"Alita: Battle Angel" est une adaptation d'un grand manga japonais (Gunnm), malheureusement passé à la moulinette hollywoodienne, c'est -à-dire bénéficiant d'un visuel et d'une mise en scène grandioses (Robert Rodriguez insuffle du rythme à l'ensemble; grosse séquence autour du Motorball) mais aussi d'un scénario morose et bâclé. On ne pourra pas contester la beauté de ce film, absolument magnifique pour les yeux, tant au niveau des décors que des effets numériques, avec en guise d'apogée le personnage d'Alita, créé par la technique de la Performance Capture, qui parvient à retranscrire les émotions sur le visage d'Alita, très fidèle au trait du manga (les gros yeux) et jouissant de la qualité de Rosa Salazar. Le bémol là-dedans est la retranscription bien trop propre et colorée du monde cyberpunk original. Concernant le script, une fois passée la description détaillée de l'univers général
(2563, Cyborg au cerveau humain, Iron City et la Cité Céleste, les centurions, le Motorball géré par Vector, le méchant Nova)
et de la situation d'ensemble
(Alita a le corps de la fille d'Ido et Chiren; quête d'identité; femmes assassinées)
, le scénario rame sévèrement
(la thématique Homme-Machine manque de profondeur)
, entre romance adolescente pénible, révélations poussives et éparses
(le doc est un guerrier-chasseur; Anita se reconstruit; les souvenirs; Ido est un ancien de Zalem; Hugo dépouille)
, jusqu'au summum du blockbuster torché incarné par 15 dernières minutes qui expédie tout à la vitesse de la lumière
(Hugo meurt, revit, part à Zalem et meurt à nouveau; l'ado bête Tanji décède; Alita tue Vector rapidement, comme elle le fait avec le faible Grewishka; On voit le vrai visage de Nova)
. Autre source de déceptions, les rôles secondaires, hormis Ido, sont extrêmement sous-exploités. Y a qu'à voir la pauvre Jennifer Connelly se planter en beauté dans la peau de la transparente Chiren, Keean Johnson jouer un ado tête à claques ou pire encore l'excellent Mahershala Ali être uniquement convaincant en Nova
(quand "possédé" par Nova plus exactement)
et pathétique en Vector (preuve que les protagonistes sont très inégaux). Heureusement, Christoph Waltz et Rosa Salazar sauvent les meubles. Enfin, énième signe d'une certaine aseptisation du matériau d'origine, le choix de Dua Lipa comme musique du générique final a fini de m'achever. À l'arrivée, il faut prendre "Alita: Battle Angel" pour qu'il est, un plaisir des yeux divertissant par moments autant qu'un stéréotypage cérébral.