« Remplaçant la philosophie fumeuse de Toute une vie par des idées " généreuses ", Lelouch va sûrement, cette fois, toucher le grand public et connaître le succès commercial. Quant aux critiques, c'est une autre affaire : hier, le mépris dominait. »
De quel film parlait Jacques Siclier critique au Monde ?
Du film « Les Uns et les Autres » de Claude Lelouch.
Ressorti en copie restaurée et visible au Publicis Cinéma, ce film injustement boudé par la critique car probablement trop américain dans son envie d’universalisme mâtiné d'Entertainment a formidablement bien vieilli.
Claude Lelouch n’a peut être pas commis que des chef d’œuvres mais son bilan cinématographique est bien supérieur à beaucoup de ses contemporains ( "un homme et une femme", "l'aventure c'est l'aventure", "toute une vie"...c'est déjà pas mal !)
Et d’ailleurs cette fresque humaine bâtie autour de la musique n’a pas eu à subir de remake américain, elle n’en a pas besoin.
Lelouch est un formidable conteur qui nous livre ici un film « choral » avant que ce soit la mode et qui s’étale sur 45 ans de l’histoire du monde, de 1936 aux années 1980, à travers le destin de quatre familles, aux quatre coins du monde. Moscou : Tatiana épouse Boris, le père de son fils Sergueï, futur danseur étoile. Paris : Anne et Simon sont déportés et contraints d’abandonner leur nouveau-né. Berlin : Karl Kremer, pianiste, reçoit les félicitations du Führer. New York : la formation de jazz de Jack Glenn triomphe… Des hommes, des femmes, qui vivent dans des pays différents mais parlent une même langue : la musique.
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce film c’est son ouverture d’esprit et son hypothèse de départ que rien n’est écrit ou prédestiné dans une vie même si les mêmes schémas se reproduisent de génération en génération.
Lelouch est également un réalisateur qui aime profondément ses acteurs (d’ailleurs dans le film les prénoms de protagonistes comme Richard, Francis, Jacques ou Robert sont les prénoms des acteurs qui les interprètent, Bohringer, Huster, Villeret ou Hossein.
Les plans séquences sont impressionnants, certains effets miraculeux quand on connaît les limites techniques de l’époque et la musique a très bien passé le test du temps (merci Michel Legrand et le couple Bergman déjà aux commandes de la musique de « The Way We were » avec Barbra Streisand et Robert Redford).
Plaisir également de retrouver des chorégraphies comme celle de Vickers Larry devenu un des artistes américains les plus parisiens.
Vraiment, allez voir ce film qui a été méchamment enterré par la critique germanopratine ( déjà à l’époque ca déconnait grave dans les rubriques culture de la presse).