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Bertie Quincampoix
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4,0
Publiée le 18 octobre 2020
Sorti en 1983, cet ambitieux polar métaphysique nous fait voyager sur les routes d’Europe en compagnie des superbes Michel Serrault, dans le rôle d’un détective privé dépressif, et d’Isabelle Adjani, spoiler: meurtrière compulsive changeant d’identité toute les 24 heures. Sur une superbe musique signée Carla Bley, Claude Miller nous embarque dans une atmosphère semi-fantastique, au ton original et étonnant, qui évoque sans se départir d’un certain humour froid les thèmes de la solitude, du besoin d’élévation sociale et de la perte d’un enfant. Une belle réussite.
Après Garde à vue, Claude Miller retrouve Michel Serrault pour un nouveau film policier. Cependant, cette fois, le cinéaste adopte un ton assez décalé (rappelant un peu l’univers de Bertrand Blier) qui fait s’écarter son œuvre du réalisme. Ainsi, ce qui semblait être au départ un véritable polar autour d’une femme fatale devient de moins en moins crédible et déroute petit à petit son spectateur pouvant l’amener à décrocher malgré les bons dialogues de Michel Audiard (qui cosigne le scénario avec son fils, Jacques) et un excellent casting (à la tête duquel on trouve Michel Serrault et Isabelle Adjani). Dommage : le tout commençait si bien !
Déroutant, c'est le mot qui vient à l'esprit au visionnage de ce film sorti il y a plus de trente ans. Filmé de façon très maniérée et d'un esthétisme très appuyé (notamment les scènes mettant en valeur Adjani), il ne résiste guère à l'épreuve du temps malgré un casting de grande qualité. Hésitant entre le polar, l'absurde à la Blier et une forme de non-sens assumée, le scénario finit par tourner en rond et désintéresser le spectateur. C'est d'ailleurs peut-être voulu par les Audiard et Miller mais les faits sont là : à suivre avec Serrault Adjani dans ses périples meurtriers, on finit par être gagné par une certaine lassitude. Il faut attendre plus d'une heure pour que la rencontre entre les deux protagonistes se fasse enfin et que l'intérêt de l'intrigue redémarre. C'est long, d'autant que l'on comprend assez vite que cette deuxième partie va rester dans la même veine. Il reste un film baroque, volontairement décalé voire bancal, peut-être trop ancré dans les tendances esthétiques un peu "papier glacé" de ces années 1980 (qui a plu à un certain moment et qui conservera un public d’aficionados) mais dont la réalisation apparaît de nos jours comme extrêmement pesante.
Un film qui porte bien son mot.... pas pour les cadavres qui parsèment cette troublante randonnée mais pour l’ennui mortelle qu’elle m’a procuré. Je l’ai regardé jusqu’au bout mais ça m’a été difficile. Sans l’excellent Michel Serrault, j’aurais coupé court...
L'enfer c'est les autres. Putain de randonnée, tout feu sans flamme. Mille(r)egrets. Triste de l'intérieur, froid de l'extérieur, cette liaison dangereuse est un déséquilibre avec mon regard à contre courant. J'ai quitté le groupe à Baden Baden, soulagé de ce sacrilège éprouvant.
Film a l'ambiance assez étrange. il y a beau y avoir un casting de premier choix, c'est un peu poussif. La filature a tout va sans aucune difficulté et sans se faire remarquer a un moment parait grossière. On regrettera cette espèce de nonchalance, et ce certain faux rythme, qui font décrocher notre attention par moment. un rythme plus soutenu aurait été bienvenue.
