The Servant
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Geja Maup
Geja Maup

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5,0
Publiée le 21 octobre 2020
The Servant est un savant jeu de massacre où chaque spectateur peut décider de quel massacre il s'agit. Certes Joseph Losey a sa petite idée sur le sujet mais à aucun moment il ne nous l'impose. Pour réussir ce délicat jeu d'équilibriste il sème d'autres pistes, d'autres angles de vue (lutte des classes, ambivalence sexuelle) sans perdre pour autant son point de vue, sans se perdre lui. Pour résoudre l'énigme qui pourrait se résumer à «qu'est ce que monsieur Losey veut nous dire à travers ce règlement de compte cruel ?» aucune certitude mais une intuition. L'origine familiale de Joseph Losey peut être une clef de compréhension. En effet le réalisateur jusqu'à l'âge de 20 ans appartenait à la haute bourgeoisie puritaine du Wisconsin mais le krach boursier de 1929 changea la donne et l'obligea lui et sa famille à travailler, à se confronter au monde réel et difficile des années 30 et donc à changer de niveau social. Á l'éclairage de cette histoire familiale un peu particulière on peut considérer le point de vue du majordome Hugo Barret /Dirk Bogarde comme celui du réalisateur. Dès le générique Losey par la présentation des deux personnages nous désigne clairement lequel a ses faveurs : présentation très digne et respectueuse, digne d'un lord anglais du majordome en opposition totale avec la présentation avachie du maitre et de son mode de vie superficiel et falot. Très vite le serviteur réalise que son maître n'a que l'apparence extérieure de la classe à laquelle il appartient (ou du moins du mode de vie de l'aristocratie), mais celui ci n'en possède ni l'essence, ni la morale. Losey est très explicite sur ce sujet car il nous informe que spoiler: Tony travaille sur un projet immobilier au Brésil
or le propre de l'aristocratie de souche est de ne pas travailler, donc Tony trahit sa classe. Erreur fatale car être un Lord anglais est loin de ne signifier seulement l'aisance matérielle. On pourrait d'ailleurs mettre en opposition The Servant et La Splendeur des Ambersons d'Orson Welles où George Minafer/Tim Holt s'évertue envers et contre tout même jusqu'au plus complet dénuement à rester un Amberson. De ce point de vue Tony pourrait être George Minafer/Amberson si celui ci s'était adapté aux changements du monde.
Cette faute impardonnable permet donc à Hugo Barret de se livrer à toutes sortes d'humiliations sur son maître car celui ci n'en est pas un, il se doit même d'inverser les rôles et de prendre sa place.
Le mépris de Losey pour ce personnage est si fort qu'il va même jusqu'à lui refuser de lui donner un nom de famille et pour la noblesse du prénom on sera prier de repasser (Tony pourquoi pas John ou Bob ?). Á noter également que le majordome lui, possède un nom et un prénom (un peu plus classieux d'ailleurs). Le réalisateur n'a de cesse de jouer sur le rapport dominant/dominé avec l'utilisation d'éléments du décor (miroir déformant, escalier, tableaux...). Les tableaux de famille semblent porter un regard ironique et méprisant sur les faits et gestes de Tony. spoiler: La scène de l'escalier et du jeu de balle
illustre à merveille ce rapport de classe qui ne cesse de s'inverser au fil de la scène selon qu'un personnage se trouve en haut ou en bas de l'escalier. Á noter que le seul moment où les personnages se parlent d'égal à égal c'est quand les deux sont assis au milieu de l'escalier.
spoiler: La seule personne pouvant s'opposer à ce massacre est la fiancée de Tony, Susan qui saisit très vite que quelque chose ne tourne pas rond et que le majordome n'est pas à sa place. C'est la seule personne à faire opposition à la destruction de Tony et même si elle n'en sort pas gagnante, une sorte de respect mutuel s'établit entre elle et le majordome (pour preuve ce baiser troublant dans une des dernières scènes du film).
Elle sait au fond d'elle même que Tony est indéfendable, d'ailleurs tout au long du film son mépris envers lui est palpable et que le vrai coupable c'est bien lui car à la différence du majordome il ne tient pas son rang. spoiler: Le baiser et la gifle de la fin
pourrait s'interpréter par je comprends ce que vous faites mais dieu que vous êtes cruel envers l'homme que je n'aurai pas du aimer.
Pour conclure une des clefs de l'énigme de ce chef d'oeuvre de Joseph Losey pourrait être que si l'on refuse d'être ce que l'on est, on court irrémédiablement à sa perte.
iof
iof

