"Sunshine" de Danny Boyle est un film que j'ai vu totalement par hasard il y a de cela des années...sans aucune attente, sans aucune appréhension. Totalement par hasard. Et au final ? C'est l'une des expériences de cinéma les plus marquantes que j'ai vécu. Qui plus est, c'est une pure claque dans le genre sf. Pour moi, c'est d'ors et déjà un incontournable du genre. Il faut dire que c'est vraiment un film qui me tient à coeur. A ce jour, le film doit surement être le plus ambitieux de Danny Boyle, cinéaste touche à tout qui montre ici toute l'étendue de son indéniable talent (dommage d'ailleurs que le film soit injustement sous-noté). Le postulat de départ est assez improbable et inédit. Là ou on a déjà eu des films avec des équipages qui partent vers des planètes inconnues ou Mars, "Sunshine" nous fait suivre un équipage en route...vers le soleil, afin de sauver le monde. Quand on lit le pitch, on peut trouver ça incohérent avant même de voir le long-métrage. Et effectivement, ça parait très tiré par les cheveux d'envoyer un équipage et pas un vaisseau autonome ou une grande sonde avec la bombe. Mais on se rend compte au fur et à mesure que Boyle se fiche assez de la cohérence du synopsis. Ce n'est qu'un prétexte pour une thématique fascinante concernant le soleil : son impact sur les hommes et la fascination qu'elle engendre. Et c'est là que c'est intéressant, car le scénario du film (ainsi que sa mise en scène) va jouer sur ça. Et il y a des idées super intéressantes, comme
le "bain de soleil" que prennent certains personnes de l'équipage dans la salle d'observation. Le soleil est présenté ici comme un Dieu aux conséquences dévastatrices sur l'homme. Ainsi, le personnage de Searle interprété par Cliff Curtis finit par s'abimer physiquement à force de regarder le soleil (son visage se met à peler). Mais surtout, le soleil abime psychologiquement certains personnages comme Pinbaker, celui-ci devenant un fanatique de notre étoile et voulant faire échouer les 2 missions Icarus. Là ou beaucoup ont trouvé son apparition maladroite, injustifiée, ratée et j'en passe, ça doit être au contraire l'idée la plus brillante du film. Déjà parce que ça sert entièrement sa thématique, mais aussi parce que son arrivée était largement préparée si on regarde attentivement le long-métrage. Aussi, l'une des plus belles scènes du film que constitue la mort de Kaneda est une preuve directe de l'ambition de Boyle: le personnage ira jusqu'à mourir pour entrer en contact avec le soleil et acquérir une forme de salut
. Le film a de nombreux autres atouts, à commencer par son casting absolument impeccable. L'effort qu'à fait Boyle de prendre des acteurs de plusieurs nationalités pour jouer l'équipage est à souligner tellement c'est rare dans ce genre de film. D'habitude, c'est toujours des américains. Le casting est donc international, et extrêmement talentueux : Rose Byrne, tout en retenue, Hiroyuki Sanada, très charismatique, Michelle Yeoh, comme toujours superbe, ainsi que les plus discrets Troy Garity et Benedict Wong (celui-ci jouant à nouveau un pilote de vaisseau dans un certain "Prometheus"). Les deux acteurs les plus marquants du film sont les géniaux Cillian Murphy et Chris Evans. Ce dernier m'a le plus impressionné tellement il y est étonnamment génial (alors qu'on est habitué avec Cillian Murphy). Il y joue le rôle de Mace, le personnage le plus intéressant du film avec Pinbaker. Il y pose des problématiques rarement soulignées dans des films de ce genre,
celui-ci étant un fervent représentant de la rationalité, de la confiance aveugle en la science (c'est un des personnages qui n'est pas du tout fasciné par le soleil) et étant surtout prêt à tout pour la réussite de la mission. Ce n'est pas étonnant de voir qu'il est dans les scènes les plus passionnantes du film d'un point de vue moral. C'est un peu le contrepied de la plupart des autres personnages, leur antithèse
