Au même titre que ‘Akira’ et ‘Ghost in the shell’, ‘Gunmm’ est une référence du manga SF du 20ème siècle qui, comme on peut s’y attendre, traite comme beaucoup d’autres de la quête d’identité au sein d’une société inégalitaire et de l’humanité au coeur de la machine : des thématiques riches et implicites, comme dans beaucoup de manga, sous couvert d’affrontements et de combats continuels, et un écrin idéal pour un film de science-fiction à grand spectacle, à présent que les studios américains sont un peu plus rôdés dans l’adaptation de productions japonaises. Détenteur des droits d’adaptation, James Cameron, qui s’y intéressait sans doute pour le potentiel de création d’univers numérique dont Gunmm disposait, l’a finalement refilé à Robert Rodriguez, pas le plus subtil des réalisateurs américains : pourtant, là où l’adaptation de ’Ghost in the shell’ s’avérait un peu poussive, le présent résultat est carrément bon, en tout cas clairement supérieur à la moyenne des blockbusters du moment. Techniquement, le travail accompli est éblouissant, autant dans cet univers ré-imaginé et foisonnant de détails (adoubé par son créateur Yukito Kishiro) que dans le design des cyborgs, des armes et des personnages humains. Même l’idée incertaine de respecter le design original et doter l’héroïne de grands yeux numériques respectant les canons de la bande dessinée japonaise s’avère curieusement inspirée à l’usage, et souligne l’humanité d’Alita au lieu de l’artificialiser. Evidemment, on peut s’en tenir à une logique hautaine, celle qui dénie à un blockbuster le droit d’avoir des choses à dire dans la langue simple qui est la sienne. Il est vrai que ‘Alita Battle angel’ obéit à la logique de surface des Anime nippons, avec la montée en puissance d’un héros au fil des combats, passée à la moulinette de la science-fiction hollywoodienne tout-publics. Pourtant, tout en restant conscient de sa nature de divertissement survitaminé, le scénario ne néglige pas les thématiques sous-jacentes de l’oeuvre et, la plupart du temps, les fait même passer de façon un peu plus subtile que le commun des productions du même rang, sans sur-expliquer ni asséner de taglines définitive. C’est surtout que ‘Alita Battle angel’ se montre capable de varier les plaisirs et les séquences - initiation et découverte, chasse à l’homme, romance contrariée, sport testostéroné, complots sociétaux,... - dans un univers qui, même s’il brasse nombre d’influences très voyantes (Blade runner, Rollerball, etc…), se débrouille pour développer une identité qui lui est propre, tout en faisant preuve de cette naïveté non-feinte qui, à tous les coups, suscite en retour une capacité plus ou moins forte à émerveiller et à enthousiasmer le spectateur pour les développements de l’histoire. Cette approche polymorphe réussie donne l’impression qu’on suit une série condensée, dans un univers concret et cohérent, sans qu’un “épisode” de celle-ci laisse un goût de trop peu et de démonstration gratuite. Rien que pour cette caractéristique, signe des Blockbusters qui se projettent dans l’avenir tout en refusant de simplement planter le décor pour la suite, ‘Alita Battle angel’ s’impose sans peine comme l’une des productions AAA les plus rafraîchissantes de l’année dernière.