Manger ou être mangé, telle semble être la question posée par les deux histoires parallèles qui forment ce film intrigant et déroutant au possible. C’est l’un des longs-métrages les plus transgressifs de Pier Paolo Pasolini, avec Salò ou les 120 journées de Sodome, mais moins sulfureux visuellement que ce dernier. La transgression est dans l’utilisation de deux thèmes, le cannibalisme (montré furtivement) et la zoophilie (suggérée), et plus largement dans un geste poétique et politique, marqué par un profond dégoût de la société des hommes. Un geste alternant mutisme et logorrhée soûlante, dont le signification laisse perplexe. Condamnation d’un monde dépourvu de sens, ouvert aux pulsions débridées comme à la sauvagerie d’un capitalisme cynique ? Face aux critiques évoquant la confusion du récit et le malaise qu’il génère, Pasolini a répondu : « J’utilise la caméra pour créer une sorte de mosaïque rationnelle qui rende acceptables, claires, affirmatives des histoires aberrantes. » L’auteur, par ailleurs, exaltait « la nature profondément artistique du cinéma, sa force expressive, son pouvoir de donner corps au rêve, c’est-à-dire son caractère essentiellement métaphorique ». Il en est de ce film comme de certains rêves, péniblement abscons.
Compte tenu de l’envergure intellectuelle du personnage, le cinéma de Pasolini est le plus souvent loin d’être évident à aborder aujourd’hui mais de manière plus criante que dans la plus accessible “Trilogie de la vie�, ‘Porcherie’ reste marqué par son austérité absconse et son militantisme intellectualisant. Si certaines des problématiques qu’il exprime résonnent toujours dans l’actualité, ce n’est plus de la même façon et, surtout, elles ne se traduiraient plus dans un langage verbal et cinématographique que plus grand monde n’est aujourd’hui en mesure de saisir sans avoir en mains les clés de compréhension nécessaires. Schématiquement, deux types de séquences coexistent au sein de ‘Porcherie’ : d’un côté, un brigand du Moyen âge égaré dans le désert, prend goût au cannibalisme. De l’autre, de riches industriels allemands manoeuvrent pour absorber l’entreprise de leur rival : l’un compte exploiter le passé nazi de son adversaire mais il ignore que celui-ci dispose d’une arme morale plus destructrice encore. Pour le spadassin médiéval, ces débordements sont le produit d’un monde sans dieu, dominé par la satisfaction des pulsions personnelles ; pour les seconds, d’un monde sans humanisme, sans cause à défendre, dominé par la prédation capitaliste. On peut même y ajouter, pour la seconde partie, le jugement sévère du cinéaste qui ne voit dans le Miracle économique allemand sous les auspices bienveillants du libéralisme économique, qu’une continuation du Reich sous une forme plus policée. Tout au long de sa vie, c’est l’angoisse d’un monde “vide�, ici présent dans l’idée du désert, dont les marchands et les banquiers auraient chassé la pensée, la morale et l’art, qui a tourmenté Pasolini. C’est à ce titre qu’il recourt à la figure métaphorique du porc, dévoreur sans nuances ni morale. La porcherie de l’industriel Klotz, située dans une aile de son immense palais et qui dissimule les amours interdites de son rejeton, en est une autre : sous les dorures et les oeuvres d’art des temps révolus, bientôt, ne subsisteront plus que des porcs. Pasolini attribuait au cinéma un pouvoir énorme : il n’empêche que ce qu’avait à exprimer ce film froid et indigeste, dont l’aura de subversion est aujourd’hui de l’histoire ancienne, m’aurait sans doute plus convaincu si je l’avais lu dans un livre.
Franchement je n'ai rien compris. ça ressemble à du Pasolini c'est bien l'esthétique de Pasolini mais en ce temps-là peu de liberté visiblement pour dire les choses. Ou toujours la peur de dire les choses . Alors on passe par des filtres et encore des filtres et.... je n'ai rien compris. Et cette interdiction -16 ans est ridicule aujourd'hui. C'est tout public. Sûrement pas le meilleur Pasolini.