"Mémoires de Nos Pères" où le premier volet d'une des plus ambitieuses sagas du cinéma contemporain. Aux manettes, le grand Clint Eastwood, sortant du très acclamé (justement) "Million Dollar Baby". Ayant pour ambition de développer objectivement, sans patriotisme ou provocation, la bataille d'Iwo Jima et ses conséquences sur le peuple américain, il manifeste une ambition certaine qui aurait facilement pu décevoir. Il n'en est rien, le grand Clint s'étant montré à la hauteur. Aidé d'interprètes pour la plupart méconnus du grand public, il se sert ainsi de leur absence d'image célèbre pour mieux les utiliser et les intégrer complètement dans son histoire. Située en majorité en 1945, elle se révèle pourtant très contemporaine dans son malaise : admirable description politico-sociale, elle pointe du doigt une économie de guerre (et par extension générale) truquée, au milieu de politiciens véreux, depuis longtemps corrompus. De morale, ils n'ont pas. Seules l'ambtion et l'avidité les guettent. Tout le contraire de ces trois héros désignés par les médias, luttant contre un profond mal intérieur qui les ronge et plongera l'un deux dans une folie auto-destructrice. Le pouvoir des médias en prend aussi un coup, qualifié de nauséabond dans sa tentative de cacher la vérité au peuple, ramolli intellectuellement. Le but n'est pas de les pervertir, plutôt de les exploiter. Avec un regard toujours très juste, Eastwood trouve une grâce dans sa mise en scène, notamment lors de ses combats aux tons pastels. Porté par quelques notes musicales intimistes, il s'agit avant tout d'un formidable drame humain, puissant, prenant, sans aucune longueur. L'émotion se fait ressentir dans la conclusion, magnifique dans sa dramaturgie et prise de conscience de la vie. Superbement construit et réalisé, "Mémoires de Nos Pères" frôle le chef-d'oeuvre. Indispensable. 3,5 étoiles.