super-héros moralisateur, exercer lui-même une forme de “justice” inconnue, la mort comme punition ? Et puis surtout en quoi faire exploser Big Ben serait à ce point source d’espoir pour le peuple ?
C’est ce que lui fait remarquer Evey (superbe Natalie Portman !) à plusieurs reprises, mais V se laisse emporter dans son élan Dantes-que tandis qu’elle se fait une idée plus terre à terre de la révolution.
On reconnait le style des Wachowskis partout, que ce soit dans les thèmes abordés (les idées et la réalité, la révolte contre une dystopie), le stylisme des scènes d’action, la romance facile qui fait rajoutée, ou dans le mélange artistique des cultures (musique russe, masque évoquant l’Italie, ville filmée à la Batman, relations hiérarchiques à la Dark Vador). Et pourtant les frères jumeaux ne sont même pas à la barre de la réalisation !
Le montage est plaisant, il y a un gros travail sur la répartition de chaque élément de l’intrigue et l’ordre des flashbacks, cependant certains détails manquent de clarté comme toute la partie qui relève de l’incarcération passée de V. Puisque j’ai adoré le film je vais continuer de le critiquer négativement en soulignant les invraisemblances un peu gentillettes comme le fait que V ait creusé le métro tout seul pendant dix ans ou tout simplement le fait qu’il puisse s’introduire partout sans difficulté.
C’est Dario Marianelli qui s’occupe de la musique et ça colle assez à l’ambiance néanmoins les deux moments musicaux les plus marquants du film sont Street Fighting man des Stones au générique et l’ouverture 1812 de Tchaikovsky, célèbre pour l’utilisation de vrais canons symbolisant à la fois la bataille et les feux d’artifice de la victoire, autant dire que c’est le morceau parfait pour les attentats orchestrés par V.
A l’image de 1984 et compagnie, une dystopie importante qui s’aventure sur des terrains philosophiques : les moyens de révolution, le choc des cultures, l’identité personnelle avec le masque de V.
A ne pas voir en VF c’est terrible.