La Leçon de piano
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inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

95 abonnés 4 376 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 décembre 2024
C'est une histoire d'amour qui s'ébauche dans un décor insolite et qui s'appuie sur des incidents dramatiques tout à fait singuliers.
Dans une forêt dense et marécageuse de Nouvelle-Zélande, l'existence d'une jeune veuve muette, médiocrement remariée à un colon, ne semble plus s'exprimer que par la voix de son enfant et par les notes d'un piano. L'instrument, objet surréaliste quand il est posé sur une plage ou transporté au coeur de la forêt est, par son étrange présence, un personnage à part entière par lequel Ada et spoiler: son amant -puisqu'amant il y a- apprendront à s'aimer malgré la jalousie de l'époux humilié.

On ressent, au début du film, comme une certaine affectation dans la gravité; mais la suite produit, par la qualité humaine, psychologique, de personnages attachants, de beaux et véritables élans dramatiques. La mise en scène de Jane Campion est forte par sa capacité à restituer sans emphase ni pathos la douleur des protagonistes, leur émotion simple et vraie, tout en procurant des scènes d'une grande beauté formelle. D'autres fois, la cinéaste mêle à l'âpreté des sentiments une sensualité inattendue.
Au-delà de sa réalisation très sensible, on découvre un casting remarquable, parmi lequel la très talentueuse Holly Hunter substitue à son mutisme des regards d'une profonde intensité.
Une belle histoire indéniablement.
Cadreum
Cadreum

63 abonnés 812 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 juin 2025
Qui est le film ?
Jane Campion signe en 1993 avec La Leçon de piano son quatrième long-métrage, après s’être fait remarquer avec Sweetie et Un ange à ma table. À cette époque, elle est l’une des rares femmes cinéastes à accéder à une reconnaissance internationale : Palme d’Or à Cannes, Oscar du meilleur scénario. Le film s’ancre dans une Nouvelle-Zélande du XIXe siècle, coloniale, pluvieuse, boueuse, théâtre d’un exil personnel et politique. Une femme muette, Ada (Holly Hunter), débarque avec sa fille et son piano pour rejoindre un mari qu’elle n’a pas choisi.

À partir de ce postulat d’un mélodrame classiqe ; une femme étrangère, un mariage arrangé, une passion adultère, Campion creuse un espace tout autre, fuyant l’exotisme comme le romantisme de pacotille. La Leçon de piano ne promet pas une histoire d’amour, ou du moins ne s’y limite pas.

Que cherche-t-il à dire ?
La Leçon de piano est un film sur la dépossession. Celle d’une femme privée de sa voix, d’un instrument devenu objet de troc, d’un territoire arraché à ses habitants. Mais c’est aussi un film sur la reconquête par des moyens obliques : la musique, le regard, le toucher. Campion ne cherche pas à faire un manifeste féministe explicite, elle préfère les angles morts, les tensions inavouées, les rapports de force réversibles.

Ce que le film observe, c’est la manière dont Ada refuse le rôle qui lui est assigné : épouse soumise, colonisatrice silencieuse, victime passive. Elle ne parle pas, mais elle dit. Par son piano, elle formule un autre langage, qui échappe aux catégories du dicible.

Par quels moyens ?
Le tout premier plan, vu à travers les doigts d’Ada posés sur ses paupières closes, installe une logique de subjectivité radicale. La vision ne précède pas le regard : elle en est une construction. On entre dans le film non pas par une image claire, mais par une image filtrée. Tout le film tient dans ce geste inaugural : rendre visible l’opacité, filmer depuis l’intérieur d’une conscience.

Lorsque le mari d’Ada refuse de faire transporter le piano et le laisse sur le rivage, c’est une scène de viol symbolique . Le piano est le prolongement de son corps : c’est sa voix, son langage. En le laissant là, il la mutile. Mais la mise en scène refuse l’emphase : pas de cris, pas de protestation. Seulement une caméra distante, un vent qui souffle, un sable qui recouvre les touches. Campion filme la douleur sans jamais l’exhiber.

Dans les scènes où George Baines (Harvey Keitel) propose à Ada un troc (des touches jouées contre des gestes), Campion suspend le jugement moral. Le montage insiste sur les mains, la peau, les frissons. Ce n’est pas la scène d’une domination, mais celle d’un trouble. Qui possède qui ? Qui cède ? Qui obtient ? La tension est constamment redéfinie. C’est dans ces scènes-là que le film explore le plus finement l’ambivalence du désir féminin, toujours menacé de récupération mais aussi capable d’inverser la donne.