Les images, l'atmosphère, le jeu des acteurs, tout ça est très beau. Et l'idée aussi de ce personnage hanté par le manque de sa fille perdue et qui la projette sur l'incroyable tueuse en série qu'il suit. Sauf que tout ça est totalement invraisemblable, alors on dira que c'est de la poésie, et surréaliste, même, pourquoi pas, les dialogues et soliloques signés Audiard père et fils vont dans ce sens. Comment auraient-ils pu être réalistes quand l'histoire est invraisemblable et les personnages pas vraiment crédibles non plus. Et surtout pas celui de ce détective (appelé "l'Oeil" ! Si ça c'est pas du symbole, ou du clin ... d'Oeil !) qui suit partout aux quatre coins de l'Europe la meurtrière qu'il a surprise en train de jeter à l'eau son premier cadavre, qui est toujours là pour assister à tout sans qu'elle le remarque jamais, et même pour lui donner éventuellement un coup de main discret en faisant disparaître les victimes qu'elle a semées sans plus s'en préoccuper. De la poésie, on vous dit. Et si vous acceptez d'entrer dans le jeu, vous pouvez aimer. Mais ne me dites pas que c'est un polar, quand ça fait juste un peu semblant ! Ne rapprochez pas ça de "Garde à vue" qui, lui, en est un excellent. De "Buffet froid", peut-être ? Je sais, c'est de Bertrand Blier, pas de Claude Miller. Mais c'est aussi un faux polar surréaliste.
Invraisemblable, soporifique. Scénario inexistant. Un film qui ne dégage aucune émotion malgré le massacre d'une multitude de victimes stupidement assassinées. L'excellent, Michel Serrault m'a tenu en éveil. C'est grâce à lui que j'ai pu voir le film jusqu'au bout et me faire une idée objective de ce "navet".
Tout d'abord un immense bravo aux deux acteurs principaux : Michel Serrault et la sublime Adjani ! Rien que pour ces deux monstres du cinéma "Mortelle randonnée" et son univers particulier est un grand film.
Je mets pas mal, uniquement pour la qualité cinématographique de ce film : ambiance lourde de polar noir américain (c'est l'origine...), prise de vue, bande son, et deux acteurs presque surréalistes, Isabelle Adjani en psychopathe tueuse, et Michel Serrault en privé désabusé à la recherche de sa fille qu'il croit reconnaitre. Par contre, d'énormes défauts : des scènes sans lien entre elles qui se multiplient presque à l'infini, engendrant un véritable ennui, d'autant que le manque de réalisme est criant et qu'un manque de profondeur se fait sentir. Claude Miller lui même n'a pas aimé son film et on comprend mieux pourquoi en le visionnant.
Déroutant est, à propos de ce film, le mot qui je crois revient le plus souvent et qui est justifié ! Je ne connais pas bien le cinéma de Claude Miller, réalisateur de ce film sorti en 1983, je n'ai donc pas eu cette déception que beaucoup de spectateurs ont eu après le apparemment très bon "Garde à vue" mais j'ai été en tout cas assez surpris par ce style très froid qui navigue entre plusieurs genres. C'est l'histoire d'un détective qui est chargé de retrouver un jeune garçon. Au cours de son enquête, il croise une jeune fille plutôt dérangée qu'il protège car elle lui rappelle sa fille. Bon, c'est très grossièrement résumé car il est difficile de résumer un film comme celui-ci, tout simplement. Nous ne sommes pas non plus dans un film policier classique mais plutôt dans un film d'auteur qu'il est très difficile de cerner. Malgré tout, je ne suis pas du genre à m'agenouiller devant chaque film d'auteur français en criant au génie, quand ça ne passe pas, ça ne passe pas. Et ici, j'avoue que j'ai eu du mal à accrocher ou en tout cas sur la longueur. Ce serait un énorme cliché que de dire que tous les films d'auteur sont ennuyant et trainent en longueur mais c'est vrai qu'ici en tout cas, nous retrouvons certains de ces aspects, ce qui est un peu dommage. Alors bien évidemment, c'est très subjectif, je n'ai peut-être pas été sensible à la poésie inhérente de cette histoire à la fois dramatique, drôle, touchante et macabre. C'est peut-être d'ailleurs un des aspects avec lequel j'ai le plus de mal ,c'est-à-dire de ne pas arriver clairement à définir le genre du film, on dirait presque qu'il ne sait pas trop où il veut aller. Je n'ai d'ailleurs pas lu le roman homonyme de Marc Behm dont le film en est l'adaptation, ainsi je ne sais pas si ce mélange des genres y est déjà présent ou non. Cela dit, je reconnais que le film reste tout de même assez bon et notamment grâce aux dialogues écrits par Michel et Jacques Audiard dont on en reconnait d'ailleurs très bien le style. Les acteurs sont également très bons, nous retiendrons surtout Isabelle Adjani et Michel Serrault qui sont excellents. "Mortelle Randonnée" est donc un film qui déstabilise, qui possède quelques défauts mais aussi d'indéniables qualités.
