En toute simplicité, un chef d'oeuvre. On aimera, ou on détestera la mise en scène... grandiose. On aimera, ou on détestera une lenteur certaine... tragique. On aimera, ou on détestera le jeu de Maurice Ronet... admirable. On aimera, ou on détestera la photographie... en plein accord avec le sujet. Ce film est un must be seen, Louis Malle ne faillit pas à sa réputation. Chaque instant transpire l'inanité des êtres et des choses, un film d'une éternelle actualité : L'impossibilité d'être, l'impossibilité de communiquer, l'impossibilité - comme le dit si bien Alain - de "toucher les choses, le monde". Le plus grand film sur l'impossibilité. A voir absolument.
Fresque monumentale, un film que l'on ne peut oublier ou difficilement. Il retrace les dernières heures de Alain Leroy, un ancien mondain devenu alcoolique qui sort d'une cure et qui fait une dernière virée sur Paris. Une leçon de vie pour certains, il donne le bourdon a certains moment. Il est d'une simplicité rare et d'une poésie totale. Une oeuvre parfaite dont le genre est aujourd'hui disparu ainsi qu'une ardeur que seul Maurice Ronet peut transmettre avec profondeur.
Voilà un "vieux" film qui n'a pas vieilli. Forcément, il parle de la douleur de quitter la jeunesse. Et ça, ça ne vieillit pas. On peut râler qu'il se passe chef les "oisifs", mais, eux aussi ont le droit d'exister :) Et puis, ce genre de problèmes, on les sent moins quand on doit trimer pour survivre... Quoiqu'il en soit, le jeu des acteurs, la lumière et le fond du problème sont très bien rendus. Le cadrage des scènes a un peu vieilli. Le son aussi. Certaines scènes sont un peu figées. Mais, la douleur de quitter la jeunesse, les concessions que ça sous entend, tout cela est bien rendu et reste d'actualité.
Adaptation du roman éponyme de Pierre Drieu La Rochelle, ce film noir retrace la marche à la mort du héros Alain à son retour des États-Unis. Complètement détruit par l'alcoolisme, Alain tente de se désintoxiquer dans une clinique privée. Mais la solitude l'accable et il contacte ses anciens amis et... Il rechute. Scène pathétiques où le suicide est affronté en toute lucidité, mais pas comme un acte libérateur. Pour Alain, le suicide est une fatalité qui scelle son échec à vivre.
L'action du livre située à la fin des années 20 est transposée dans le film au cours des années 60. Allusion en passant à l'OAS et à la guerre d'Algérie pour rappeler l'engagement fasciste de Drieu La Rochelle (le livre ne contenait pourtant aucune allusion à la politique). Le modèle d'Alain est Jacques Rigaut, poète dadaïste ami de Drieu et d'Aragon jusqu'à son suicide en 1929. Jacques Rigaut se droguait à l'héroïne et c'est au cours d'une cure de désintoxication à cette drogue qu'il a mis fin à ses jours d'une balle de revolver -- le film a bien restitué la scène ultime. N'oublions pas de mentionner l'exceptionnelle performance de Maurice Ronet qui fait un "one man show" épuré avec un classisme fou. Du tout grand cinéma d'auteur.
Attention chef-d'oeuvre ! Maurice Ronet est bouleversant. La mise en scène de Louis Malle accompagné de la musique d'Eric Satie font de ce film une œuvre remarquable. À voir !
Le Feu Follet de Louis Malle n'est pas précisément un "feel good" movie : le héros vient de passer plusieurs mois en maison de repos à Versailles par la suite d'une vie de débauche le conduisant dans l'impasse; seul et dépressif, poussé par son médecin à retrouver le monde, il sort de sa maison de repos et retrouve sa vie d'avant. spoiler: Il finit par se suicider.
Magnifique film toujours d'actualité, formulant la descente aux enfers d'un jeune homme détruit par un milieu dont les sentiments sont factices et superficiels, critique du milieu cultivé et aisé mais où chacun est enfermé dans un rôle et où la fraîcheur et l'authenticité des individus à disparu, laissant les individus vides. Le personnage suicidaire semble plus vivant que les autres et ne peut que souffrir dans ce monde clos, fermé et indifférent qui préserve le milieu mais est vain quant aux sentiments réels d'amour et d'amitié. Un être vrai et sensible ne peut survivre dans un tel milieu.
Via l'errance parisienne d'un ancien alcoolique le récit évoque la fragilité de l'évolution des caractères, la confusion entre âge adulte et morosité, la difficulté à éviter les paradis artificiels que la mondanité confond avec des expressions de fantaisie voire de joie. Surtout, Maurice Ronet, d'un geste, d'un regard, d'un souffle, incarne pleinement cet homme revenu dans la réalité, confronté à la vacuité de son existence, atteint d'une profonde dépression devant les options mesquines qu'il distingue, dépité face aux chemins empruntés par ses anciens amis (divertis par la drogue prétendument créatrice, une famille bourgeoise, une culture érigée en valeur propre, une ambition narcissique, un oubli résigné). Enfin, la narration (soutenue par de brillants dialogues) souligne l'aveuglement, le déni, l'indifférence de ceux qui croisent un individu dont la mise en scène ne cesse de signaler le désespoir inguérissable - quitte à opter pour un rythme lancinant, cohérent mais étouffant. Froidement âpre.
Une date griffonnée sur un miroir, et le sort d'Alain Leroy est scellé. Malle lance un compte à rebours déjà écrit d'avance. Chaque rencontre qui suit n'est qu'une tentative de plus, et toujours ratée, pour Alain de trouver une raison de rester. Est-ce que le monde a encore quoi que ce soit à offrir à un homme qui n'attend plus rien ? Alain n'a rien d'un héros romantique, plutôt la médiocrité fatiguée d'un dandy qui s'est lassé de lui-même avant tout le monde. Et c'est tant mieux car je trouve que cette bassesse assumée évite au film le piège du pathos facile.
Derrière la question du suicide, il y a un mal plus sourd. Alain est saturé, incapable de se raccrocher à un corps, un souvenir, un visage aimé. Il lâche à un ami une phrase qui résume tout le film : il ne sait plus toucher personne. Sa sobriété retrouvée n'y change rien, elle ne répare pas cette étanchéité qui le tient à distance de tout. Le film avance sans vraie intrigue, comme une déambulation, un pèlerinage funèbre où chaque étape ressemble à une station. On s'y attache d'abord sans réserve. Puis cette liturgie finit par peser, franchement, et on la sent s'étirer un peu trop, presque jusqu'à l'épuisement.
Visuellement, c'est somptueux : la photo en noir et blanc, la caméra pudique qui regarde la douleur d'Alain sans jamais s'en repaître. Satie fait le reste, avec ses Gymnopédies et ses Gnossiennes qui ne collent pas juste aux images mais racontent le film en creux, comme une seconde voix intérieure. Et puis il y a Maurice Ronet, habité, réellement amaigri pour le rôle, un corps qui semble se consumer avec le personnage, jusqu'au dernier geste, celui que le miroir du début avait déjà annoncé. Peu de films tiennent aussi bien la promesse de leur première image.