Flora, la fille d’Ada, est un personnage souvent négligé. Mais elle est l’œil qui observe, juge, trahit. Campion filme souvent ses regards latéraux, ses hésitations, comme des interstices dans la trame du récit. Elle est la mémoire d’une histoire qui pourrait basculer. Lorsqu’elle transmet la lettre d’Ada à son mari, elle devient l’instrument de la punition, et rappelle que l’enfance n’est jamais innocente dans les récits de dépossession.

La scène de la noyade rêvée, où Ada coule avec son piano, est d’une beauté infinie. Elle résume la tentation du retrait, de la fusion avec ce qui fut à la fois son langage et sa prison. Ce n’est pas tant la mort qui attire Ada que le silence absolu, celui où même la musique devient inutile. Ce rêve et son refus signe l’ambivalence du film : dire, c’est vivre, mais vivre, c’est accepter de ne plus dire comme avant.

Où me situer ?
Mon regard est traversé d’admiration pour cette manière qu’a Campion de filmer les affects sans jamais les réduire à des émotions attendues. J’admire cette économie de mots, cette grammaire du geste, cette capacité à faire exister un corps féminin hors du regard masculin normatif. Mais je reste troublé par certaines équivoques : le personnage de Baines, par exemple, reste ambigu, parfois trop conciliant aux yeux de la mise en scène. À force de nuances, le film court le risque de brouiller sa propre ligne critique, notamment dans la relation entre désir et domination.

Mais peut-être est-ce là son courage : ne pas chercher une clarté militante, préférer l’incertitude, la contradiction comme vérité de l’expérience humaine.

Quelle lecture en tirer ?
Ce que Campion met en scène, ce n’est pas seulement une histoire de femme : c’est une manière de faire du cinéma depuis la marge. Pas en surplomb, pas en dénonciation. En immersion. Elle nous oblige à regarder autrement : non plus ce que disent les personnages, mais ce qu’ils taisent ; non plus ce qu’ils montrent, mais ce qu’ils retiennent. Le spectateur devient alors le lecteur d’une partition intérieure, d’un poème qui n’a lieu qu’à l’écran, au creux d’une note tenue un peu trop longtemps.

Et c’est peut-être ça, la véritable leçon de piano : apprendre à écouter, au point d’entendre ce que les mots recouvrent.
Valerie M
Valerie M

45 abonnés 193 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 23 avril 2019
Holly Hunter est insupportable au possible et m'a gâché le plaisir. Oh la tronche qu'elle tire... Et jusqu'au bout hein...
Quant à la gamine ce n'est pas mieux.
Quel gâchis....Campion n'a juste pas choisi les bonnes actrices... Parce que ca aurait pu etre un beau film....Même l'excellent Keitel n'arrive pas à sauver la face....
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 27 novembre 2011
Palme d'or 1993, "La leçon de piano" est un film de Jane Campion qui ressemble assez peu au cinéma conventionnel tant la conjonction entre le lieu, le milieu et l'époque du film est intriguante. Le scénario est probablement la plus grande force de cette oeuvre, en effet le film est d'une grande finesse qui est d'ailleurs représentée par le mutisme du personnage d'Holly Hunter. Plein de non-dits, de caresses et de frôlements le film fait la part belle aux sentiments d'une certaine manière. Il les enferme, leur laissant une légère ouverture pour le spectateur grâce à la place du regard très important dans le film. On comprend son importance en voyant Stewart faire l'amour à sa femme par procuration par la force de son regard ou inversement, le regard de sa femme le "perforant" et le castrant. La discrétion des sentiments permet alors, durant les scènes fortes, l'explosion au sein du coeur du spectateur de l'émotion jusqu'ici retenue. La relation amoureuse entre Ada et Baines remplaça petit à petit celle entre Ada et son piano, chose impossible à concevoir avec la présence de Flora. Ada a toujours utilisé sa fille comme d'un bouclier contre les autres (grâce à son handicap), d'un intermédiaire obligatoire entre elle et le monde. Là est l'intelligence du scenario qui isole Flora et permet aux deux amants de construire une proximité dénuée de barrière, Baines apprivoisant Ada, d'abord par un marché puis par l'éveil de la passion chez elle. Elle commence alors, par sa passion dévorante pour son nouvel amant, à délaisser les motifs de son isolement comme sa fille ou son piano. L'amour qu'elle porte à sa fille résistera mais la représentation de son passé torturé qu'est son piano finira par disparaitre dans les abîmes comme les fantômes de son passé, parmi lesquels, elle même.
La sphère cinématographique
La sphère cinématographique

