Il est des films qui avancent le cœur léger, le sourire aux lèvres, et les poches pleines de promesses. L’Homme de Rio fait partie de ceux-là : une cavalcade à travers les continents, menée tambour battant par un Jean-Paul Belmondo bondissant, le tout enveloppé dans une comédie d’aventure qui ne cherche jamais la profondeur, mais qui touche pourtant à l’essence du plaisir cinématographique.
Le film démarre sur les rails d’un classicisme joyeux :
un soldat en permission, une fiancée enlevée, une mystérieuse statuette volée dans un musée parisien
. À partir de là, le récit n’a de cesse de déjouer les attentes, préférant les digressions exotiques aux lignes droites du thriller.
De Paris à Rio, de Brasília aux confins de l’Amazonie
, le scénario prend des allures de roman illustré, chaque séquence semblant surgir d’une planche de bande dessinée à grand spectacle.
La force motrice de cette aventure réside dans l’énergie inépuisable de Belmondo, cascadeur de ses propres scènes, héros désinvolte et espiègle, qui traverse les situations les plus périlleuses avec la même expression de défi goguenard. À ses côtés, Françoise Dorléac rayonne d’un charme mystérieux,
même si son personnage aurait mérité plus d’épaisseur au-delà de son statut de demoiselle en détresse.
Philippe de Broca orchestre le tout avec une maîtrise du rythme rare. Sa mise en scène joue de tous les contrastes : entre la jungle sauvage et les bâtiments futuristes de Brasília,
entre l’insouciance d’un héros et les manigances d’un savant félon
, entre la naïveté du récit et la sophistication des décors. Le résultat est un film qui carbure à la vitesse de l’imaginaire, mais qui, à force de courir, oublie parfois de s’ancrer.
Car dans ce tourbillon survitaminé, certaines failles se dessinent. L'intrigue, bien qu’efficace, ne prend jamais vraiment le temps d’explorer ses enjeux, préférant multiplier les rebondissements parfois convenus plutôt que d’installer une vraie tension dramatique. Les personnages secondaires,
à l’exception du délicieux petit cireur « Sir Winston »
, apparaissent souvent esquissés, au service de l’action plus que du récit.
Mais c’est peut-être là, dans cette tension entre ambition formelle et désinvolture narrative, que réside le charme du film. L’Homme de Rio ne cherche pas à être plus qu’il n’est : une épopée souriante, portée par une mise en scène nerveuse, un goût assumé pour le pastiche (on pense à Tintin, à Hitchcock, à Bob Morane), et un acteur principal qui ne connaît pas la fatigue.
La musique de Georges Delerue habille cette cavalcade d’un lyrisme contenu, contribuant à installer cette atmosphère de bande dessinée filmée,
où l’on peut sauter d’un toit sans se casser une jambe, piloter un avion sans l’avoir appris, ou déterrer un trésor en pleine forêt vierge comme on trouverait une pièce sous un coussin de canapé.
L’Homme de Rio est un film généreux, parfois un peu brouillon, toujours charmant. Il frôle parfois la caricature, mais y échappe par la sincérité de son enthousiasme. On y sent l’amour du cinéma d’aventure, de celui qui fait voyager les yeux grands ouverts, sans chercher à tout justifier.
On sort du film avec le sourire, un peu étourdi par le rythme, séduit par la fraîcheur, peut-être un brin frustré par ce qui aurait pu être davantage. Mais jamais déçu. C’est un film qui réussit ce que peu osent tenter : faire de la légèreté une forme d’art. Et même si tout n’est pas parfait, on lui en sait gré. Parce qu’il a tenté. Parce qu’il a couru. Parce qu’il a sauté. Parce qu’il a rêvé.