Dans An American in Paris, tout commence presque comme une invitation. La voix off nous ouvre les portes d’un Paris de carton-pâte, entièrement recréé en studio, un Paris faux mais somptueux, où chaque rue semble peinte à la main. Et puis il y a ce premier regard de Gene Kelly face caméra : il semble nous dire immédiatement « faites-moi confiance, on va passer un bon moment ». En quelques secondes, le film établit un pacte avec le spectateur.
Même la préparation du petit déjeuner devient un ballet. Les gestes sont précis, fluides, chorégraphiés sans en avoir l’air. Chez Gene Kelly, tout invite déjà à la danse : ouvrir une fenêtre, attraper une tasse, traverser une pièce. Le quotidien devient spectacle.
Ce qui frappe aussi, c’est le goût du grandiose. Le film assume totalement son artificialité : un faux Paris gigantesque, l’opulence des décors et des costumes, la générosité éclatante du Technicolor. Tout déborde de couleurs et d’élan, au service d’une histoire d’amour contrariée, presque naïve, mais profondément sincère.
Quand Leslie Caron apparaît pour la première fois, quelque chose d’immédiat se produit. Les femmes y voient de la grâce, les hommes de la séduction. C’est peut-être là l’un des secrets du succès du film : Leslie Caron incarne à la fois une élégance inaccessible et une présence extrêmement vivante. Une Française !
C’est parfois un peu cliché, parfois franchement kitsch, mais le film continue malgré tout de fonctionner. Il y a une sincérité dans cet émerveillement permanent qui finit par emporter l’adhésion. On accepte ce faux Paris parce qu’il est regardé avec amour.
Je ne placerais pas le film au-dessus de Singin' in the Rain, loin de là. Le chef-d’œuvre absolu du musical hollywoodien reste sans doute ailleurs. Mais An American in Paris possède ses moments de grâce, ses éclats de poésie et cette capacité rare à faire naître le sourire presque malgré nous.
Et puis il y a Leslie Caron. Avant tout danseuse classique, elle conserve dans ses mouvements cette discipline du ballet : elle reste sur les pointes, allonge les lignes, recherche constamment la grâce. Cela donne aux scènes dansées une délicatesse particulière, presque fragile.
Et peut-être que le charme du film vient justement de ce léger déséquilibre : Gene Kelly danse comme un homme qui veut conquérir le monde, tandis que Leslie Caron semble encore flotter dans un rêve. Le rêve Américain sans aucun doute !