10 abonnés 189 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 8 février 2025
La leçon de piano nous emmène au siècle dernier en Nouvelle-Zélande pour une histoire d'amour très particulière qui se fait au fil du temps. 
Une direction artistique dirigée de main de maître par Jane Campion, une photographie sublime, une réalisation ultra-poétique et un brun sensuel parfois un peu cru
Ce long métrage marque les esprits, tant par sa beauté que par sa violence psychologique.
Histoire troublante et chef-d'œuvre du cinéma qui a fait longtemps partie de mon top 10.
ferdinand75

731 abonnés 4 502 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 mars 2014
Un très beau film , puissant , fort , émouvant. La mise en scène n'a pas vieillit,le style est intact. L'interprétation de Holly Hunter est impeccable. Beaucoup de scènes cultes, la chute de Holly dans la boue après son chatiment, la scéne d'amour avec Keitel, cette forêt vierge omniprésente, Cette infirmité qui la mure dans son silence. C'est un scénario très original , réalisé de manière très puissante , tout en restant très sobre. Pas de trémolo inutiles. La petite fille joue aussi de manière remarquable, la famille du mari est aussi décrite de manière très subtile, mais très marquante..Un grand classique
7eme critique

626 abonnés 2 778 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 avril 2017
Sur une idée très originale, Jane Campion livre ici un drame remarquable et d'une élégance rare, comme en témoigneront certaines de ses images, dignes de véritables tableaux de maîtres. La mise en scène est donc soignée, le scénario est très bien pensé, les acteurs livreront de belles prestations, et la musique viendra émerveiller le tout. "La leçon de piano" est une romance dramatique qui ne s'oubliera pas de sitôt. Toutefois, on aurait apprécié que le film nous épargne ses deux minutes finales, et que son personnage principal sombre réellement avec sa raison de vivre ; le message aurait certainement gagné en intensité et en poésie.
Alolfer
Alolfer

182 abonnés 1 806 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 avril 2024
Absolument magnifique ! La Leçon de Piano est d'une beauté sublime ! Que cela soit visuellement ou par son histoire, Jane Campion tient un film vraiment magnifique ! L'interprétation de Holly Hunter est plus que remarquable. Tous les autres acteurs/actrices sont du même niveau. Le film possède une magnifique photographie. les paysages montrés sont d'une justesse. La mise en scène de Jane Campion est également d'un tres haut niveau ! Mais ce que je trouve encore plus fort, c est la profondeur de l'histoire : l'histoire d'une femme dépendant d'elle même où seule le piano, vient la réconforter. C est brillant et d'une justesse rare ! Magnifique
HamsterPsycho
HamsterPsycho

151 abonnés 1 186 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 mai 2017
Voici un film qui sort de l'ordinaire par bien des aspects: film d'époque en Nouvelle-Zélande, personnage principal féminin et muet, qui s'émancipe dans la violence et la découverte de sa sensualité ( spoiler: et qui finira par triompher de son mari
) et un occidental considéré comme "trop" proche des natifs. Holly Hunter prouve son talent d'actrice en faisant parfaitement comprendre ses émotions et sa volonté sans les exprimer verbalement. Il y a quelques longueurs qui, d'un autre côté, rehaussent la violence et la brutalité des scènes les plus dures, rares mais d'autant plus intenses dans cette ambiance.
Flotibo
Flotibo

74 abonnés 1 441 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 février 2014
Première femme à obtenir la Palme d’Or, Jane Campion livre un film admirable avec cette femme veuve qui quitte son Ecosse natale pour une Nouvelle Zélande tout juste colonisée. Malgré une première demi-heure quelque peu longuette, le scénario devient par la suite très captivant. Les acteurs sont vraiment très bons et jouent avec beaucoup de retenue (sauf la petite fille plus qu’agaçante…). Avec des décors sublimes, une photographie soignée, une bande son magnifique, on ne peut que saluer une réalisation de qualité. Vous l’aurez compris, un joli film !
NewBoorn
NewBoorn