7 abonnés 147 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 1 mars 2025
Beaucoup à été écrit sur ce joyaux du cinéma : le scénario diabolique d'Harold Pinter, la caméra virtuose de Joseph Losey, l'usage des miroirs et des tableaux, le jeu tendu des acteurs... En revanche, à ma connaissance, rien n'a été dit sur la mini jupe. Elle est revêtue dans l'intrigue par la fausse "sœur", personnage central qui incarne la figure éternelle de la tentatrice. Cette banale jupe qui laisse à peine entrevoir le genoux, introduit le trouble qui fissurera le héros et provoquera sa chute. Symbole majeur de la liberté sexuelle des années 60, ce vêtement iconique inventé par Mary Quant, tient ici un rôle subtile mais central : une allégorie de la puissance féminine et en miroir, de la vulnérabilité qu'elle entraîne chez les hommes. Et Pinter et Losey montrent avec délectation, la chute de cet homme faible.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 25 mai 2011
Un chez d' œuvre tout simplement! Les images sont magnifiques, la mise en scène virtuose et époustouflante , les acteurs extraordinaires, le scénario passionnant et d' une grande subtilité . Tout est dans les détails, les non dits et le climat est pesant et malsain, l'atmosphère ambigüe et quelquefois a la limite du fantastique . Un chez d' œuvre de plus pour Losey.
anonyme
Un visiteur
1,0
Publiée le 24 septembre 2011
Je n'avais jamais vu ce film mais je savais que c'est un grand classique.. Quelle déception ! Les personnages n'ont aucune épaisseur... Les chassés-croisés libidineux n'apportent pas grand chose à ce qui aurait pu être très intéressant : le rapport qui s'inverse subtilement entre le maître et l'esclave, l'homosexualité refoulée (?)... Un parti pris esthétisant affecté qui ressemble à des "effets de manches"... A mon avis, pas du grand Losey... Même pas une peinture subtile de cette bourgeoisie anglaise qui s'ennuie et distille l'ennui.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 14 janvier 2013
Un film diabolique et incroyable sur l'art de la manipulation..
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 2 septembre 2018
Un majordome de plus en plus "chelou" qui empoisonne progressivement la vie quotidienne du jeune homme qui l'a embauché. Un film bien pervers, en noir et blanc, qui plonge le spectateur ds une atmosphère trouble. Du Losey, quoi.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 27 février 2010
Un chef d'oeuvre du cinéma. Les critiques qui me précèdent ont dit l'essentiel. Je suis ressorti du cinéma bouleversé et mal à l'aise, car ce film cherche cela, et la recette fonctionne très bien.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 9 septembre 2012
Woaw quelle claque ! J'ai fait un grand saut dans l'inconnu en allant voir ce film (au cinéma, génial) et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant à mon plus grand plaisir un chef d'oeuvre à l’esthétique ravageuse et aux acteurs brillant (à voir rien que pour Dirk Bogarde). Joseph Losey maîtrise sa mise en scène à la perfection et nous entraine peu à peu au plus proche de l'inconscient de ses personnages, aux personnalités complexes et parfois trompeuses. Il n'y a pas vraiment de mots pour décrire correctement le plaisir que j'ai ressenti en visionnant ce chef d'oeuvre des années 60 mais il n'y a qu'un seul moyen pour vous de ne pas passer à coté d'un film merveilleux et d'une belle démonstration de cinéma : voyez "The Servant" !
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 29 septembre 2006
Indépendemment de l'utilisation lumineuse et géniale d'un noir et blanc maitrisé dans ses moidres détails, d'un jeu sur les miroirs et les reflets fascinants, d'une direction d'acteurs absolument renversante, arrive de plein fouet un art de la narration prodigieux : chaque détail (un robinet qui coule, une tableau déplacé d'une pièce à l'autre), fait de ce film un chef d'oeuvre inévitable. Dirk Bogarde y est une fois de plus génial. A voir et à revoir.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 16 décembre 2006
C'est clair, c' un vrai chef d'oeuvre!! Le film est maitrisé de bout en bout, il est stylé et complexe. A la fin , j'avais le souffle coupé.
A voir!!!!
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 18 mars 2009
Très belle étude sur la décadence de l'aristocratie anglaise. Une troublante démonstration sur la manipulation. Un des plus beaux rôles de Dirk Bogarde. Un classique en noir et blanc d'une grande beauté.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 12 décembre 2024
Lutte des crasses

