OK, je conçois qu’en 1930 ce film ait pu rencontrer ce succès. Mais bon, franchement, aujourd’hui, il est pour moi totalement irregardable. Deux heures d’une tragédie finalement bien classique menée avec les méthodes de l’époque, c'est-à-dire avec lenteur et gros sabots. Alors oui, je conçois que parler de gros sabots au regard des codes de l’époque c’est totalement anachronique. Mais bon, moi je suis un spectateur du XXIe siècle, et ma sensibilité a malheureusement été façonnée par ce siècle là. Donc, qu’on le regarde parce que c’est un classique, why not. Mais franchement, à mes yeux c’est vraiment pour zèle culturel plutôt que pour le plaisir car, à mes yeux, voir ou ne pas voir « l’Ange bleu » ne change en définitive rien à ma vision du cinéma.
C’est dans le cadre d’un accord passé entre la Paramount et la UFA que Josef Von Sternberg s’envole pour Berlin afin d’y tourner le premier film parlant jamais réalisé en Allemagne avec Emil Jannings autour duquel le projet est censé s’articuler. En réalité, Sternberg remplace Ernst Lubitsch initialement prévu pour tourner un film sur la fin tragique de Raspoutine. Mais Ernst Lubitsch habitué aux cachets élevés que lui apporte son statut de réalisateur vedette à La Paramount est peu enclin à traverser l’Atlantique même si Emil Jannings le réclame haut et fort. Josef Von Sternberg que Jannings craint mais respecte tout de même pour lui avoir permis de décrocher avec “Crépuscule de gloire” le premier Oscar du meilleur acteur de l’histoire du cinéma finit par s’imposer, ayant de plus à son actif d’avoir déjà tourné un film parlant (”L’assommeur” en 1929). A peine ses valises déposées à l’hôtel Adlon de Berlin où il a été installé avec sa femme, Von Sternberg informe Erich Pommer le producteur de la UFA qu’il ne souhaite pas tourner le film sur Raspoutine initialement prévu. Il sera soutenu par la femme de Jannings qui rappelle à son mari qu’il n’est jamais meilleur quespoiler: dans les rôles d’hommes déchus après une longue et humiliante descente des marches de la respectabilité liée à leur statut . Il souffle alors à Pommer l’idée du roman d’Heinrich Mann (le frère méconnu du grand Thomas Mann) paru en 1905 : “Professor Unrat”. Le romancier jusque-là dans l’ombre de son frère est ravi de voir porté à l’écran un de ses écrits. Il accepte toutes les modifications du roman voulues pas Sternberg qui entend se concentrer sur la déchéance du professeur. Le film s’appellera donc “L’Ange Bleu” du nom du cabaret où officie Lola-Lola, la chanteuse spoiler: qui va conduire le professeur jusque-là enfermé dans ses préjugés à sa perte . Un rôle sur mesure pour Jannings. Mais Sternberg doit trouver celle qui sera Lola-Lola. Les propositions affluent et les essais se multiplient mais rien ne convainc Sternberg qui refusera tout en bloc de Lucie Manheim trop immédiatement séduisante à Brigitte Helm un temps envisagée en passant par Trude Hesterber, la maîtresse d’Heinrich Mann jugée trop âgée. C’est en allant voir une pièce de théâtre où jouait Rosa Valetti déjà engagée pour le film que Sternberg découvre Marlène Dietrich. C’est le coup de foudre. Coup de foudre que ne partage ni Pommer ni Jannings ni Friedrich Hollander, le compositeur qui a dirigé les essais de voix au piano. Sternberg menaçant de rentrer sur le champ à Hollywood obtient gain de cause. En novembre 1930, le tournage peut commencer pour trois mois aux studios de Babelsberg. Sternberg âgé de 36 ans est déjà un réalisateur expérimenté avec dix films tournés en seulement cinq ans de carrière dont un chef d’œuvre absolu à son actif avec “Les damnés de l’océan” tourné en 1928 déjà pour la Paramount. Comme souvent rétrospectivement certains se sont plus à affirmer que Von Sternberg à travers le portrait qu’il faisait de l’Allemagne de Weimar décadente était prophète au sujet du nazisme déjà en germe dans différentes strates de la société. D’autres comme l’historien du cinéma Siegfried Kracauer (De Caligari à Hitler) ont même vu en Lola-Lola la métaphore d’un peuple à la recherche d’une idole. Sternberg vivant depuis des années aux États-Unis et assez peu versé dans la politique a aussitôt démenti, affirmant avoir puisé son inspiration concernant Lola-Lola chez Toulouse-Lautrec et Félicien Rops. On ne peut que souscrire à cette affirmation