Le film est surtout l’histoire d’un sacrifice. Mais le réalisme italien dans sa grande force ici ne nous empêche pas de trouver le récit d’une lenteur abyssale et d’un ennui profond. Je ne peux que constater le peu d’émotion que l’on peine à ressentir tout au long du récit.
Beau film très révélateur du néoréalisme italien des années 50/60. Très révélateur de la société italienne de l’immédiat après-guerre, ce film fort et profond, aux cadrages et aux noirs et blancs magnifiques, est illuminé par Claudia Cardinale, aussi belle que merveilleuse comédienne, émouvante et toute en nuances. Beau portrait d’une jeune fille qui lutte contre elle-même avec une grande force intérieure et qui mûrit dans une dignité qui force le respect. Un beau classique du cinéma italien.
Longtemps occulté injustement dans l'hexagone, ( de nombreux opus de grande qualité : " l'argent de la vieille" par exemple, mais pas simplement, de Comencini tardèrent plusieurs années avant de trouver un écran pour leur diffusion), sa filmographie recèle pourtant plusieurs pépites.
Il est vrai que Comencini était entouré d'une palette de concurrents de premier ordre ( Antonioni, Visconti, De Sica, Fellini, Risi, Monicelli... pour ne citer que quelques noms) dans cette période de l'age d'or du cinéma transalpin qui produisait alors moult opus sans au sommet du septième art.
" La ragazza" ( la copine, la fiancée) comme on voudra, ( ne pas confondre avec le film sublime de Zurlini " la fille à la valise" permet à la Cardinale de proposer une des prestations parmi les plus emblématiques de sa carrière.
Le magnifique noir et blanc somptueux que sa réédition permet d'apprécier, les gros plans exceptionnels de la Cardinale, dotée d'une féminité emblématique, mêlée à un grand sens de l'expression, qui ne s'en laisse pas compter ( dans " liberté mon amour" de Bolognini, elle incarnera un personnage au caractère voisin)
Situé à la libération de l'Italie, à la fin de la seconde guerre mondiale, cette histoire de passion amoureuse, sincère, profonde frise les sommets du romantisme au milieu d'une période ou les règlements de compte, la tentative de prise de contrôle du pays par le PC, ne sont pas les moindres des contingences historiques.
On peut voir le film comme une réflexion sur la liberté individuelle mise à bas par la tragédie de l'histoire qui se moque bien de la volonté des Hommes de vouloir construire leur bonheur.
Georges Chakiris n'est peut-être pas le meilleur choix pour incarner le personnage d'ex partisan aux mains souillées, le manque de variété des décors extérieurs n'est pas l'aspect le plus accompli de " la Ragazza", mais pourtant on a ici affaire à un des opus très réussis de cette époque reine.
On notera la présence de l'acteur français Marc Michel, un peu oublié aujourd'hui mais qui connu une certaine renommée.
Présentant clairement la situation de l'Italie de l'immédiat après-guerre, l'intrigue montre les différentes réactions à la situation politique, de l'indifférence lasse à la résistance (communiste) en passant par le ressentiment haineux à l'égard des fascistes ou le rejet de tout engagement militariste. Ainsi, les motivations psychologiques des personnages apparaissent clairement, notamment celles de l'héroïne, désireuse d'être respectée, écoutée, considérée, dans une relation sentimentale équilibrée - en dépit du jeu monocorde de Claudia Cardinale (justifiant sa narration en voix-off?!). Or, la réalisation la sublime sans cacher les ruines qui l'entourent ni le romantisme de son histoire d'amour menacée (dont les violons soulignent trop l'aspect sinistre). Cependant, spoiler: face à deux hommes aux motivations divergentes, la romanesque jeune femme choisit non ses principes, son bonheur, son futur mais s'en remet à sa passion, son empathie, sa culpabilité car elle reste la ragazza di Bube...
J'ai beaucoup aimé ce film., dont je n'attendais pourtant pas grand chose. D'abord par la justesse avec laquelle il décrit les ambiguïtés de la Libération en Italie, et la difficulté de savoir où se situe finalement le camp du Bien quand les vainqueurs lynchent et tuent, quand les "vengeurs" sont pris de compassion pour les anciens complices du régime fasciste, quand la gendarmerie est ambiguë : c'est à la justice qu'il revient finalement de soupeser la parole de chacun sous la devise "la legge è uguale per tutti". Ensuite par la liberté des personnages féminins, qu'il s'agisse de la mère de Mara-Claudia Cardinale, de sa compagne de travail, et bien sûr d'elle-même, confrontée justement à la liberté d'un choix que personne ne saurait contraindre. Le jeu de Claudia Cardinale, sublime par sa manière d'exprimer d'un regard les dilemnes du personnage, magnifie ce film dont les éventuelles longueurs sont celles du cinéma de son époque. A voir sans hésiter!