Quel ennui... ce polar est assez invraisemblable et on n'accroche pas à des personnages caricaturaux pourtant portés par des acteurs charismatiques mais figés dans une posture qui n'évolue pas. Alors reste cette ambiance d'humour noir, ces personnages pantins perdus mais au service de quoi?
* Le Genre : ce genre n'existe pas en France. Pourtant à Hollywood c'était un des genres phares. Toute l'oeuvre d'Hitchcock et celle de Mankiewicz en font partie, sans compter de nombreux films de Welles et d'autres. On pourrait appeler cela "le divertissement dramatique" : le genre est fondé sur le plaisir que l'on prend immédiatement au cinéma. Plaisir de l'intrigue, plaisir des décors, de la musique des caractères. Il n'y a pas comme pour le policier pur de réflexion sur le coupable, ou pour le thriller de communion avec l'atmosphère, ou pour la comédie d'adhésion aux situations ou aux répliques qui font rire ou sourire ; pourtant il y a un peu de tout ça avec un certain détachement qui permet de s'intéresser pas seulement à l'intrigue. En tout cas : pas de "message".
* La réception du film : la critique française fut unanimement défavorable. La pire fut la critique dite "de gauche" qui attendait (à l'époque) soit un message politique fort soit une réflexion formelle dé-constructive. Il n'y a rien de tout ça dans le film mais simplement des acteurs brillants (Adjani, Serrault), une musique formidable (Carla Bey), des décors incroyablement beaux et une image constamment superbe (Pierre Lhomme) et les dialogues géniaux de Michel Audiard. Les critiques ont détesté ce film comme ils avaient haï Barocco (Téchiné, 76).
* La construction : comme une comète merveilleuse, Isabelle Adjani, actrice beaucoup plus physique qu'on l'accepte généralement en France- c'est-à-dire qu'elle joue de sa personnalité, de sa beauté, de sa démarche, de sa chevelure, de son sourire plus que de sa diction, ce qui ne colle pas bien avec sa prétendue image d'actrice intello - lancée sur un billard rebondit d'une bande à l'autre, d'un fils de la bourgeoisie commerçant bruxelloise à un rejeton de diamantaires de la côte d'Azur, de la haute société balnéaire de Baden-Baden à l'élite artistique romaine pour finir ... dans un snack du 9-2.
* Serrault : C'est son grand rôle dramatique avec Nelly (Sautet 95). Il impose un style et une statue : celle du père qui ressasse la perte de sa fille de 8 ans en 1962. Il s’oppose à l'étincelante et multiple Catherine (Adjani) qui ressasse aussi de fausses histoires d'un père perdu mais aimé en vrai. Le film fut réalisé en deux fois. On en a vu une version courte à la télévision qui est mieux que la version longue du dvd où la dernière partie (de Rome à Saint-Denis en passant par Biarritz) dure trop longtemps. Claude Miller l'a pratiquement désavoué. Serrault n'a toujours dit de ce film qu'un mystérieux "Quelle histoire!!". On ne sait si son personnage "L'Oeil" prend Catherine pour sa fille ou la suit pour se désennuyer de son obsession ou l'aide sans qu'elle le sache pour réaliser ce qu'il n'avait pas fait pour sa fille ... On ne sait pas et cette incertitude même, portée et constamment renforcée par un Serrault en monologue permanent, est le cœur du film.
* Conclusion : Beaucoup de critiques (pas les mêmes qu'en 83) pensent aujourd'hui qu'il s'agit d'un des meilleurs films français. Pour moi, avec ses quelques faiblesses (Guy Marchand en est une), c'est celui que je préfère avec Barocco (qui, pépite du même genre, ne bénéficie de Serrault, ni du grand Samy Frey mais du même diamant adjanien).