quand on voit le soin apporté par le réalisateur à la mise en lumière des numéros interprétés par son actrice. Une recherche esthétique qu’il mènera jusqu’à la perfection dans les six films qui vont suivre dont “l’Ange Bleu” ne représente qu’une ébauche un peu plombée par un rythme parfois atone qui oblige par la suite à des accélérations ou impasses narratives nuisibles à l’approfondissement psychologique des personnages. Mais toutes les obsessions du réalisateur sont malgré tout déjà bien présentes comme dans certains de ses films muets. Le rapport de l’homme à la femme notamment qu’il n’envisage le plus souvent que spoiler: sous la forme d’une domination facilement réversible tout d’abord vivement recherchée puis largement subie par la suite et dont l’issue sera forcément sacrificielle quand elle ne sera pas mortelle . Emil Jannings que l’on a souvent présenté comme le grand perdant du film est en réalité parfaitement mis en valeur par Sternberg qui pour l’avoir dirigé dans un rôle semblable seulement deux ans auparavant sait s’accommoder de l’ego jamais rassasié de l’énorme vedette pour en tirer le meilleur notamment dans l’acte final où le grand acteur est tout simplement bouleversant. Un ultime grand rôle avant de se compromettre avec le régime nazi, s’interdisant ainsi tout retour possible à Hollywood. Marlène Dietrich quant à elle laisse entrevoir tout son potentiel notamment par sa gestuelle si particulière qui lui donne l’impression de n’être jamais totalement présente dans l’action comme aspirée dans son fond intérieur par d’autres préoccupations tout en étant simultanément capable de fasciner ceux qui lui font face. Sternberg en l’observant minutieusement l’oeil rivé sur sa caméra a sans aucun doute rapidement décelé ce qu’il avait à faire pour la modeler à son image. Cela tombait bien Marlène Dietrich n’attendait pas autre chose de Monsieur Von Sternberg comme elle le nommait avec déférence dans ses interviews . On connait la suite faite de six chefs d’œuvre indépassables.
Extrêmement grotesque, la tonalité conférée à l'intrigue rend le professeur (clownesque Emil Jannings) ridicule d'emblée, spoiler: méprisé par ses étudiants sans s'en rendre compte, absolument dépassé par l'évolution des moeurs, se méprenant sur la signification des angelots qui entourent Lola. Que toutes les féministes remercient d'ailleurs Marlène Dietrich pour avoir imposé ce modèle de personnage "fatal", séducteur, manipulateur, inconséquent... Cependant, c'est la naïveté voire la bêtise du personnage masculin qui le condamne dans cette tragédie burlesque. Ainsi, le registre dominant empêche une réelle émotion, sinon le scepticisme sur le traitement du sujet (même le harcèlement semble propice au rire). Si l'on n'est pas sensible à ce genre d'humour (?) on risque fort de s'ennuyer ou d'être agacé, à l'instar du directeur de l'établissement, devant le comportement nigaud du héros, d'autant que le réalisateur s'occupe surtout d'iconiser sa muse. Véritable satire du mariage, des sentiments, des conventions, le récit semble critiquer les valeurs qu'il juge désuètes et les rêves illusoires dans un cynisme railleur. Une oeuvre dans laquelle le faible n'est pas digne de pitié mais de condescendance et de brimades...peu charitable, mais lucide!
C'est difficile de parler d'un film autant cité comme référence cinématographique, autant admiré et élevé au rang de chef d’œuvre. Cela faisait très longtemps que je voulais le voir, mais je n'avais jamais lu le synopsis. ça peut paraitre idiot, mais c'était une façon de réellement le découvrir. Et ce fut une délicieuse découverte car au-delà de la naissance du mythe Dietrich, c'est tout un cinéma et un genre qui s'éveille et avec une époque qui s'éteint. Certes Dietrich est fabuleuse et surtout admirablement bien filmée par un réalisateur complétement amoureux de son actrice; pourtant le personnage qui me frappe le plus est celui du professeur Immanuel Rath, superbement interprété par Emil Jannings pour qui j'ai ressenti une profonde empathie tout le long de sa descente aux enfers. La scène dans le cabaret où il doit jouer le clown devant ses anciens collègues et élèves m'a littéralement serré la gorge et en fait un des moments les plus remarquable du film. La fin est à l'image de tout le reste : dure mais belle.