D’abord il y a le cadre, le décor qui tiendra lieu de scène quasi unique à ce huis clos, une riche demeure londonienne dont l’aspect non entretenu veut déjà nous exposer la dépravation d’une certaine classe. Ensuite ce sont les personnages, un aristocrate au visage aussi angélique que mortifère, un domestique qui révélera peu à peu sa nature de prédateur et une maîtresse aux mœurs libérées et assumées. De cette équation, sommes toutes assez classique, il serait aisé de s’imaginer assister à une sorte de pièce de boulevard façon Feydeau, mais nous sommes devant une œuvre de Losey et qui a déjà pu se familiariser avec les thèmes récurrents de son cinéma, saura instinctivement que très vite une critique au vitriol d’une certaine idée de la bourgeoisie, de la classe dominante, de la classe qui détient les moyens de productions et par voie de conséquences la position de dominants.


Baigné d’ombres funestes et ténébreuses qui m’ont évoquées l’atmosphère pesante dans le fond mais étrangement sublime malgré la noirceur qui se dégage de ces deux films, du chef d’œuvre La Nuit du chasseur (1955), ce film nous dévore de l’intérieur, nous soumet à un malaise lancinant, car si le commentaire social qu’il dépeint est incisif et guère glorieux il a ceci d’à la fois irritant et questionnant, d’une certaine universalité à travers les époques y compris la notre qui parait avoir atteint une sorte de paroxysme dans la décadence morale de la bourgeoisie. Depuis que je l’ai vu, je ne peux m’empêcher d’avoir envie de l’inclure dans un dialogue avec le cinéma de Claude CHABROL, dans son postulat d’explorer les bas-fonds moraux de cette caste qui à l’image de l’empire romain à sa fin, n’est plus que bassesse et évocations réitérées « ad nauseum » d’une idée rancie et tenace de son passé.


La scène d’abord, cette bâtisse imposante à la structure horizontale, là pour nous symboliser par la propriété sa vision souhaitée et sa réalité dans la société d’une structure sociale horizontale et stratifiée, où la hiérarchie est arbitraire et les inégalités le fruit d’un système qui laisse peu d’occasions aux classes inférieures d’accéder aux classes supérieures, être bien né devient alors plus important que de vivre de façon honnête et j’entend « honnête » dans son acception morale. « The servant » grâce à sa richesse visuelle et son récit bâti comme un labyrinthe est brillant et surprenant.


La réalisation n’est austère qu’en apparence, elle dissimule en fait un trouble baroque, les jeux de miroirs en étant le meilleur argument en ce sens, miroirs déformants la réalité des protagonistes. Mais c’est surtout dans la direction artistique qu’il faut chercher les preuves de ce trouble. Piégés dans cette demeure, plus proche du fascisme que de la démocratie, dans une mise en scène méthodique et consciencieuse d’une maestria visuelle rare qui transcende les barrières tant physiques que symboliques, The Servant » en devient alors indubitablement une histoire de « vampirisation », d’anéantissement psychologique et moral d’un homme ancré presque malgré lui - victime de son propre monde - dans un moule sociétal en décrépitude, inapte à comprendre et détecter le caractère vénéneux et insatiable ou juste ambitieux à outrance de son valet dont il n’est fait aucun mystère pour le spectateur de ses sombres desseins. Le film malicieux nous les étudie longuement mais sous la loupe uniquement de cette relation stricte entre ce maître et ce domestique.


