Je ne veux pas cracher bêtement sur le cinéma de mon pays, que je connais mal et dont la force tient surtout au film d'auteur, à des essais arty ou plus simplement à une vision axée sur l'étude de ses personnages, comme la plupart des cinémas européens. Mais il faut quand même avouer que pour le spectacle, le suspense, l'ampleur, les long-métrages hexagonaux font pâle figure face à la maîtrise du cinéma américain. J'avais donc quelques légers doutes sur la réelle capacité de Ne le dis à personne de tenir la dragée haute aux meilleurs spécialistes du thriller hollywoodien, et ce malgré une belle réception du public et une critique assez positive. Pourtant, si Tell no more était loin d'être le roman le plus réussi de Harlan Coben (personnifiant même à mes yeux les défauts de son écriture, parfois facile et superficielle), les thèmes chers à l'américain, à commencer par le passé déterré, révélant la somme de ses secrets enfouis, sont très attirants. Et on ne peut nier que ses scénarios sont toujours portés par un sens du suspense infaillible. Si Guillaume Canet est fidèle à celui de Ne le dis à personne, il échoue pourtant à retranscrire cette tension par des choix narratifs maladroits et une trop grande placidité. Le rythme va cahin-caha au gré d'un montage hésitant, déchiré entre la construction de l'histoire d'amour et l'investigation en elle-même. Rien que l'introduction, qui en révèle trop là où des flash-backs parsemés tout du long auraient eu un effet de mystère, de confusion et de doute, est ratée. Dommage, car Canet s'applique avec sincérité et brille dans les scènes de poursuite comme dans la mise en scène des péripéties intimistes. Le casting est très concerné, bien regroupé autour d'un François Cluzet lui-aussi très sincère et qui confirme sa qualité de valeur sûre. Mais voilà, si certaines œuvres hybrides tirent une force supplémentaire et combinée du mélange de plusieurs genres, ou constituent, comme des miscellanées, un ensemble aux prétentions artistiques basées sur le décalage et l'éclairement réciproque, Ne le dis à personne laisse filer à la fois sa romance et son récit policier. Un film qui n'a rien d'antipathique mais aurait pourtant bien tort de se revendiquer du contraire.