70 abonnés 576 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 8 août 2017
Un classique blindé de récompenses qui m'a presque laissé de marbre. Autant sur la forme Jane Campion ne se trompe pas, avec une réalisation soignée qui nous fait voyager en Nouvelle Zélande, costumes et photographie au top. Les acteurs, Harvey Keitel en tête, rien à redire non plus. C'est au niveau de l'émotion que cela ne passe pas me concernant, certaines réactions ou attitudes des personnages étant parfois tellement déstabilisantes qu'il est parfois difficile de bien se situer, même si certaines scènes de cette attirance interdite sont plutôt très réussies. Faut-il avoir une sensibilité plus féminine pour l'apprécier à sa juste valeur ? Peut être bien.
Candice L
Candice L

56 abonnés 834 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 1 mai 2013
Un pur chef-d'oeuvre! Une musique splendide, des décors et des costumes à couper le souffle, d'excellents acteurs et un scénario brillant. Ce film mérite largement sa popularité et ses récompenses! A voir!!!
Jipis
Jipis

45 abonnés 360 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 janvier 2012
« La leçon de piano » éloge du désir et de l’amour physique découvert sur une terre pluvieuse déroule dans une partition extrêmement lente l’éveil d’une sensualité obtenue dans un premier temps de manière presque primaire.

Le site austère et venteux interdit toute approche affectueuse. La faune imprévisible et décalée n’incite pas au positionnement amoureux mais plutôt à l’extériorisation de corps préférant éprouver que de se confier.

L’œuvre est difficile mais valide de manière intensive une conduite amoureuse libre et consentante prenant le pouvoir sur la rudesse inévitable partenaire d’un site abandonné de toute approche affectueuse et poétique.

La femme privée de gestes tendres à l’image d’une faune continuellement ballotée par les vents glisse lentement vers le plaisir physique tout en luttant contre les éléments.

La parole est rare, le geste la remplace dans des attaques désordonnées mollement parées par des esprits en manque de sensations et d’attouchements préférant s’abandonner au plaisir corporel.

La solitude glanée dans une union imposée entrepose et déchaine une accumulation de manques à combler sans tenir compte d’une éthique n’ayant plus pied en un lieu ou chaque pas est validé selon le bon vouloir de la boue.

Avec de telles constatations un épiderme libéré s’exprime à la place de mots oubliés imprononçables sur une terre délestée de dialectique amoureuse.
Michel1664
Michel1664

29 abonnés 836 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 19 mai 2021
Film assez lent et moyennement intéressant. C’est surtout l’immoralité totale de l’héroïne qui m’est désagréable. Si déjà elle ne parle pas un mot, peut-être pourrait t’elle être au moins un peu souriante, ne pas se soucier que de son piano et ne pas se faire culbuter directe après 3 mots par le pote de son nouveau mari. Bon, pour les bobos nous dirons qu’« elle explore sa sensualité » ou qu’ « elle laisse libre cour à ses sentiments » , pour un gros beauf comme moi, nous dirons que même si on à un handicap on peut être une bonne grosse ***. Voilà pour le fond, sur la forme ça reste moyen, avec des acteurs convaincants. En tout cas, je ne suis pas étonné que ce film à eu un césar.
Jules A.
Jules A.

24 abonnés 69 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 29 octobre 2021
Une histoire d’amour qui propulsa la simple réalisatrice de Nouvelle-Zélande au rang de Reine du cinéma. Une palme d’or historique, un amour qui se développe pour cette réalisatrice mettant en avant la femme et les intrigues émotionnelles de façon unique et belle. Mais cette reconnaissance est-elle méritée pour cette simple leçon de piano? Encore aujourd’hui le constat reste le même car cette œuvre est incontestablement un chef-d’œuvre. Cela pour plusieurs raisons, bien sûr. Campion eu sa chance de prouver son talent avec ce film et c’est avec intelligence et subtilité qu’elle le fit! On trouve un film où la beauté de l’image épouse une intrigue de désir et de passion. La Nouvelle-Zélande est ainsi le terrain de jeux de la cinéaste où l’on voit évoluer une femme muette accompagnée de sa fille arriver sur cette terre sauvage et hostile. Par sa nature et ses habitants, du moins ce mari qui apparaît comme nonchalant et désagréable. L’effort n’aboutit pas et seul le piano compte. L’intrigue se concentre sur un objet, on ne pense qu’à lui et tout est amené par lui. Il mène la mélodie qui amène passion, haine, tristesse. Jusqu’à disparaître. Pourtant il reste et marque pour toujours des personnages en quête de libertés. La note fatale laisse apparaître la délivrance d’un personnage torturé par le silence et le désir, Jane démontre avec virtuosité toutes les nuances dans les personnages qu’elles développent. Par ce film, une grande cinéaste née.
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