Le plus triste avec ce film, c'est qu'à cause d'un certain aspect militaro-bourrin, du scénario peut-être trop limpide et d'un léger relent eighties du genre "on m'a humilié, blessé, mais je vais revenir tout péter" à la Rambo ou Commando, les critiques et beaucoup de spectateurs - pourtant persuadés manifestement d'être des gens intelligents - ont instantanément fermé leur cerveau à toute autre considération. Ils osent même parler de manichéisme (!!!), alors que le héros se rend compte qu’il a plutôt fait le mal sans le savoir et qu’il se retrouve seul, ou presque, contre tout un pays qu’il avait justement commis l’erreur de chérir sans nuance dans le passé… Hormis celui du journal Le Monde, peu de critiques ont compris – ou bien voulu comprendre ? - ce film, et la plupart préfèrent abonder dans l’interprétation à contresens, taxant même ce film de "réac" alors qu’il ne l'est surtout pas ! Je peux même dire sans vergogne que c'est l'un des deux films américains les plus courageux - politiquement parlant - que j'aie vus ces dernières années, avec "Lord Of War" d'Andrew Niccol. Tous ces observateurs si érudits aimeraient tellement que "fiction d'action US avec un militaire pour héros" soit synonyme de navet, mais hélas pour leur tranquillité d’esprit, ce « Shooter : tireur d’élite » (certes, le titre aurait pu être un peu plus subtil) est un véritable ovni. Bien sûr ça pétarade, mitraille, explose et défouraille dans tous les sens, mais le jeu des acteurs est réellement excellent, toujours dans le meilleur compromis entre pathos et retenue. Le montage et la musique tiennent en haleine de bout en bout, faisant pardonner le classicisme assez impersonnel du cadrage… Mais surtout, surtout, le discours politiquement très incorrect et dérangeant (le film est sorti sous le « règne » de W. Bush, il faut le rappeler) a largement contribué à emporter mon adhésion. Ceux qui écouteront comme moi le commentaire d'Antoine Fuqua sur le DVD (le réalisateur), trouveront intéressant de savoir qu'une tout autre fin était prévue. Mais Fuqua a finalement décidé, à l'issue d'une projection de test, de répondre à l’envie cathartique manifestée par le public-cobaye de voir un épilogue plus vengeur et marquant. En fait, même si le film peut être interprété comme tel, le réalisateur n’a jamais eu l’intention de promouvoir une morale d’auto-justice contre la corruption du pouvoir, du type « si la justice ne peut pas atteindre les pourris des hautes sphères, un flingue doit s’en charger ». Ce choix n’est que celui du personnage principal, dans le fond, et à travers lui le propos du réalisateur est plutôt : « un gouvernement ne doit pas se laisser aller à des pratiques mafieuses, sinon c’est un chaos encore bien pire qui finira par venir le fouler aux pieds et régner à sa place ». Donc, le héros laisse libre court à sa colère, mais au fond, rien ne dit, ni ne montre qu’il soit satisfait d’en finir ainsi et encore moins qu’il ait raison.