. Et il est vraiment parfaitement interprété par Chris Evans, qui trouve ici son meilleur rôle. Quand à Cillian Murphy, il interprète avec toute la sobriété et le charisme nécessaire le rôle principal du film (du moins, le rôle central). Techniquement, le film est parfait. La photographie est tout simplement somptueuse et les effets spéciaux sont plutôt réussis (ce qui a de quoi étonner vu le budget restreint). Qu'on soit clair, c'est un film à voir sur grand écran avec la meilleure qualité possible. L'Icarus II est à tomber vu de l'extérieur (j'adore le design) et c'est encore mieux à l'intérieur tant la direction artistique est parfaite. C'est un vaisseau auquel on croit totalement. L'autre détail irréprochable de ce film, c'est sa musique. Et bon dieu, quelle musique...mais quelle musique ! Qu'on soit clair, la bo composée par John Murphy et Underworld est divine. Son morceau principal (le cultissime "Surface of the Sun") est inoubliable, les autres musiques étant loin d'être en reste. Je pense par exemple à "The last message", à ce jour une des musiques les plus reposantes, mélancoliques et fascinantes que j'ai pu entendre. La bo est totalement envoutante, à la fois anxiogène et magnifique. Je suis plutôt étonné d'aimer autant cette bo, moi qui suis un fan des compositions orchestrales et plus classiques pour les films. Mais sincèrement, j'ai rien à dire de mauvais dessus...la bande-originale est un pur chef d'oeuvre que je prend plaisir à écouter. Quand à la réalisation de Boyle, c'est la perfection. Certains plans sont d'une beauté ahurissante, on sent que Boyle veut nous en mettre plein la vue.
En témoigne les scènes dans la salle d'observation ou celle de la réparation du bouclier. Scène par ailleurs très forte montrant que Boyle maitrise parfaitement la tension et le suspense de son film. Je pense aussi au moment ou 3 des membres d'équipage doivent traverser le vide pour rejoindre Icarus II, ainsi que la scène de la mort de Mace. 2 moments différents mais très forts à leur façon
. Il faut noter que le film est également un pur bijou d'ambiance: c'est anxiogène, plutôt dérangeant (c'est pourtant pas un film choc) mais aussi sublime par moments. Le film est très immersif, on a vraiment l'impression d'être dans l'espace. La direction artistique et la mise en scène y sont pour quelques choses, mais il faut aussi retenir le mixage-son qui est une pure tuerie. Là ou la mise en scène de Boyle fait débat, c'est dans sa dernière partie. La première heure du film, elle est plutôt contemplative et portée sur le grandiose. Mais
dès que Pinbaker fait son arrivée dans l'histoire, Boyle se lâche pour faire ce qu'il aime faire depuis toujours: de la mise en scène bien WTF et tape à l'oeil. Même le mixage-son devient bizarre. Dans toutes les scènes ou apparait Pinbaker, le film prend un tournant étrange qui a de quoi décontenancer: et c'est encore pire quand Capa et Cassie sont dans la bombe. Ce n'est pas très subtil, ce n'est pas forcément agréable visuellement (notamment les plans flou ou on voit Pinbaker)...mais ce n 'est pas dommageable. Pourquoi ? Parce que la mise en scène de Boyle s'adapte à la situation, rien n'est gratuit. Dès que le film part dans le "slasher", la mise en scène représente parfaitement l'état d'esprit des personnages. Pour ce qui est de la partie dans la bombe (moment bien WTF), tout est expliqué par Capa au début: les notions d'espace et de temps s'envolent littéralement. C'est un parti-pris inventé pour le film (enfin il me semble), mais c'est pas bête. Puis ça mène au final du film qui est....extraordinaire. La mort de Capa a de quoi foutre des frissons, c'est d'une poésie ahurissante
. Beaucoup de superlatifs pourraient définir le film...l'oeuvre de Boyle est remarquable et reste ce qui s'est fait de mieux en science-fiction ces dernières années avec "Les fils de l'homme". Alors certes, ce n'est pas totalement original. Le film puise dans de nombreuses références de la sf, mais il n'y a absolument rien de préjudiciable: Boyle arrive à faire un film de sf métaphysique profondément beau et immersif qui a sa propre identité. Tout simplement un pur chef d'oeuvre à voir et à revoir. P.S:
Les images subliminales lorsque les personnages sont dans Icarus I...c'est juste brillant.