Sous le règne de Néron, Rome, débauchée et corrompue, subit son Grand Incendie. Des détracteurs propagent la rumeur que l'empereur en personne en serait l'instigateur. Celui-ci réplique en faisant accuser les Chrétiens, et en les persécutant davantage. Marcus Superbus, préfet de Rome, tombe alors sous le charme d'une jeune femme... évidemment chrétienne !
"The Sign of the Cross" ne s'en cache pas, c'est un oeuvre de propagande, oserais-je dire de prosélytisme chrétien. L'idée du film étant d'opposer d'un côté les Chrétiens moraux, nobles d'esprits, et persécutés. De l'autre, les Romains vivant dans la luxure et la décadence, avec tout un tas d'imageries... que le film lui-même a sans doute érigées au rang de clichés. Au milieu, le préfet lubrique qui va peu à peu découvrir le vrai amour et la "vraie" foi.
Ce n'est pas forcément très subtil sur le fond, pas plus que le jeu des acteurs d'ailleurs. On sent encore largement le poids du muet : maquillages chargés, postures théâtrales, expressions de visage pas toujours raffinées. Tandis que Charles Laughton incarne un Empereur Néron qui correspond aux témoignages hostiles de ses contemporains (gras, égocentrique, poète raté, insouciant aux problèmes du peuple). Alors que les derniers historiens en proposent un portrait plus nuancé.
On peut pointer ces défauts, mais on ne peut nier que Cecil B. Demille livre un péplum ambitieux, doté de divers décors & costumes. Et surtout, avec une vraie volonté de spectacle... et un certain jusqu'au-boutisme ! Le film constitue en effet un excellent exemple de la "débauche" hollywoodienne de la fin des années 20 / début des années 30, juste avant la mise en place du code de censure Hays. Ce qui conduira d'ailleurs à un charcutage du film dans les années 30. Il faudra attendre 1993 (!) pour retrouver la version intégrale, très osée.
Un adolescent sauvagement torturé. Une danse lascive "saphique" sur fond d'orgie romaine. Le célèbre bain au lait de l'impératrice, où Claudette Colbert se dévoile de manière très osée, jusqu'à montrer succinctement un téton (scène qui fut pourtant horrible à tourner, le lait caillant à cause de la chaleur des projecteurs...). Et tout le dernier acte aux jeux du cirque, où les brutalités s'enchaînent.
De quoi faire s'étouffer les censeurs qui arriveront peu après la sortie... et marquer une génération de spectateurs, le film ayant été un succès. D'ailleurs, je soupçonne les Monty Python de s'être inspirés des geôliers rustres pour créer quelques sketches de "Life of Brian".