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Yasujirô Rilke
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1,0
Publiée le 1 juin 2008
Pour la dernière collaboration de Carné avec Prévert, «Les Portes de la nuit» (France, 1946) de Marcel Carné filme une France meurtrie, inscrite dans la tradition mélancolique de Carné. Sous une musique de Joseph Kosma qui porte l’œuvre jusque dans les cimes du désespoir, Carné et Prévert prouve que leur cinéma s’est toujours contenté d’être davantage poétique que réaliste. Sous les couverts d’un chant désespéré pour une France meurtrie par l’Occupation et la délation, le film révèle une poétique du destin. Croire au sort de la vie, c’est désengager le rôle qu’ont eu les collaborateurs. De ce postulat, le film de Carné ne vaudrait rien de plus qu’être perçu comme une ignominie. Or Carné peint un destin incapable et faillible, dépassé par la malveillance des collaborateurs. La perte d’une foi que le cinéaste illustre depuis «Le Quai des brumes» et que «Les Portes de la nuit» remet en contexte témoigne du mal qui ronge la société française. L’apparence que prend le Paris tourmenté de Carné et Prévert mêle les décors naturels, qui feront grandement lieux dans «L’Air de Paris», et les décors d’Alexandre Trauner fait de «Les Portes de la nuit» le passage à témoin d’une période poétique de Carné (celle avec Prévert) à sa période réaliste. Paris, personnage favoris de Carné, devient le terrain de jeu d’un fantastique commun. Les personnages du film, parangons des survivants de l’Occupation, se croisent dans les rues de Paris selon les schémas de la Fortune, incarnée par Jean Vilar. Ce grand homme de théâtre à l’interprétation impassible revêt la paralysie de la fatalité. Nietzche eût prononcé en 1883 la mort de Dieu, Carné met en scène cette mort, rend évident la totale responsabilité des êtres humains. Quelque soit l’appréciation qu’on puisse avoir de l’interprétation des acteurs, Carné et Prévert ont la force de faire une œuvre lucide. Dans le cadre du cinéma de Carné, «Les Portes de la nuit» ne révolutionne rien en revanche sinon procède au systématisme du pessimisme.
Dernier film de la collaboration entre Carné et Prévert, c'est le film qui fit découvrir Yves Montand. Un film injustement critiqué lors de sa sortie en 1946 puisqu'il ose parler de la collaboration à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. C'est pour ce film que fut composée la chanson "Les feuilles mortes". Ce film est donc incontournable.
Où l'on vérifie encore que si Pévert pouvait écrire de somptueux dialogues, son talent de scénariste était faible. Car la trame de cette histoire s'apparente à celle d'un roman photo, et vire par moments au mélodrame pour midinette (scènes entre Malou et Jean). Le personnage de "la fortune", prédisant de manière sentencieuse les destins, pourtant bien joué, ne fait qu'ampouler l'ensemble; le père de famille nombreuse cabotine et fatigue. On craint la réapparition de ces deux personnages. Le rythme est lent, la première partie du film bavarde, les séquences sans intérêt abondent (épisode de la gitane par exemple). Que sauver ? D'abord la dernière partie du film, plus retenue, plus réaliste. Puis les personnages de Jean (Montant) et de Georges (Brasseur). Enfin la bande son, articulée autour de la chanson "les feuilles mortes", créée à cette époque. A voir par curiosité.
Dernier film du couple Carné-Prévert pour leur film le plus inégal. Il faut dire que réalisé un film en 1946 avec des allusions plus ou moins grosses sur la collaboration ne devait pas être facile. Pour ma part je trouve que ce film est dans la lignée de leur filmographie. Cependant il est vrai que le scénario a quelques faiblesses (des scènes presque hors-sujet) et des interprètes plus que justes comme Yves Montand (pas à l'aise, comme impressionné) et Nathalie Nattier.
S'inscrivant pleinement dans la lignée des drames poétiques qui ont fait la renommée de son auteur, « Les Portes de la nuit » est peut-être aujourd'hui l'une des plus belles réussites de Marcel Carné, ayant très peu vieilli et bercé par une mélancolie aussi troublante qu'émouvante. La collaboration Carné - Prévert prend pourtant ici une tournure plus onirique que de coutume, presque fantastique, mais les deux hommes trouvent un équilibre quasi-miraculeux pour offrir à cette histoire d'amour tragique une beauté, une douceur la rendant encore plus belle. Ce n'est toutefois que l'un des aspects d'une œuvre aux nombreux personnages, tous remarquablement interprétés et souvent forts d'une complexité, voire d'une ambiguïté (La Seconde Guerre mondiale venait de finir) vraiment audacieuse pour l'époque, les deux hommes semblant vouloir régler leur compte aussi bien aux collabos « purs et durs » qu'aux pseudo-résistants de mai 45, comme en témoigne quelques scènes particulièrement remarquables. Après c'est un peu lent, et peut-être le film aurait-il gagné à enlever quelques minutes par-ci par-là, toujours est-il que sa dimension lyrique et sa beauté viennent asseoir le statut de géant du cinéma français de l'auteur des « Enfants du Paradis » : une réussite.
Prévert décrit admirablement ce Paris de l'après-guerre, où la peur rode toujours. Qui a fait quoi ? Ce héros n'est-il pas en réalité un collabo ? Période trouble idéale pour raconter une histoire d'ombres, de fantôches. Jean Vilar en Destin malicieux, Pierre Brasseur, bourgeois misérable, Serge Reggiani, pantin sans orgueil, Saturnin Fabre, ridicule dans son arrogance, et Yves Montand, le juste. Dommage que Nathalie Nattier ne soit pas à la hauteur de son personnage. Avec Arletty ou Maria Casarès, c'eut été un chef d'oeuvre.
Très poétique ( on voit la patte de Prévert!!) cette nuit dans un Paris inquiétant rongé par la guerre, cette histoire d'amour touchante, tout est beau. Musique de Kosma ( Joseph, pas Vladimir) magnifique! Yves Montand , Serge Reggiani excellent. Dommage que le jeu de l'actrice principale soit inégal. J'aurais mis 4 étoiles.