D’habitude, j’ai de l’affection pour les films malades, pas finis ou bâtards, mais pas cette fois.
Inglourious Basterds fait plus penser au premier film d’un réalisateur doué, dont le style ne demande qu’à être contenu et encadré pour être efficace, plutôt qu’à un véritable chef-d’œuvre.
La scène d’ouverture est pourtant grandiose, l’une des meilleures de Tarantino.
La musique du générique, le jeu d’acteurs, le découpage, les dialogues : tout est parfait, et la montée en tension nous met mal à l’aise jusqu’au massacre final de la séquence.
C’est une scène de suspense magistrale.
Puis arrive le reste du film.
Et dès que les Basterds entrent en scène, on dirait que ce n’est plus le même long-métrage, car le ton devient plus léger, voire plus « Z ».
À partir de là, il y a deux films en un : d’un côté les Basterds, et de l’autre l’histoire de Shosanna interprétée par Mélanie Laurent.
Mais les deux histoires ne vont jamais se croiser ni se mêler, ce qui m’a laissé le sentiment de rester sur ma faim, avec un récit qui n’avance pas mais qui se conclut quand même sans véritable deuxième acte.
La structure même du scénario est déconcertante et donne l’impression que c’est mal écrit.
Il y a finalement peu de scènes qui composent le film, et elles sont toutes indépendantes, comme des petits films.
Elles n’ont pas besoin les unes des autres pour former un tout.
Je suis sûr que si l’on supprimait la moitié du film, il tiendrait mieux la route narrativement.
Inglourious Basterds n’est composé que de cinq séquences, mais celles-ci sont globalement faites de dialogues étirés jusqu’à l’absurde.
C’est ridiculement long pour un pay-off pas toujours payant.
C’est comme si le réalisateur voulait tester ses limites et voir jusqu’où il peut pousser ses longues tirades sans perdre le spectateur.
Mais connaissant Tarantino, ses films précédents et ceux qui suivront, je doute que ce soit une erreur de parcours : c’est plutôt intentionnel.
On le sait, c’est un formidable théoricien du cinéma, capable de mêler différents courants dans un projet, mais dans Inglourious Basterds cela paraît plus confus.
Mon interprétation, c’est qu’il a cherché à mêler le film de commandos non pas au western spaghetti façon Sergio Leone, mais aux intentions de la Nouvelle Vague.
Habituellement, QT récupère des gimmicks, des clins d’œil qu’il réutilise à sa façon — soit dans un autre genre, soit dans un autre contexte — pour en faire quelque chose d’original.
Cette fois, c’est plus un mouvement, un ton contestataire : celui de la Nouvelle Vague, qui refusait de faire du cinéma conventionnel (j’ai même envie de dire « du cinéma tout court ») et cherchait en permanence la rupture, souvent dans un but politique.
C’est ça qu’il mêle à son film de commandos, la politique en moins.
Et c’est, selon moi, ce qui crée ce décalage entre le film de genre purement cinématographique et sa structure cassée.
Quoique, il y a bien un discours sur le cinéma, mais je ne le trouve pas assez mis en avant pour en tirer quelque chose, si ce n’est l’idée que l’on peut corriger l’Histoire par la fiction.
Un dernier petit mot sur les défauts : la direction des acteurs francophones est assez mauvaise, je trouve.
Mélanie Laurent et Daniel Brühl sont de bons acteurs, mais on sent que c’est dirigé par un Américain, et que ça sonne comme un Américain entend le français.
Ça ne va pas du tout, selon moi.
Je ne trouve pas que Inglourious Basterds soit un mauvais film, mais il n’est certainement pas un bon Tarantino.
Bien sûr, Christoph Waltz est génial, à la fois attirant et gentleman, mais aussi obsédé et cruel.
La blague de la couverture italienne est très drôle, la direction des acteurs anglophones est excellente comme d’habitude chez QT.
La mise en scène est superbe et les joutes verbales, bien que souvent trop longues, sont dans le pur style du cinéaste.
Les musiques utilisées sont mémorables, notamment celles de l’introduction et du générique de fin.
Il y a, toujours dans la bande-son, une superbe utilisation de Putting Out Fire de David Bowie.
C’est un film qui possède de belles qualités, mais ce qui le rend pénible à regarder, c’est sa narration et son refus systématique de donner une satisfaction au spectateur en répondant à des codes élémentaires.
Ça en fait un film bâtard et peu glorieux…