"Der blaue engel" (1930) fût réalisé par Josef von Sternberg. Dans sa réalisation, le cinéaste méle naturellement un style muet qui prône un jeu d'acteur gestuel et un style parlant naissant qui donne à entendre l'interprétation par la voix. Ainsi la mise en image de von Sternberg est irréprochable, empreintant à la beauté des images du muet pour donner à la bande son une réel consistance. La beauté des images naît surtout de la plastique rêveuse de Marléne Dietrich, actrice de talent incarnant sans conteste la beauté de son époque. Cependant ce qui fait du film une oeuvre incontestable du cinéma, c'est assurément l'interprétation d'Emil Jannings. Acteur foudroyant, le jeu qu'il propose pour jouer le professeur Rath est d'une finesse et d'un génie sans pareil. Un jeu qui tire par ailleurs beaucoup du théâtre ( avec les regards posés, les statuts qui en disent longs, etc... ). Bref, "Der blaue engel" (1930) est une oeuvre absolue du cinéma, alliant réalisation excellente, sons savamment utilisés et acteurs dans leurs plus belles performances. Cinématographiquement mythique.
Considérer à juste titre comme étant un des très grands films de Josef von Sternberg, « L’ange Bleu » possède une mise en scène d’une grande richesse, des très belles chansons ainsi qu’une photographie qui a particulièrement bien vieilli pour un film qui a tout de même plus de 80 ans d’existence. Mais la grande qualité de ce long métrage est à mettre à l’actif de l’interprétation du casting qui est franchement mémorable. Emil Jannings campe avec une grande énergie un professeur qui va vite tomber amoureux de la belle Lola Lola qui est interpréter avec une grande malice par une Marlene Dietrich qui offre à son personnage une bonne dose d’érotisme.
L'expressionnisme allemand dans toute sa splendeur ! C'était un mélange d'impatience et d'appréhension qui m'habitait avant le visionnage : la peur de ne pas aimer alors que c'est une référence dans le répertoire du cinéma allemand et qu'en plus, il fait partie des 1001 films à voir avant de mourir (autrement dit, un chef-d'oeuvre). On ne va pas mourir idiote. Visionnage. J'en suis encore toute retournée. C'est surprenant, glaçant et en même temps terriblement décevant. Les chansons sont certes plus que sympathiques et Marlene Dietrich a son avantage, mais le reste est étrange, très lointain de tout ce que j'aime. Je ne dirais pas que ce film est creux (car il ne l'est pas) mais il ne m'a rien apporté. C'est lent, barbant (tout comme étudier l'expressionnisme), et à la fin est particulièrement bizarre : Emil Jannings effrayant à mourir à crier "Cocorico". Chers internautes, que ceux qui apprécient, aiment, admirent l'Ange Bleu me disent pourquoi. Merci.
Un amour aveugle au destin tragique. Le thème n'est pas sans rappeler Carmen de Mérimée. Quelques scènes sont pathétiques et montrent comment cet homme naïf qui n'a certainement jamais été amoureux subit avec une totale passivité la moquerie de tous, élèves ou artistes. Une décadence monstrueuse.
Dans un cinéma parlant encore balbutiant (ce qui est très flagrant à plusieurs reprises, notamment à propos des bruitages), l'Ange Bleu a fait son petit effet, essentiellement dans les incarnations d'Emil Jannings et Marlene Dietrich (laquelle est devenue une véritable icône à la suite de ce film). Son univers somme toute modestement développé et ses nombreux silences font très vieillot désormais, dans une histoire à la progression attendue, réservant quelques morceaux d'amusement autant que de tragédie.
Si, hier comme aujourd'hui, il est bien des femmes qui se sont détruites par amour pour un homme, il est nécessaire de garder en tête que l'inverse s'est également produit et se produit encore. "L'Ange Bleu", c'est ça. Un homme célibataire, d'âge mûr, rigide (pour ne pas dire rigoriste) et Professeur de son état, qui tombe raide dingue d'une chanteuse de cabaret. Un amour à sens unique qui va le mener à une déchéance progressive. Ici, tout n'est que fatalisme. A peine Emil Jannings a-t-il posé les yeux sur la vampirique Marlene Dietrich que l'on sait qu'il n'en sortira pas vivant. Ce qui fait d'autant plus mal au coeur car on voit très clairement que cet homme ne triche pas. Ses yeux morts d'amour et ses sourires béats, presque naïfs ne trompent pas. Pour en arriver à cette fin ne pouvant être que tragique, il faudra encaisser un moment de malaise absolu : voir cet homme, certes coincé, mais respectable, grimé en clown de bas étage et humilié devant une salle noire de monde, est absolument insoutenable. Bien évidemment, on ne saura en tenir rigueur à celles et ceux qui n'aiment pas ce film parce que trop vieux, trop statique mais, en ce qui me concerne, je reste intimement persuadé qu'un véritable film majeur des années 30 ne perd rien de sa beauté, même pour un spectateur qui serait tenté de le découvrir ou de le redécouvrir en 2023.