Mais cette relation sadomasochiste que finement mais sans équivoque la réalisation de Losey inclus dans un discours et un univers homosexuel, pas forcément assumé mais présent, j’en veux pour preuve les nombreuses symboliques phalliques qui émaillent les plans où les deux personnages sont dans le cadre, tandis qu’a contrario la sexualité de la femme et donc par ricochet celle hétérosexuelle selon les mœurs d’alors sont traitées de façon frontale et générique de la femme castratrice ou hyper sexualisée. La maman ou la putain dans l’Angleterre post victorienne. Et c’est quasiment dès l’introduction, dans un des tous premiers plans du film que ça nous est stipulé, lorsque le serviteur se retrouve pour la première fois face à son employeur et maître, celui-ci avachi dans son fauteuil, à la merci déjà de son vis à vis, déjà mort peut-être ou assez proche de trépas pour déjà intéresser les charognards qui planent au dessus comme l’est alors le servant.


Dirk BOGARDE atteint un sommet de cruauté inédit face à un homme médiocre malgré son pédigrée duquel il compte bien tirer tout le profit pour surtout prendre la place du dominant, une domination non pas dans la servitude mais dans qui a le dessus psychologique sur qui. C’est ainsi toute l’Angleterre puritaine qui se retrouve vilipendée par le film dont l’incarnation se fait à travers les apparences d’homme réduits à des marionnettes.


Indiscutablement un des grands films de Losey, je suis en train de découvrir sa filmographie et il me manque trop de films pour déterminer si c’est son plus grand, de façon nullement objective, il est de ceux que j’ai vu, celui qui m’a le plus passionné. J’y vois l’œuvre d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens, s’autorisant dès lors une désinvolture qui confine à l’insolence dans l’image que j’ai du cinéma d’alors.


Joseph LOSEY, cinéaste de la perversité, compose un opéra gothique sur la toxicité des rapports humains, au seins d’un microcosme bourgeois à l’agonie. Une œuvre au noir et blanc sublime, révélant toute la dégénérescence d’un ordre social évanoui.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 24 mai 2008
Avez-vous déjà été sous l’emprise d’une personne à tel point de perdre le contrôle de votre vie ? Une personne qui semble combler un vide inconscient et qui va vous faire basculer dans l’abîme ? « The servant » vous donnera assurément un aperçu des plus réalistes de ce type de rencontres… La relation professionnelle dominant à dominé entre le jeune aristocrate et son domestique va progressivement s’inverser pour devenir une relation psychologique dominé à dominant. L’évolution latente de cette soumission inattendue est tout simplement fascinante.
L’impact de ce film est intimement lié à la mise en scène de la lente et cruelle ironie dont va être victime Tony. Elle suit une courbe croissante et riche en rebondissements savamment distillés pour un public sans cesse captivé. La performance des acteurs, remarquable à l’écran, est au diapason de l’intrigue. La consistance de leurs dialogues est saisissante. Quant au réalisateur, il a su métamorphoser sa caméra en oeil rusé pour transmettre un fluide intense et angoissant jusqu'au bout de la pellicule.
"L'oeuvre cinématographique a manifestement apprivoisé l’art de la manipulation de l’esprit...charme indescriptible...so british ? ''
scribouillarts
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 20 janvier 2021
Cette série c’est juste un chef d’œuvre c’est vraiment une série où tu t’accroches grave sans t’arrêter . C’est que 30 min d’épisode ou tu la dévores sans la comprendre . La saison 2 je l’ai attendue comme une dingue moi et mon chéri, et j’ai vu la publicite de la saison 2 sur Tik tok j’étais trop contente la j’ai vu l’épisode 1 enfiiiin! Mais j’attend vraiment que ça s’éclaire un peu parce qu’on comprend tjr rien ! J’espère qu’ils vont arrêter le suspense parce que ça peut devenir lassant qu’ils nous éclairent pas
ProjecteurTemporel
ProjecteurTemporel

2 abonnés 59 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 6 mai 2026
Avec The Servant, Joseph Losey orchestre un huis clos vénéneux où les rapports de classe se muent en jeu de domination psychologique. La mise en scène, d’une précision presque clinique, exploite les miroirs et les espaces pour brouiller les hiérarchies apparentes. Dirk Bogarde incarne un valet ambigu, dont la soumission initiale dissimule une emprise progressive et insidieuse. Losey explore la porosité des rôles sociaux, révélant une lutte de pouvoir aussi intime que corrosive. Un film élégant et dérangeant, où le vernis de la respectabilité se fissure jusqu’à l’inversion des rapports de force.
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