« La délicatesse » version cinéma est un drame virant doucement vers la comédie au fur et à mesure que se dévoilent les scènes, voire quelque peu sarcastique à certains moments ; une romance imprévue, douce-amère entre deux personnes que tout oppose d’après leurs collègues, leurs proches et (donc) la société : leur catégorie sociale, leur apparence physique, leur façon de se vêtir...
Le long-métrage fait partie de cette catégorie de films, ces comédies romantiques « pas comme les autres », où l’on suggère la naissance ou la présence de sentiments plutôt que de les montrer, et où la pudeur et le platonisme ont toute leur place. On ne tombe pas dans les clichés du genre (scènes d’amour faciles, coup de foudre au premier regard, baisers enflammés, grandes déclarations d’amour…). Et pour cause, la relation entre les deux êtres n’est pas si évidente, elle ne coule pas de source, ou ne peut pas exister (sur le moment ou à jamais) pour différentes raisons : un ou les deux protagonistes sont déjà mariés ou engagés dans une relation amoureuse, l’un des deux n’est pas disponible « psychologiquement » et donc pas prêt à vivre cette histoire…
Dans « La délicatesse », Nathalie, jeune veuve, certainement en mal d’amour et pensant à son défunt mari au travail, dans un moment de « rêverie », embrasse Markus, son « subordonné» suédois, comme ça, sans raison, alors qu’il se trouve dans son bureau pour parler d’un dossier…. Si un autre de ses collègues s’était trouvé au même endroit, au même moment, l’aurait--elle embrassé aussi ? Là est la question, et le film sort quelque peu de sa torpeur (ainsi que de celle de Nathalie par la même occasion, et de quelques longueurs parfois, également, il faut bien l’avouer), lorsque la problématique se pose et que Markus entre en scène, en même temps que dans la vie de Nathalie.
François Damiens, dans le rôle du très attachant suédois « avec un accent belge » Markus, est admirable, loin des pitreries des caméras cachées de « François l’embrouille » (mais le naturel revient quelque peu au galop lors de certaines répliques truculentes et croustillantes à souhait), dans un registre auquel il ne nous avait pas habitué jusqu’alors.
La musique planante et presque onirique d’Émilie Simon, colle parfaitement à l’ambiance du film et la met notamment en valeur.
La fin du film proprement dite reste ouverte et laisse la possibilité au spectateur de se faire sa propre idée, et d’imaginer lui-même si la relation entre Nathalie et Markus va se poursuivre et évoluer, ou rester dans un état « latent ».
« La délicatesse » est un joli film, très réussi, plein de sensibilité et de pudeur. Audrey Tautou et François Damiens incarnent merveilleusement leurs personnages respectifs, et ce dernier nous surprend dans un registre à la fois drôle et touchant, mais loin de ses extravagantes caméras cachées.
Voir mon analyse complète du film sur mon blog: reves-animes.com