Le Soleil est un sujet original. En fait, c'est vrai quand on y pense ; les films de SF lui tournent autour ou s'en éloignent, mais jamais notre étoile n'est au cœur des scénarios comme elle est au cœur de notre système solaire. Pourtant, c'est bien dans sa direction, pour une fois, que va partir le vaisseau star de l'intrigue, dont le nom doux et logique est Icarus. Le contexte est moyen, la cause irréaliste : en 2057, le Soleil est mourant ? Mais soit, l'explication à ce détail ne fait même pas partie du film de toute manière.
Sunshine n'adopte pas un départ aussi brillant que son titre. L'intégration de la modernité science-fictionnelle se fait dans un certain embarras, d'une façon un peu abstraite. Au moins cela laisse-t-il de la place à des dialogues certes réchauffés, mais qui ont le mérite d'être équilibrés. Autre avantage : le scénario ne se perd pas en surexplications, ce trait typique et stupide des blockbusters. La force de Sunshine, c'est qu'il met des trucs clairs et fait appel à quelques points de QI du spectateur pour être vraiment immersif. En plus la musique est bonne.
Il n'y a ni priorisation de personnages sur d'autres (pas même dans la façon de les présenter malgré qu'ils font partie d'une hiérarchie !) ni culte de la personnalité des acteurs, ni superculture du mélodrame. C'est chouette. Au point même que les protagonistes ne sont pas d'infaillibles génies : il y a des erreurs bêtes, une peur des responsabilités, des fascinations morbides et des craquages. Bon OK, ce dernier détail est commun aux blockbusters. Mais cette ligne de conduite nous guidera tout au long de la première partie.
Toutefois, à force de jouer avec le feu de levers de soleil mortels, les scénaristes se crament un peu le chapeau. Sunshine devient tout à coup Humain : le Cinquième Passager et part dans un délire graphique bien foutu mais confusant pour rien. Le film cherche sa conclusion dans un terreau déshydraté n'apportant plus guère de satisfaction que celle de son spectacle. C'est en roue libre que se termine l'histoire ; pas de bourde véritable, mais une occasion pour nous de jeter un coup d'œil en arrière et de se rendre compte que la route n'était pas forcément très bien pavée.
DEUXIÈME VISIONNAGE :
Étrange. J'ai vu Sunshine une première fois comme un mauvais film qui réussissait des trucs importants (je ne connaissais pas Boyle), et je le revois cette fois-ci (je connais Boyle) comme un bon film qui se plante parfois bêtement. Une chose est sûre en tout cas : il ne faut pas le voir comme un film de SF. Le scénario est cousu de lieux communs et les lois de la physique souvent violentées sans que ça soit nécessaire.
C'est une lecture davantage mystique, voire biblique qui lui donne sa valeur: on sent d'ailleurs bien l'influence Solaris, cette ambiance ultra-SF qui nous sort de la SF et permet au Soleil de devenir un personnage à part entière, menaçant et quasiment divin. Cela nous fait accéder à une dimension poétique où il est plus facile de se dire que Sunshine n'est pas que de la petite SF mais aussi un bouquet de métaphores cosmiques.
Et malgré tout… ce n'est pas suffisant. Les lectures SF et mystique superposées ne se complètent pas, et aucune des deux ne prend vraiment le dessus. On peut voir le tout comme une tentative honorable de la part de l'artiste touche-à-tout de tester le genre spatial, mais même après deux visionnages, il est un peu trop facile pour moi de le voir par moments comme un navet qui s'assume, à la manière de Perdus dans l'espace par exemple. Ce n'en est pas un, mais le fait que l'idée s'insinue n'est pas très bon signe. Je reste mitigé·e.