Véritable chef-d'œuvre du cinéma, ce film vous torture par ce rythme lent, et cet mise en scène sans musique. Rien ne vous aide à supporter cette fatale et incompréhensible descente aux enfers. Le réalisateur est absolument un maître qu'il faut connaître. Évidemment, les acteurs sont dignes de leur réputation. Dietrich est déconcertante d'aisance.
" l'ange bleu " du nom du cabaret ou se produit Lola constitue la première des sept collaborations entre Marlène Dietrich et son pygmalion Josef Sternberg.
C'est aussi un des premiers films allemand parlé (1930 ) devenu un classique indémodable du septième art ( on ne s'étonnera pas qu'il fût présenté au cinéma de minuit de Patrick Brion ).
Réalisé d'abord pour Emil Jannings ( acteur allemand, star du cinéma muet Hollywoodien ) mais ne parlant pas l'anglais, il revient dans son pays pour tenter de se relancer. Le scénario lui offre ainsi le premier rôle où il excelle.
Cette histoire de professeur estimé, redouté qui perd la tête, son statut puis tombe dans la déchéance pour une jeune danseuse de cabaret.
Manipulatrice attirée par l'argent, la relation toxique entre les deux personnages principaux, constitue une illustration avant l'heure de la théorie psychologique dite du " triangle de Karpman".
Rapidement exposée : le sauveur ( ici ce sera le professeur Rath ) dans le développement de la relation, finit par être rejeté, méprisé, ou trahi ( de sauveur il est en effet considéré comme un bourreau ) par celui ou celle qu'il avait aidé ( ici Lola ). La violence qu'elle soit physique ou émotionnelle est présente dans ce type de relation.
S'il a peu vieilli, c'est que "L'ange bleu" est magnifié par la présence éminemment charnelle de Marlène Dietrich, que Sternberg saura diriger mieux qu'aucun autre cinéaste. Face à elle, le cabotin Jannings, livre une composition hallucinante, donnant un visage humain à sa déchéance, un peu à la manière de Simon dans "La chienne". Brillamment mis en scène, ce film est aussi celui qui permettra à l'actrice allemande de rejoindre les étoiles et verra la naissance d'un mythe intemporel.
Au moment de la rédaction de ces lignes l’ange bleu affiche glorieusement ses quatre vingt ans. Cet âge canonique impose le respect envers une œuvre méritant largement de récolter encore de nos jours quelques impacts émotifs.
Pourtant le jeu chargé d’Emil Jannings symétriquement positionné entre un mime incéré dans un visage contorsionné par le verbe cinématographique naissant n’aide pas l’opus à être pris au sérieux.
Tout est affreusement daté, poussiéreux, maniéré et pourtant quel impact surtout en posant son regard sur la sublime Marlène dont le léger dévoilé entretient le plus beau des phantasmes.
Lola Lola ne fait qu’aguicher rien de plus, c’est l’homme qui maitre de son destin se laisse récupérer puis consumer volontairement par une passion destructrice faisant de lui une marionnette grotesque entre les mains d’une insensible héréditairement pervertie, jouissive dans la manipulation et l’indifférence.
« L'Ange bleu » par moments pathétique dépeint admirablement la descente aux enfers d’un fonctionnaire rongé par un conformisme démesuré dont la face cachée mise subitement en lumière devient incontrôlable.
Le choix de l’amour fou permet à un consentant de tester une déchéance choisie dans des absorbions destructrices palliatives le menant vers la folie.
Un chef d’œuvre sur un passager clandestin qu’il ne faut surtout jamais réveiller, l’autodestruction.
Les cinéastes allemands auront décidemment marqué les origines du cinéma et les prémisces du parlant. En même temps que Pabst faisait exploser la bombe Louise Brooks, Von Sternberg envoyait sur les écrans la jeune Marlene Dietrich, incarnation d'une beauté glacée et forcément fatale, objet de désir dans une histoire d'amour fou et destructeur. La descente aux enfers du personnage interprété par le grand Emil Jannings est décrite sans concessions et semble découler d'un processus irréversible, d'autant plus que la chute engendrée par la passion se double d'une aliénation totale de l'individu, soumis et humilié, n'existant plus qu'au travers du regard de l'être aimé. "L'ange bleu" est écrit comme un conte dont la narration se fait sur les terres certes balisées du classicisme, mais dont l'issue fatale vient renforcer l'idée que les histoires d'amour finissent mal... En général.