Je ne m'attendais pas à tomber face à un tel chef-d’œuvre. Je connais très mal Claude Sautet, de lui je n'ai vu que Max et les Ferrailleurs et Un Mauvais fils, deux films que j'avais bien aimés, mais que j'ai vus il y a une éternité. Il semble que dans cette œuvre de la maturité qu'est Un cœur en hiver, Sautet ait épuré encore son art, tout en s'adonnant à son amour pour la musique.
Il a composé comme un film ravelien à mon sens, beau, élégant, sophistiqué, aride... et percé d'éclairs de sensibilité, qui déchirent le cœur de certains personnages, et le nôtre. Ce film atteint une perfection rare, rien n'est de trop et rien ne pourrait être enlevé. Chaque dialogue est à sa place, qu'il semble anodin ou recherché. Il y a un sens du rythme de bout en bout, dans un calme olympien, ou ravelien plutôt.
Une mécanique précise, dans chacune de ses composantes, mais qui n'est pas froide. Elle nous laisse dévasté par ce que l'on vient de vivre lorsque le film s'achève, sur le regard perdu de Daniel Auteuil, bouleversant ici. Emmanuelle Béart n'est pas en reste, c'est probablement l'une de ses meilleures performances. André Dussolier complète impeccablement ce trio.
Tout est réussi dans ce film. Notamment ce scénario et ces dialogues. Des pistes sont lancées : est-ce un film hitchcockien ou clouzoien (pardon pour le néologisme :-)) ? Il semble qu'il soit typique de Sautet, en définitive, par ce goût pour la peinture de sentiments extrêmement subtils et complexes - et très forts. Un Sautet que l'on découvre sous un autre jour, d'une finesse incroyable. Je suis encore ébloui par ce que je viens de voir (et d'entendre), c'est une pure merveille.