Le cinéma de Bo Widerberg est souvent premier degré : simple, direct, parfois cru même, dans une sorte de naturalisme social et esthétique. Mais l'image dans ses films, et j'inclus bien sûr Joe Hill, vibre d'une intensité forte et continue.
Widerberg accorde un grand soin à l'image : la composition des plans et les mouvements d'appareils restent modestes, mais le cadrage et surtout la photographie sont somptueux, notamment dans ses films en couleurs.
Plus encore, ce qui vibre dans ses plans, c'est l'être humain. Widerberg capte les attitudes, les visages, les mots échangés. C'est un cinéaste humaniste et social, dont les ouvriers et les classes populaires sont souvent au cœur de ses œuvres.
Joe Hill est ainsi un film fort sur l'exploitation des travailleurs et leurs rêves d'émancipation, dans des États-Unis hostiles aux immigrants. C'est un long métrage magnifique, qui déchire le cœur... Mais Bo Widerberg ne sombre pas dans le mélodrame ou le misérabilisme. Ses héros et héroïnes conservent une dignité tout du long. Et même dans les moments particulièrement difficiles, Widerberg fait preuve de fantaisie, de poésie et d'humour, comme un pied de nez au destin. Joe Hill est un film inoubliable, tout comme son interprète principal, Thommy Berggren, visage d'une humanité blessée, mais debout.