"Alice dans les villes" contient une bonne partie de la passion de Wenders, contenue dans un cadre qui tournoie et qui flirte avec ses personnages. On retrouve, et ce comme dans la plupart de ses longs, la sensation épanouie de liberté qui, ici, se termine avec mélancolie par le devoir à rendre. De par les yeux et les expressions des personnages se dessine la solitude, sentiment si présent qu'il va jusqu'à se conformer à des bâtiments et à ses formes linéaires. Le contenu relationnel entre les personnages est direct et froid, imprimé comme de force sur les visages, dont sur celui de la petite Alice, au caractère bien trempé, qui se retrouve d'un seul coup en compagnie d'un inconnu parfois acteur du jeu enfantin, parfois représentatif de la société individualiste :acariâtre. Il peut facilement arriver de se perdre, en tant que spectateur, entre les langues et les terres, accompagnées par ses cultures immortalisées sur un morceau de papier glacé. Ce qu'il y'a de si amusant à remarquer, c'est cette différence proche de l'antithèse dans le domaine littéraire : ce contact si froid entre les personnages et cette confiance qui, pourtant, s'instaure après un repas dans un dinner, ressemblant à une inconscience primitive. Ce qui fait la force du film est plus la relation entre Alice et Philip, intimiste et maîtrisé par deux bons interprètes qui se complètent avec talent, que la réalisation qui, si elle s'avère efficace, se trouve être en même temps peu remarquable dans son renouvellement. Le tout manque suffisamment de caractère pour porter attention jusqu'au bout. C'est vers le milieu du long qu'on a le plus de mal à se concentrer, dans une tranche d'une trentaine de minutes. Puis le rythme repart tel qu'il était arrivé : penaud, au pas peu assuré, qui trébuche quelques fois mais qui se relève pour offrir un final réjouissant.