La première partie du film se déroule dans l’Italie fasciste, sous le régime de Mussolini. On y voit le raffinement, l’élégance de la culture et de l’architecture italienne. En apparence, on y voit donc l’Italie sous ses meilleurs jours, mais si on se concentre sur la face cachée de l’iceberg, on se rend rapidement compte que les thèses racistes se multiplient dans l’esprit de la populace et les discussions mondaines. On nous présente alors le personnage de Guido, juif mais surtout bon vivant, qui ne semble pas être impacté le moins du monde par ce qu’on pense de lui, qui vit chaque moment avec légèreté, qui ose tout. C’est un esprit rêveur et libre, qui nous fait rire et qui semble même totalement improviser sa vie ( il nous apprend que le culot, ça paye ! ). On s’attache facilement à lui, on aime suivre ses péripéties, sa façon originale de draguer, de sorte qu’on en oublierait presque le contexte historique. En bref, le film porte bien son nom, et nous fait passer le message qu’on peut faire de l’humour même quand l’atmosphère autour de nous ne s’y prête pas forcément. On voit les choses du point de vue du mec chill, qui dédramatise tout et nous rappelle qu’il y a toujours des problèmes plus graves que les nôtres et qu’ils ne doivent pas nous empêcher d’être heureux.
Ce qui fait le génie de Roberto Benigni et distingue ce film de tout les autres films sur le thème de la guerre, c’est qu’il choisit d’évoquer ses horreurs ( en l’occurrence la déportation ), mais sans jamais directement les montrer, seulement en les supposant. Tout est sur le ton de l’humour. Le public sait déjà ce qu’il se passe, alors il choisit de raconter une histoire différente, une fiction émouvante, détachée, et qui apporte un peu d’humanité à ce monde de brutes. On voit qu’a mesure que le film progresse, Guido a de plus en plus de mal a rester positif, mais il y parvient pour préserver l’innocence de son fils, et peut-être aussi pour se rassurer lui-même. Et au final, au moment de la libération, Giosuè ne s’était même pas rendu compte qu’il avait vécu l’horreur. Un très beau message et un pari réussi, celui d’impacter les esprits en traitant d’un sujet dramatique et horrifiant sur le ton de l’humour, une recette que personne avant Benigni n’avait tentée et qui a valu à cette fable les prix les plus prestigieux. À voir absolument !
PS : Gros point fort pour la BO du film également, réalisée par le compositeur italien Nicola Piovani.