Dans son livre souvenir paru en 2007 où il passe en revue chacun des films qu'il a réalisés, Claude Miller ne trouve pas de mots assez durs pour qualifier sa déception à propos de "Mortelle randonnée" qu'il avait réalisé juste après l'immense succès et reconnaissance critique de "Garde à vue" qui avait permis à Michel Serrault et Guy Marchand de récolter chacun un César. En revoyant le film, on ne peut malheureusement qu'être d'accord avec l'analyse critique de Claude Miller mais aussi saluer sa lucidité à postériori sur la qualité de son travail. Effort de franchise d'autant plus méritoire que le film se trouve paré aujourd'hui d'une aura que la critique de l'époque n'avait pas prédit, loin s'en faut. Fortement inspirés par un roman de l'écrivain américain Marc Behm, Audiard père et fils se lancent dans une adaptation qui projette le spectateur dans une enquête morbide à travers toute l'Europe balnéaire menée par un détective de seconde zone devenu une sorte de fantôme depuis que sa femme a disparu il y a de longues années avec sa petite fille qu'il n'a jamais revue. En perte de repères et dévoré par ses obsessions, Louis Beauvois dit "L'Œil" par un processus d'identification soudain va assimiler une jeune femme meurtrière à sa fille disparue. Le sujet motive fortement les deux hommes frappés sept ans plus tôt par la mort d'un frère et d'un fils. Michel Audiard ami avec Michel Serrault (ayant lui aussi perdu une fille) le contacte pour tenir le rôle du détective à la dérive. La tentation de reconstituer l'équipe gagnante de "Garde à vue" est trop tentante, provoquant l'entrée très rapide dans le jeu de Claude Miller. Charles Gassot jusqu'alors spécialisé dans la production de spots publicitaires fait pour l'occasion ses premiers pas dans le cinéma. Il donne donc carte blanche à Miller pour ce qui s'annonce à coup sûr comme un succès. Le problème comme l'écrit lui-même Claude Miller viendra de sa propre lecture du scénario qui sera très différente de la tonalité que voulait lui conférer Jacques Audiard dont on peut imaginer connaissant sa carrière actuelle qu'il avait en tête quelques idées de mise en scène. Mais Claude Miller grisé par le succès de "Garde à vue" n'écoute personne et s'éloigne immédiatement de l'aspect rugueux et âpre voulu par le jeune scénariste pour mieux pénétrer la psychologie des deux personnages au profit d'une recherche esthétique inspirée de la vague anglaise qui est en train de déferler sur Hollywood avec les frères Scott, Alan Parker et autre Adrian Lyne. Une recherche esthétique portée en France par Jean-Jacques Beineix ("Diva" en 1981, "La lune dans le caniveau" en 1983), Luc Besson ("Subway" en 1985, "Le Grand bleu" en 1988) à laquelle Claude Miller qui est avant tout un cinéaste intimiste a cru pouvoir un moment se rattacher en raison des qualités esthétiques de "Garde à vue" portées aux nues par la critique. De cette incompréhension sortira un film que Miller qualifiera d'hermaphrodite. Aujourd'hui tous les défauts qui ont pu être masqués par l'engouement du moment pour le casting et l'éblouissement provoqué par la sublime photographie de Pierre Lhomme sautent aux yeux. Michel Serrault pour la première fois semble comme désincarné sans personne pour lui renvoyer la balle et les boursouflures du jeu d'Isabelle Adjani ne sont pas compensées par sa plastique que Claude Miller prend visiblement plaisir à magnifier. La version longue qui n'est pas à conseiller renforce encore l'impression de tourner les pages d'un catalogue de scènes filmées comme sur papier glacé. Jacques Audiard qui imaginait toute autre chose sera bien sûr furieux quand il verra le film à sa sortie. Cette erreur de parcours n'obère en rien la courte filmographie de Claude Miller qui contient au moins quatre films très importants que l'on ne peut que recommander : "La meilleure façon de marcher" en 1976, "Dîtes-lui que je l'aime" en 1977, "Garde à vue" en 1981 et "L'effrontée" en 1985.