Southland Tales est un véritable ovni du cinéma moderne, une apparence de déjà-vu et de simplicité cachant un écran de brume et de perplexité. Kelly y est allé assez fort, on peut sentir qu'il avait une idée assez précise d'où il voulait aller, mais l'univers qu'il dépeint est dense, fouillé, et pour le moins énigmatique.
Reposant une nouvelle fois sur la guerre et la peur, Southland Tales nous présente un Etat pour le moins totalitaire, très critiqué par un groupuscule communiste. Un semblant de sexe-attitude mélangé à la science ainsi qu'à la politique éludent totalement le propos : un héros qui ne connait pas sa destinée, et le spectateur sera ainsi plongé dans les péripéties des protagonistes jusqu'à la fin, seul moment où il pourra réellement comprendre le fond des choses.
Tout ou presque n'est qu'un faux-semblant, de l'histoire jusqu'à la réalisation du film. Les acteurs pouvaient laisser présager un bide (The Rock, Gellar, l'inimitable Stifler d'American Pie...), et pourtant j'ai été agréablement surpris de constater qu'ils se surpassent réellement tous. La mise en scène est toute aussi déroutante : on passe d'un lieu à l'autre, d'un personnage à l'autre, et bien souvent la fin d'une scène ne se déroule pas du tout comme on la prévoyait. La distinction entre les bons et les méchants sera aussi très floue, même après le visionnage.
Au final, on assiste à une espèce d'ode new-age (épaulée par une musique signée Moby), dans un univers "futuriste" ... ni glauque, ni noir, peut-être "bizarroïde" serait le mot juste.
C'est un des premiers films où, lorsque est arrivé le générique de fin, suis resté bouche bée à me demander si j'avais aimé ou pas. Voila ce qui motive avant tout ma note, car pour se poser cette question, c'est que ce film se démarque notamment de beaucoup d'autres. Pour tout ce qui a été dit, je comprends tout à fait ceux qui crient au navet et collent un 0 à Southland Tales, mais je crois qu'il mérite quand même qu'on s'y attarde.