Un film grandiose.
Très bien construit et pensé, mettant en avant toutes les tractations égoïstes qui peuvent pousser les humains à des actes qu'on jugera altruistes ou non. Loin du manichéisme de certains films américains, on y voit le tissu de relations qui peut se créer dans un monde âpre et violent. Les marchés se tissent au gré des intérêts convergents ou non.
Une très belle interprétation. Les personnages sonnent juste.
De magnifiques images qui mettent en valeur ce "paradis" mais "oublié de Dieu". Se côtoient tour à tour les paysages grandioses d'Afrique et les horreurs de la guerre civile, qu'on distingue dans l'ombre des nuits de carnage.
Le décalage culturel est également bien souligné, sans manichéisme. La société occidentale avec ses grandes conventions de protection des peuples opprimés, qui, sur le terrain, n'aboutissent qu'à des tractations obscures et des trafics sanglants. L'adoration absurde pour quelques cailloux, entretenue par la spéculation, qui pousse les riches à faire couler le sang de ceux pour qui ces pierres ne sont que source de guerre. Et de l'autre côté, une Afrique divisée, avec toute sa violence. Pourquoi ? nous interrogera un personnage, se demandant pourquoi son peuple s'inflige cela à lui-même. S'interrogeant sur la présence d'un mal obscur sous sa peau noire. On voit pourtant bien l'influence de l'homme blanc, ses mercenaires, ses ventes d'armes...
Mais ce film n'est pas dénué de poésie non plus. Une ode à "cette terre rouge, gorgée de sang" dont on ne peut s'extraire quand on y a pris racine. On perçoit bien ce paradoxe de l'âme humaine qui fleurit dans le sang, qui se nourrit de la beauté de ces terres sauvages, non pas malgré la violence, mais quelque part à travers elle. Le goût du risque, de l'aventure, la soif de violence et de cette sérénité que l'on trouve quand on échappe à la mort à chaque instant.
Et bien sûr, ce film dénonce sans concession, l'enrôlement des enfants-soldats. Une horreur de la guerre, peut-être pire encore que le massacre des civils (enfants compris). Que peut-on imaginer de pire que d'élever ces enfants dont on a massacré les familles dans la haine de ces même familles. On en fait des dieux, des élus, ayant échappé à la misère et à la faiblesse des leurs, passés dans le camp des vainqueurs, des sauveurs du pays. Entre bourrage de crâne, manipulation et drogue, c'est une génération entière qu'on détruit, l'amenant à massacrer des familles comme la leur. Et l'homme blanc voyant cela pourra se conforter dans l'idée que la violence est ancrée dans ce peuple, et même chez ses enfants. Sans voir sa sombre influence derrière cette horreur.