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Un visiteur
5,0
Publiée le 30 avril 2008
Un film ou Delon démontre tout son talent, avec une évolution parfaitement maitrisée de son personnage pris dans les engrenages de l'administration. Surtout un plaidoyer toujours d'actualité contre l'indifférence qui reste la principale raison de la réussite des pires crimes.
Alain Delon y incarne Robert Klein, un homme qui fait fortune pendant l'Occupation auprès de juifs en difficulté, en leur achetant des tableaux à bas prix. Après avoir apris l'existence d'un autre Klein, et d'avoir été pris pour un juif, il se lance dans une recherche de son homonyme qui l'emmenera jusqu'aux doutes identitaires et en pleine rafle du Vel d'Hiv. Joseph Losey réalise cette quête Kafkaïenne avec un sens de la mise en scène assez remarquable. Il y utilise à la fois la vue subjective, le dialogue hors-champs, et une prise de caméra souvent mobile ne négligeant aucun recoin de chaque pièce, accentuant ainsi les impressions, l'identification au personnage principal et son étouffement. "Monsieur Klein" (1976) est une véritable oeuvre d'auteur emprunte d'étrangeté, et munie de scènes magnifiques comme celle finale, ou sublimement afreuse comme celle dans le club théâtral antisémite. Indispensable!
Bon film dans l'ensemble, très utile de surcroît mais certaines scènes sont assez longues et ennuyeuses, pour moi, dommage... Voir la souffrance de tous ces civils et constater une fois de plus la cruauté du régime nazi et des collabos m'a réellement donné la envie de vomir et j'en ai même pleuré en visionnant ce film. Alain Delon y est encore une fois excellent, on comprend tout à fait qu'il ait regretté de ne pas avoir reçu de prix pour ce rôle.
Kafkaïen,"Monsieur Klein" l'est plus que jamais.Joseph Losey évoque la France de l'Occupation et l'antisémitisme palpable de l'époque.Robert Klein,marchand d'art sans scrupules reçoit par erreur un quotidien juif destiné à un homonyme.Curieux d'en apprendre plus,il se consacre de plus en plus intensément à la recherche de cet homme,jusqu'à se perdre.Une obsession maladive et une ambiance de complot sans visage.Oui,il y a clairement du Kafka.Alain Delon incarne cet homme qui perd ses certitudes au fil de ses indices truqués et de ses voies sans issues.Il livre une belle composition tout en retenue,mais ça ne mérite quand même pas le Prix d'interprétation qu'il a réclamé à Cannes en 1977!L'oeuvre est troublante,sur la quête du double et de l'identité.Losey est ambitieux.Mais son drame historique manque de simplicité,et s'englue dans des réflexions absconses.En revanche,la scène finale est sans ambiguïté et lève le voile sur un des évènements les plus révoltants de l'histoire française:la rafle du Vel d'Hiv.Le rythme est,quant à lui,d'une lenteur quasi rédhibitoire,et seule le mystère Klein nous fait tenir à mi-parcours.A double visage.
Apres une remarquable scène d’ouverture il faut bien reconnaître que ce « Monsieur Klein » terne et ennuyeux se contente de dérouler sans passion les gesticulations molles d’un sursitaire affairiste et jouissif menacé d’arrestation suite à un homonyme.
Pourtant quel sujet de prédilection pour un pays n’en finissant pas de régler ses comptes sur une page d’histoire bien dérangeante favorisant la restauration temporelle de comportements abusifs et honteux.
Aucun souffle dans cette suite d’impacts personnels subit par cette réplique Kafkaïenne attaquée de tous côtés par une machine répressive ne lâchant plus une proie se rapprochant inexorablement de la rafle et des camps.
La reconstitution est très soignée avec des extérieurs restituant à merveille ces temps que l’on ne veut plus connaître. Robert Klein par l’intermédiaire d’Alain Delon atteint dans certaines circonstances une envergure pathétique située entre une crainte proportionnée à un plaisir entretenu servant de balance sécurisante à un personnage aux abois.
L’œuvre semble prendre conscience de son demi-échec en fournissant de derniers instants grandioses fusionnant dans un dernier trajet un homme abattu par un mécanisme procédurier impitoyable actionné par les théories du moment et des cobayes servant de pitances à des irresponsables imposant leurs doctrines à l’aide d’une machine de guerre.
C’est l’histoire d’un homme qui accepte son sort, celui d’une méprise, à laquelle il n’a pas trouvé d’autre explication que celle du hasard. Alain Delon est cet homme, fataliste et humain, mais quelque peu égaré dans une mise en scène trop convenue.
J'ai revu le film sur ARTE. Belle ambiance... Mais vision datée, floue... La précision historique a fait des progrès ça ne passerait plus maintenant. L'évocation de la rafle du Vel d'Hiv est forte mais inexacte. En effet, il n'y avait pas de ligne de chemin de fer dans les sous sols du Vel d'Hiv pour envoyer les gens directement dans les camps. Ils étaient d'abord transférés à Drançy ou autres camps de transit (c'est important parce que la chute de l'histoire est basée là-dessus). De plus, Robert Klein, français depuis Louis XIV comme dit son père, serait soupçonné d'avoir peut-être une grand-mère juive (mais son père, lui, n'est pas inquiété alors qu'il serait demi-juif et Robert seulement 1/4 ?) Le code de Nuremberg et la statut des Juifs de 1940 disaient clairement qu'on est juif si on a trois grand-parents juifs. Deux grand-parents suffisent si on pratique la religion juive. Robert Klein a peut-être une grand-mère juive, et en aucun cas ne pratique la religion juive. Il ne peut donc selon la loi même de l'époque être défini comme juif. Sachant aussi que pendant l'Opération Vent Printanier (nom de la rafle vue par les flics) ils ont surtout arrêté des Juifs étrangers, il est parfaitement invraisemblable qu'un personnage comme Robert Klein ait pu être visé. Cela dit l'ambiance de Paris 1942 est très réussie, à part le détail qu'il semble faire froid, ils portent tous des pardessus, en particulier Mr Klein. Belle image, certes, mais la rafle a eu lieu le 22 juillet 1942, et c'était un été particulièrement chaud. Donc l'ambiance grisâtre, si elle souligne bien le propos, n'est pas historiquement appropriée. Je trouve d'ailleurs qu'être raflé par une belle journée d'été est bien pire. Le contraste entre le malheur et le beau temps fait ressortir le malheur, avec une nature en fête, semblant ignorer l'injustice et la souffrance humaine, comme si Dieu était véritablement absent.
un film que on aime ou que on rejette de suite, mais un film quand même bien particulier avec une ambiance que n'aurait pas renié Kafka bien évidemment. l'interprétation solide de Alain Delon ne plombe pas ce film, contrairement à ce que on aurait put pensé,bien au contraire.
Le cheminement tragique d'un homme vers le destin d'un autre, poussé par la curiosité, l'égocentrisme mais aussi le sens de la culpabilité se tisse ici avec brio, porté par une prestation intensément intérieure d'Alain Delon. Las, le rythme ainsi que la densité des personnages secondaires (notamment l'insipide séductrice campée par Jeanne Moreau dans une atmosphère à la limite d'un fantastique hors de propos) par leur inconstance empêchent d'adhérer totalement à ce parcours qui questionne pourtant l'identité au-delà de son inscription dans le contexte de l'Occupation - les Allemands étant d'ailleurs quasiment invisibles - et dénonce le pragmatisme kafkaïen universel. Glaçant cependant.