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Jrk N
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5,0
Publiée le 22 septembre 2019
C'est le remake par le même cinéaste d'un film de 1932 qui avait eu beaucoup de succès, dans le monde entier, dont on retrouve l'écho après-guerre chez de nombreux comme chez Bergman (La Nuit des Forains 1953), Fellini (Les Feux du Music-Hall 1950 et la Strada 1954), Cukor (To Be or not to be 1942) etc. Quatre films qui en retour ont eu une grande influence sur le remake en couleur. Par exemple la musique imite celle de Nino Rota Une troupe de théâtre famélique et dérisoire arrive dans un petit village portuaire. Il fait une chaleur insupportable. La représentation n'est pas un succès. Le chef de la troupe (joué par le très célèbre acteur de kabuki, trésor national vivant, Ganjirō Nakamura) retrouve là une femme dont il a eu un fils 12 ans avant. Mais sa maîtresse actuelle l'apprend et décide de se venger en envoyant la jeune actrice de la troupe (la sublime Ayako Wakao), à laquelle "aucun homme ne peut résister", séduire le fils. Entre la comédie et le drame comme les trois films cités, entre l'émotion et la fatalité, mêlant l'ironie féroce (le mauvais Kabuki) à la compassion (l'amour de l'ancienne maîtresse magistralement incarnée par Haruko Sugimura, une actrice présente dans presque tous les films d'Ozu) entre l'oppression de la canicule et l'espoir de l'amour, Herbes Flottantes d'Ozu est un des films les plus poétiques de ce maître de la poésie.
Dans un langage poétique propre à Yasujiro Ozu et même l'ensemble de la culture japonaise, les herbes flottantes désignent ces acteurs ambulants qui vont de ville en ville sans jamais se poser. C'est sur l'idée d'un fleuve qui coule lentement et inexorablement que Ozu filme la vie de ses personnages. Le film s'ouvre dans une sérénité parfaite, un petit bateau à moteur arrive tranquillement dans un port, les personnages s'installent, le soleil tape, tout est bien. Mais peu à peu, des drames se jouent, les personnages s'affrontent et se confrontent, la maladresse des uns et la jalousie des autres renforcent les issues malheureuses. Mais le fleuve continue de couler, et longtemps encore après la fin du film. Herbes flottantes est l'une des plus belles œuvres de Yasujiro Ozu, qui décrit avec minutie et intelligence le quotidien d'hommes et de femmes tourmentés et asséchés par leurs doutes ou pleins de sentiments mais déçus inévitablement. Ozu se sert pour l'une des premières fois de la couleur, et cela ne peut renforcer les délicieuses images qu'il n'a cessé de nous montrer.
Deuxième oeuvre en couleurs et surtout cinquantième film du grand Yasujiro Ozu et le remake d'un de ses films muets, «Herbes flottantes» est une belle réussite. Le cinéaste compose encore une fois chaque plan avec un soin d'orfèvre, ne laissant jamais un objet ou un personnage placé au hasard, et les assemble avec une extrême minutie. Le résultat est un esthétisme unique, bien caractéristique du réalisateur, qui arrive à bien nous imprégner des lieux et où la beauté que la couleur accentue le dispute à l'élégance visuelle. Malgré un aspect dramatique présent Ozu assène quelques traits d'humour bienvenus (notamment avec la fille du barbier), et on ne pourra qu'être étonné de la violence qu'expriment pour afficher leurs sentiments certains personnages alors que le réalisateur est réputé pour la retenue dont font preuve ces derniers. Le casting, d'où on remarquera particulièrement la très (très!) belle Ayako Wakao, est impeccable. Un très beau film.
La composition des plans est incroyable, et les couleurs sont un régal ! L'architecture nippone traditionnelle sert le cadrage avec brio, il y a une belle utilisation de la perspective, et l'apparente simplicité de la mise en scène ne fait qu'accentuer le drame domestique.
Le film m'a quand même paru long car j'ai eu du mal à rentrer dans le jeu daté et spécifique des comédiens. Les enjeux sont également à remettre dans le contexte historique, pour ne pas passer à côté. Je ne m'attendais pas à une telle épure dans le montage et le jeu, mais une fois habitué ce fut un plaisir ! Un grand sentiment de mélancolie de dégage de ces personnages implacablement seuls... J'ai hâte de voir d'autres films de Ozu.
La double vie d'un acteur de théâtre qui chaque fois qu'il revient dans ce port retrouve son fils - un jeune adulte qui le croit être son oncle. spoiler: Kayo séduit Kiyoshi au grand dam de son père, qui la considère comme une femme de petite vertu. C'est un tableau subtil des rapports dans la société japonaise des années 50, représentée plus durement que chez Naruse.
Un film d'Ozu : rien que des plans fixes, gros travail du cadre (des tableaux où les corps et les objets sont parfaitement agencés, un réel souci de la profondeur de champ...), une tonalité oscillant entre gravité et légèreté, de très beaux acteurs, on y boit plein de saké et on y fume beaucoup de cigarettes, l'amour et les fantômes du passé sont au rendez-vous...